Le match contre la Roja, mardi, a exposé des failles dans une équipe de France pourtant au sommet de sa confiance.
Est-ce que l’équipe de France s’est vue trop belle, mardi 14 juillet, lors de sa demi-finale de la Coupe du monde perdue face à l’Espagne (2-0) ? L’interrogation restera, au lendemain d’une élimination dure à avaler, mais d’une logique implacable. Les Bleus avaient jusque-là connu un parcours immaculé dans la compétition, presque sans frayeur, nourrissant l’inconscient collectif qu’une troisième étoile était probable. Mais la sélection espagnole a imposé son collectif, son jeu, et a fait voler en éclats les certitudes.
Les joueurs de Didier Deschamps ont été rattrapés par un manque de liant dans le jeu, souffrant possiblement d’un manque de fraîcheur physique et de performances bien trop discrètes des individualités. Autant de points qu’il convient d’analyser après cette déroute majuscule, aux portes d’une troisième finale consécutives dans un Mondial.
Est-ce que l’équipe de France a raté son match sur le plan tactique ? Oui
Face à probablement ce qui se fait de mieux au milieu de terrain dans le monde, le sélectionneur tricolore n’a pas changé sa recette : avec le retour d’Aurélien Tchouameni aux côtés d’Adrien Rabiot, sans doute imaginait-il ses deux joueurs rivaliser avec Rodri, Fabian Ruiz et Dani Olmo, ce dernier opérant en faux 10 capable de décrocher dans l’entrejeu. Force est de constater qu’il n’en a rien été. Les Bleus ont été dépassés, incapables de rivaliser dans les duels et de faire jeu égal avec la maîtrise espagnole dans la distribution du jeu. La rentrée de Manu Koné à la pause à la place du meilleur Tricolore sur le terrain (Rabiot) a amplifié le problème : Tchouameni s’est retrouvé souvent trop bas, devant les défenseurs centraux, incapable de trouver un relais avec Koné et surtout Michael Olise, censé être le point d’appui sur les attaques françaises.
Le joueur du Bayern Munich, dont les prestations étaient déjà en berne face au Paraguay et au Maroc, a été maintenu dans le onze titulaire et a symbolisé l’absence de remise en cause du plan de jeu et du dispositif tactique avec son quatuor fantastique – quintet si l’on ajoute Désiré Doué, entré en cours de match. Oubliés les Kylian Mbappé, auteur de huit buts dans cette édition 2026, ou Ousmane Dembélé, Ballon d’or en titre : les Bleus se sont précipités dans le piège de la Roja, toute heureuse de pouvoir jouer à sa main en coupant les courroies de transmission vers les offensifs français et en détruisant, par des fautes mais pas seulement, les transitions rapides de leurs adversaires.
Est-ce que l’arbitrage a été décisif dans la défaite des Bleus ? Non
Autant être honnête, le Salvadorien Ivan Barton, n’a pas vraiment brillé mardi soir à Dallas. Chose rare, même Didier Deschamps l’a souligné après le coup de sifflet final. « C’est d’abord de notre faute, je ne veux pas accuser qui que ce soit. Mais je pose une question : est-ce que l’arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? Je ne vais pas y répondre. Ce n’est pas parce qu’on a perdu aujourd’hui que je dis ça. Il y a eu pas mal de situations, souvent en défaveur… » Cela ne suffit pas à expliquer le revers tricolore.
Le penalty accordé à l’Espagne pour une faute de Lucas Digne sur Lamine Yamal à la 20e minute a été revisionné par le VAR, sans que la faute de main du joueur espagnol sur l’action ne soit étudiée. Avant la pause, en revanche, l’arbitre avait accordé aux Bleus un bon coup franc à l’entrée de la surface pour une faute de Fabian Ruiz sur Ousmane Dembélé, avant de se déjuger soudainement et de rendre le ballon à la Roja. En deuxième période, c’est Lamine Yamal qui échappait, à la surprise générale au carton, après un tacle en retard dangereux sur Kylian Mbappé.
