Dans la Guerre d’Espagne sont intervenues des puissances étrangères, en l’occurrence l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, aux côtés des nationalistes, des franquistes, et contre la République espagnole. Ce que l’on a longtemps mal évalué et peu exprimé, ou trop souvent accepté de laisser travestir, c’est ce que fut la véritable nature de l’intervention directe de l’URSS dans la Guerre d’Espagne. Voici ce qu’explique cet épisode de la série » Une guerre perdue et oubliée » diffusée en 1986.
L’intervention de l’URSS, un outil de contrôle politique
L’intervention de l’URSS fut bien autre chose que la manifestation d’un pur et noble sentiment de fraternité internationaliste pour un peuple menacé d’écrasement par la botte fasciste. Certes, ce sentiment élevé et noble habitait pourtant bel et bien les volontaires des Brigades internationales qui en 1936, communistes souvent, venaient de partout pour se battre aux côtés des Républicains. Un sentiment partagé également par ceux qui avaient engagé en Espagne une révolution sociale d’une ampleur et d’une nature inédite.
C’était un autre but que visait l’URSS de Staline en devenant l’incontournable puisque seul pays à soutenir le camp républicain par ses livraisons d’armes. Un soutien s’accompagnait de la volonté de dicter sa loi à la République, de mettre un terme à la révolution, possiblement contagieuse, en marche à Madrid et à Barcelone. Pour l’écrivain Jorge Semprun, c’est l’arrivée massive de l’aide et des armes soviétiques qui a tout changé pour le Parti communiste espagnol : » C’est par la médiation du pouvoir acquis par le Parti communiste qu »a eu lieu la répression « .
La liquidation des « ennemis » de l’intérieur
L’URSS eut la volonté de liquider les organisations qui portaient cette révolution, en premier lieu les antistaliniens du POUM et les anarcho-syndicalistes de la CNT. Wilebaldo Solano, dirigeant du POUM, raconte comment l’offensive a débuté par des campagnes de calomnie : « On a ouvert la radio dans la voiture… Carrillo faisait un discours à Valence, il disait tranquillement : Les dirigeants du POUM, agents de Franco et de Mola. » Cette répression a culminé avec l’assassinat d’Andrés Nin, leader du POUM. Ignacio Iglesias Suarez, ancien dirigeant du parti, témoigne de la fin héroïque de Nin aux mains des services spéciaux soviétiques.
Par Carlos Semprun Maura et Philippe Ganier-RaymondAvec Wilebaldo Solano (homme politique et journaliste communiste, dirigeant du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste : POUM, de 1948 à 1980), Ignacio Iglesias Suarez (un des dirigeants du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste : POUM, entre 1935 et 1937), Jorge Semprun (écrivain, homme politique), général républicain Enrique Lister (membre du Parti communiste d’Espagne : PCE, un des fondateurs du Cinquième Régiment : Quinto Regimiento), Federica Montseny (intellectuelle et femme politique anarchiste, ancien membre de la CNT, ministre de la Santé et des Affaires sociales de novembre 1936 à mai 1937), Manuel Azcarate (journaliste, ancien dirigeant du Parti communiste d’Espagne : PCE), Joseba Elosegi (militant nationaliste basque, ancien combattant républicain, témoin du bombardement de Guernica par les nazis) et Josep Tarradellas (homme politique, président de la Généralité de Catalogne en exil de 1954 à 1977)Musique Francisco SemprunRéalisation Maurice AudranCommunauté des Radios Publiques de Langue Française – Une guerre perdue et oubliée 3/5 : Les interventions étrangères pendant la guerre civile (1ère diffusion : 06/08/1986)Archive INA/Radio FranceEdition web : Documentation de Radio France
Source:
www.radiofrance.fr


