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Thierry Ardisson : cette ville portuaire algérienne où il a passé une partie de son enfance

Thierry Ardisson est mort le 14 juillet 2025, il y a tout juste un an. Disparu à l’âge de 76 ans à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, l’animateur, producteur et écrivain laisse derrière lui une carrière télévisuelle hors norme. Mais derrière « l’homme en noir », connu pour ses interviews provocatrices et ses émissions cultes, se cachait aussi un enfant marqué par une enfance itinérante, notamment en Algérie.

Né le 6 janvier 1949 à Bourganeuf, dans la Creuse, Thierry Ardisson n’a pas grandi dans une seule ville. Son père, Victor Ardisson, ingénieur dans le bâtiment, était régulièrement envoyé sur de grands chantiers.

La famille suivait alors ses déplacements, de région en région, au gré des missions professionnelles. Parmi ces étapes figure une période importante : celle passée à Mers el-Kébir, une ville portuaire située près d’Oran, sur la côte méditerranéenne algérienne.

Mers el-Kébir, une ville portuaire au cœur de ses premiers souvenirs

Cette partie de son enfance est longtemps restée peu connue du grand public. Pourtant, elle a profondément marqué l’animateur. En 2015, sur le plateau de Salut les Terriens !, Thierry Ardisson avait été bouleversé en évoquant cette terre qui appartenait à ses premiers souvenirs. Alors qu’Enrico Macias parlait de l’Algérie, l’émotion avait gagné le présentateur, qui n’avait pas réussi à retenir ses larmes.

« Thierry a passé une partie de sa petite enfance en Algérie et c’est pour ça qu’il est, lui aussi, autant ému en écoutant cette chanson », avait expliqué Michel Drucker, présent sur le plateau.

La ville de Mers el-Kébir, dont le nom signifie « le grand port » en arabe, occupe une place particulière dans l’histoire maritime de l’Algérie. Située à quelques kilomètres d’Oran, elle possède une rade naturelle exceptionnelle et abrite encore aujourd’hui une importante base navale.

C’est dans cette ville que le jeune Thierry Ardisson découvre une partie du monde. Son père y travaille alors à la restauration de la base militaire de Mers el-Kébir. Cette mission oblige la famille à s’installer temporairement sur place, comme cela arrivera ensuite lors d’autres grands travaux.

Cette enfance faite de déménagements successifs a construit une personnalité particulière. Thierry Ardisson racontera plus tard avoir souvent ressenti un sentiment de décalage. Il grandit sans véritable lieu d’attache, toujours prêt à repartir vers une nouvelle destination.

« Ses chantiers nous amenaient à déménager tous les deux ou trois ans. Il y avait des boîtes pour tout. Toujours prêt à repartir, j’ai ainsi pris l’habitude d’en avoir une pour ranger mes souvenirs », expliquait-il au Journal du Dimanche en 2013.

Pas un pied-noir

Dans cette vie nomade, l’Algérie reste pourtant une étape à part. Thierry Ardisson ne se considérait pas comme un pied-noir, terme désignant les Français installés en Algérie avant l’indépendance. Il tenait à faire la distinction entre une enfance passée temporairement dans le pays et une appartenance identitaire.

« J’ai vécu en Algérie, mais je ne suis pas pied-noir », avait-il tenu à préciser lorsqu’il évoquait cette période.

Une nuance importante pour celui qui gardait un lien affectif avec cette terre sans revendiquer une histoire qui n’était pas la sienne. L’Algérie représentait avant tout un souvenir d’enfance, celui d’un petit garçon suivant son père sur les routes des grands chantiers.

Une enfance marquée par les voyages et les souvenirs familiaux

Après son passage en Algérie, Thierry Ardisson poursuit son enfance au rythme des affectations de son père. En 1957, la famille s’installe notamment en Savoie, à Arêches, où Victor Ardisson participe à la construction du barrage de Roselend, l’un des grands ouvrages hydrauliques français.

Cette enfance mouvementée n’a pas toujours été vécue facilement par le futur animateur. Il parlera souvent d’un sentiment de solitude et d’incompréhension. Derrière son humour provocateur et son assurance médiatique, il gardait la trace d’un enfant qui avait eu du mal à trouver sa place.

« Je n’ai pas eu une enfance marrante » disait-il. « Et je ne comprenais pas ce que je foutais là. Je pensais être tombé dans la mauvaise famille », confiait-il quelques mois avant sa disparition.

Pourtant, il reconnaissait aussi l’héritage essentiel transmis par ses parents. Son père, malgré une carrière éloignée de ses propres aspirations artistiques, lui a transmis le goût de la culture, de l’information et du spectacle.

Victor Ardisson était passionné par les médias et emmenait son fils découvrir des films ou écouter les programmes radiophoniques de l’époque. Ces moments familiaux ont nourri la curiosité du futur homme de télévision. « C’est avec mon père que j’ai découvert Europe 1 à ses débuts. Il commentait les infos. Il me laissait m’exprimer », racontait Thierry Ardisson.

Cette relation complexe avec son père a longtemps occupé une place importante dans son récit personnel. Il admirait cet homme qui avait abandonné certains de ses rêves pour assurer l’avenir de sa famille. « Je vis la vie qu’il aurait voulu vivre », résumait-il avec émotion.

De Mers el-Kébir à la télévision française : le parcours d’un homme en noir

Après ses années d’enfance, Thierry Ardisson construit une carrière qui le mènera très loin de ses premiers souvenirs algériens. Diplômé d’une licence d’anglais, il débute dans la publicité avant de devenir concepteur-rédacteur puis de fonder l’agence Business en 1978.

Il se fait connaître par des slogans devenus célèbres avant d’investir la télévision à la fin des années 1980. Avec des émissions comme Bains de minuit, Lunettes noires pour nuits blanches, Paris Dernière, puis Tout le monde en parle, il impose un style unique.

Son goût pour les interviews longues, les questions inattendues et les échanges sans filtre fait de lui l’un des animateurs les plus reconnaissables de sa génération. Pendant plus de trente ans, il multiplie les programmes marquants jusqu’à Salut les Terriens !, diffusée sur Canal+ puis C8.

Mais derrière l’image du provocateur, l’homme reste attaché à certaines blessures anciennes. Son enfance en Algérie fait partie de ces souvenirs qu’il évoquait rarement, mais qui pouvaient ressurgir avec une grande intensité.

Un an après sa mort, l’image de Thierry Ardisson reste donc celle d’un homme aux multiples facettes : journaliste, producteur, écrivain, mais aussi enfant déraciné ayant grandi entre plusieurs horizons. Mers el-Kébir restera l’un des lieux fondateurs de cette histoire personnelle, une ville portuaire algérienne où a commencé, loin des plateaux de télévision, le parcours de celui qui deviendra l’homme en noir.

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Source:

www.public.fr

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