Pour étayer les propos sur la prestation très mitigée d’Ivan Barton, on peut également souligner, à l’inverse, sa mansuétude envers Adrien Rabiot, averti logiquement dès la 9e minute pour une semelle sur Dani Olmo et proche d’un deuxième carton jaune dans cette première période. Idem pour Michael Olise, qui a échappé miraculeusement à une sanction après un énorme tacle en retard sur Rodri dès le quart d’heure de jeu.
Est-ce que Kylian Mbappé et ses partenaires ont souffert physiquement ? Oui
« On a manqué de justesse technique, oui, peut-être aussi un manque de fraîcheur physique ». À demi-mot, Didier Deschamps a laissé entendre en conférence de presse que ses hommes ont évolué un ton en dessous contre l’Espagne mardi soir. « Il fallait être au maximum et l’équipe de France ne l’était pas ce soir », a-t-il également concédé.
En retard dans les duels, complètement dépassés par le jeu collectif de leurs adversaires et contraints d’opérer à contretemps sur les phases de pressing, les Bleus ont affiché une petite forme, à l’instar de Michael Olise. La sortie à la mi-temps d’Adrien Rabiot – principal ratisseur au milieu de terrain – n’a, là encore, pas aidé. Trop souvent en infériorité numérique quel que soit l’endroit du terrain, les Français faisaient pâle figure face à des Espagnols toujours bien en place.
Est-ce que la France a réussi à se rebeller ? Non
Difficile de savoir dans quelle mesure le « manque de fraîcheur physique » est lié à ce point, toujours est-il que jamais au cours de cette demi-finale, l’équipe de France n’a semblé en mesure d’opérer une remontée, tant au niveau du score que des intentions. Sur le plan tactique, les entrées de Manu Koné, Désiré Doué, Théo Hernandez ou Rayan Cherki n’ont rien solutionné : dans l’entrejeu, les Espagnols se sont baladés, presque du coup d’envoi jusqu’au coup de sifflet final. Pendant plus d’une demi-heure, après le but du 2-0 de Pedro Porro, aucun sentiment de révolte n’a émané des Tricolores, pour la plupart pourtant habitués aux grosses joutes européennes. Comme si les Bleus avaient été surpris, presque sonnés, d’être menés au score – une première dans cette Coupe du monde.
Cela s’est même ressenti dans leur langage corporel. A quel moment tel ou tel joueur, tel ou tel membre du staff a remotivé les troupes de manière énergique ? Les tentatives de réaction ont été très rares et souvent ayant trait à des exploits individuels plus qu’à des combinaisons collectives. La faute de Kylian Mbappé sur le portier Unai Simon à la 86e minute, qui lui a valu un carton jaune, a été le symbole de cette impuissance et de cette incapacité à enclencher l’espoir d’une remontada.
Est-ce que les individualités ont été au rendez-vous ? Non
Il suffit de jeter un œil aux notes du match adressées par franceinfo: sport après la demi-finale des Bleus pour comprendre que non, les individualités tant attendues du côté des Bleus n’ont pas répondu présent. Michael Olise a été ciblé par les Espagnols et n’a jamais pu exister, lui qui compilait pourtant les passes décisives jusqu’en 16es de finale. Ousmane Dembélé a tenté, parfois, mais il a été trop intermittent pour que l’on puisse le souligner. Kylian Mbappé, lui, a dû attendre la 65e minute pour enfin frapper au but. Son jeu dans la profondeur a été réduit au néant par l’alignement de la Roja, et ses décrochages l’ont éloigné de la zone de vérité.
Quant au reste des troupes, hormis Adrien Rabiot (limité à 45 minutes en raison de son avertissement) et Dayot Upamecano, dont la solidité s’est néanmoins parfois couplée à des passes imprécises, chacun a joué un, voire plusieurs tons en dessous de ses standards. Les latéraux ont peu apporté, Aurélien Tchouameni a joué beaucoup trop bas pour peser… Dominée collectivement, inférieure individuellement, l’équipe de France a subi face à une meilleure équipe.
Source:
www.franceinfo.fr


