Déjà répandus dans des pays comme l’Espagne, le Japon ou Singapour, les vêtements rafraîchissants apparaissent peu à peu comme une des solutions pour les travailleurs confrontés aux canicules à répétition en France. Ils permettent d’augmenter significativement la sensation de fraîcheur pour les ouvriers du bâtiment ou de l’industrie.
Le mercure atteint des sommets dans cette blanchisserie de Valence. Une machine permet de sécher les tissus très rapidement, mais elle rejette de l’air à plus de 80 degrés. Alors que la température extérieure devrait atteindre 40 degrés en cette veille de 14-Juillet, l’air devient irrespirable. En plus d’adapter les horaires et de multiplier les pauses climatisées, le patron a donc décidé de mettre à disposition des salariés des vêtements rafraîchissants.
« On a des cryovestes, on glisse des poches de gel à l’intérieur qui permettent de rafraîchir le corps, elles sont déjà utilisées dans le monde du vélo, pour le Tour de France ou pour le sport de haut niveau », témoigne Gilles Courtat, le gérant du pressing, auprès de BFMTV.
Ces vêtements rafraîchissants sont répandus en Espagne, à Singapour ou encore au Japon. Mais en France, on les découvre à peine. À la RATP, des gilets rafraîchissants ont été déployés en 2025 auprès de 500 agents. Il suffit de les mouiller et de les essorer avant de les porter.
« Leur tissu absorbe, stocke et restitue l’eau par évaporation, créant un effet de fraîcheur pouvant réduire la température de -5° à -8° pendant 5 à 10 heures », explique à BFM Business la régie de transports parisiens, qui ne souhaite toutefois pas encore communiquer sur le bilan de cette expérimentation.
« Le téléphone est en surchauffe »
Alors que la France affronte sa troisième vague de chaleur de l’année, les commandes de ces équipements explosent. « Depuis deux semaines, c’est devenu complètement fou. Le téléphone est en surchauffe, la boîte mail est en surchauffe. On reçoit plein plein de commandes, on a vraiment vendu beaucoup », témoigne auprès de BFM Business Jose Miguel Merino, patron de la marque espagnole Underheat qui propose des gilets, vestes et autres t-shirts rafraîchissants dans différents pays d’Europe.
Il assure que les commandes ont « bien plus que doublé » en deux semaines. Et cette tendance s’inscrit dans le long terme. En 2023, l’Espagne a encadré dans la loi les actions des entreprises pour protéger leurs salariés en cas de canicules. Ce qui s’est traduit chez Underheat par un doublement des ventes en trois ans.
« En Espagne, nous souffrons de la chaleur depuis toujours. En France, les canicules fréquentes sont plus récentes, on commence à avoir de plus en plus de clients français », explique Jose Miguel Merino.
Depuis l’adoption en France en mai 2025 d’un « décret chaleur » qui recense les obligations des employeurs, et qui mentionne explicitement les vêtements rafraîchissants comme solution, la demande s’est encore accélérée.
« Depuis ce décret, les ventes ont fortement augmenté. On en parle de plus en plus et les fabricants sortent de plus en plus de produits, même si en ce moment il y a des ruptures de stock à cause de la canicule », raconte François Hisette, technicien spécialiste sécurité chez RS France, une entreprise qui fournit du matériel de protection pour les salariés.
Trois technologies de fraîcheur
Concrètement, il existe trois technologies de vêtements rafraîchissants. La première utilise le phénomène d’évaporation. On mouille un gilet, on l’essore, puis on le porte. Il permet de rafraîchir le travailleur de plusieurs degrés, sans que les vêtements en dessous ne soient mouillés.
« On peut avoir jusqu’à 10 à 15 degrés en moins et pas la moindre goutte sur le t-shirt grâce à un textile spécial », assure Jose Miguel Merino.
Une autre technologie, dite « matériau à changement de phase », consiste à placer le gilet (ou des packs) au congélateur pendant environ une heure, ce qui garantit 4 heures de fraîcheur. Enfin, la dernière technologie intègre des éléments électroniques: il peut s’agir par exemple d’une veste équipée de mini-climatiseurs.
« Depuis la 1ère canicule de mai, on a eu une centaine de sollicitations, contre une dizaine ou une vingtaine habituellement, les entreprises ont vraiment été secouées par les fortes chaleurs », assure Mohamed Trabelsi, en charge des risques liés aux fortes chaleurs à l’OPPBTP, l’organisme de prévention pour le secteur du bâtiment.
« On peut avoir jusqu’à 10 degrés de moins »
Et pour cause, la technologie s’avère vraiment efficace, selon plusieurs organisations spécialisées. Une étude de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) a analysé le rythme cardiaque des travailleurs d’une entreprise de chauffage urbain portant une « cryovest » équipée de poches placées auparavant au congélateur.
« La moyenne des valeurs d’astreintes cardiaques et thermiques était significativement plus basse avec le port du gilet rafraîchissant », conclut l’étude, qui note aussi une réduction de la transpiration et de la température ressenties par les salariés. Il faut toutefois noter que cette étude n’a été réalisée que sur neuf volontaires, tous de sexe masculin.
Des résultats confirmés dans un rapport sur le sujet de l’OPPBTP dans lequel des usages plus développés dans différents pays du monde (à Singapour, au Japon, au Canada…) sont analysés.
« Si le modèle est bien choisi et adapté à l’environnement de travail, ça apporte aux salariés plus de rafraîchissement, on peut avoir jusqu’à 10 degrés de moins pendant 6 ou 7 heures », assure Mohamed Trabelsi.
En effet, toutes les technologies ne sont pas adaptées à tous les environnements de travail. Par exemple, dans une atmosphère humide, les solutions basées sur l’évaporation ne fonctionnent pas car l’air est déjà saturé en eau.
Enfin, l’OPPBTP insiste sur le risque majeur de cette technologie: oublier les autres mesures de protection. « Les vêtements rafraîchissants doivent toujours être utilisés en complément et pas en remplacement des autres solutions, insiste Mohamed Trabelsi. Ce n’est pas parce que je porte un gilet qu’il faut travailler de 12h à 16h en plein soleil, sans pause, et sans boire d’eau. »
Source:
www.bfmtv.com


