Après la peinture, les hauts-reliefs et les premières sculptures des Nanas, Niki de Saint Phalle se met à rêver en grand et commence à réaliser de multiples projets pour l’espace public : la Fontaine Stravinsky à Paris, le Golem à Jérusalem, Hon à Stockholm, le Jardin des Tarots en Toscane… Ces sculptures apparaissent de plus en plus grandes, de plus en plus démesurées. Niki de Saint Phalle propose à travers cette monumentalité un art volontairement populaire qui cherche à parler au plus grand nombre, peu importe le niveau de connaissance artistique, peu importe l’âge.
« Le grand public est mon public »
Coloré, joyeux, ludique, doux, harmonieux, l’art de Niki de Saint Phalle s’adresse au plus grand nombre. Elle aimait d’ailleurs répéter que « le grand public est mon public ». L’historienne de l’art Lucia Pesapane abonde : « Elle choisit dès le début un art public, un art qu’on peut découvrir en se baladant dans les rues, qu’on peut découvrir par hasard, avec une volonté de démocratisation. »
Les enfants, souvent exclus de l’art, sont un de ses publics de prédilection. Le Golem, réalisé à Jérusalem en 1972, en est un exemple très parlant. Il s’agit d’un monstre à trois langues qui représentent les trois grandes religions monothéistes. « On voit sa volonté d’apporter un message engagé, un message d’espoir, d’union, de fraternité. » Niki de Saint Phalle est d’ailleurs l’une des premières artistes, hommes et femmes confondus, à avoir conçu l’espace non seulement comme un environnement, mais aussi comme une performance. L’art, pour elle, n’a rien à faire dans les salons. Il doit être public !
La courbe plutôt que l’angle droit
Niki de Saint Phalle visite le parc Güell à Barcelone en 1955, imaginé par Gaudí. Cette visite lui fait l’effet d’un choc. Elle lui infuse le rêve de bâtir quelque chose de monumental. Un rêve qu’elle réalisera en Italie plus de vingt ans plus tard, en initiant le Jardin des Tarots, en Toscane, dont la réalisation dura de 1978 à 1998, date de son ouverte au grand public. « Gaudí la frappe, parce qu’avec son langage qui n’était pas du tout conforme au goût de l’époque – la courbe, les motifs de plante, les animaux, le lézard qui accueille les visiteurs, les jets d’eau, les bulles de mosaïque –, il reconstruit un monde, un monde coloré, un monde de joie », précise Lucia Pesapane.
D’autres jardins et parcs utopiques l’inspirent, comme le parc des Monstres à Bomarzo et le désert de Retz. « Niki de Saint Phalle n’aimait pas particulièrement les architectes, du moins les architectes des années 50-60. Elle ne suivait pas tout ce qui était de l’ordre de l’architecture moderniste. Elle ne comprenait pas la logique de construire des bâtiments aux angles droits très uniformes. Pour elle, il s’agissait d’offrir des lieux de refuge, des grottes, des cavernes, des lieux pour protéger, pour que les gens se sentent bien et créent des utopies. »

Une terroriste de la douceur
Le Jardin des Tarots est composé de vingt-deux sculptures monumentales qui reprennent vingt-deux cartes du Tarot de Marseille, parmi lesquelles L’Impératrice, sculpture de quinze mètres de haut, la Justice, le Magicien. Il offre au spectateur une déambulation énigmatique et symbolique. Le résultat est d’autant plus remarquable que Niki de Saint Phalle a financé ce projet seule, sans sponsor ni aide extérieure. Le sculpteur Pierre-Marie Lejeune, qui a travaillé pendant plus de vingt ans avec Niki de Saint Phalle, témoigne : « Elle était complètement maître de son œuvre et avec une très grande force psychologique dans la façon dont elle abordait ses rapports avec les autres. Elle était dans la douceur, mais en fait elle était une sorte de terroriste de la douceur. Quand elle voulait quelque chose, elle ne lâchait jamais. »

Bibliographie sélective :
TracesOuverture dans un nouvel onglet et Harry et moiOuverture dans un nouvel onglet, Niki de Saint Phalle, Gallimard, 1999Niki de Saint Phalle : Le bestiaire magiqueOuverture dans un nouvel onglet (catalogue d’exposition organisée par l’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence du 30 avril 2025 au 5 octobre 2025), Editions Hazan, 2025Saint Phalle : monter en enfanceOuverture dans un nouvel onglet, Gwenaëlle Aubry, Editions Stock, 2021
Archives :
Interview d’enfants devant la Fontaine Stravinsky à Paris, par Marceau Vassy, 2026Extrait de l’émission « Arts hebdo » diffusée en 1978 sur la RTBFInterview de l’artiste Pierre-Marie Lejeune, par Marceau VASSY, 2026
Générique : « Buka », Live from Studio S2, Hania Rani, 2022 – « Con Moto », Hania Rani et Dobrawa Czocher, 2021
Source:
www.radiofrance.fr


