« Le Musée de l’Innocence » est à la base un roman du prix Nobel de littérature Orhan Pamuk. Quelques années après sa parution, un véritable musée éponyme a ouvert à Istanbul… dont l’affluence connaît un regain depuis l’adaptation du livre en série sur Netflix.
Publié le 12/07/2026 10:00
Temps de lecture : 2min
Le Musée de l’Innocence, paru en 2008, est l’histoire de Kemal, bourgeois éperdu d’amour pour Füsun, sa jeune et pauvre cousine, qui lui échappe après s’être donnée à lui. Il parcourt la ville en quête de son ombre, collectionne tous les objets qu’elle a touchés, notamment ceux qu’il dérobe dans sa maison, pour en faire un musée.
Nagi Han, une enseignante d’Istanbul, n’a pas lu le roman d’Orhan Pamuk mais elle est une fan de la série, dont une scène l’a marquée : « Quand ils sortent de l’appartement, ils marchent chacun sur un trottoir et se regardent. Ils oublient tout ce qui les entoure, ils profitent de l’instant présent. Pour moi, c’est ça l’amour. »
À l’entrée du véritable musée, une vitrine de mégots. « Quand j’ai vu ça j’ai dit ‘waow les cigarettes !’ Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi obsessionnel, poursuit l’enseignante. Cela nous questionne sur ce qu’est le véritable amour. L’amour, c’est s’attacher mais dans le film ça tourne vraiment à l’obsession ! »

Précisément 4 213 mégots soigneusement étiquetés, rageusement écrasés parfois, bordés ou non de rouge à lèvres. Piqués comme des papillons, annotés : un lieu, un moment. Le projet du Musée de l’Innocence est fou et unique : rassembler les vrais objets de personnages de fiction.
« C’est une idée fantastique d’écrire un livre sur quelqu’un qui fait un musée et de faire un musée qui reflète le livre. C’est vraiment unique. Rien de tel n’existe. »
Connafrey, visiteur britannique du muséeà franceinfo
Depuis la sortie de la série sur Netflix, les files s’allongent : quatre fois plus de visiteurs le week-end. De nombreux Turcs, mais aussi des étrangers comme Marina, une Russe qui vit en Finlande : « Je veux voir à quoi ça peut ressembler ! En Russie, on a un musée Dostoïevski mais c’est sur l’auteur, comme une biographie. »
Ici, c’est dans le roman que l’on se plonge et l’on déambule dans l’ordre des chapitres devant les cabinets de curiosités, comme autant de vitrines remplies d’objets qui témoignent aussi de la vie à Istanbul dans les années 70 : la pub, les affrontements armés entre extrême gauche et extrême droite, la guerre civile avant le coup d’Etat, les soirées bourgeoises, la presse à scandale, les robes et bijoux… Brucci, venue d’Oxford, apprécie : « Je trouve fascinant de collectionner des objets qui évoquent la mémoire. La façon dont on pense les lieux par rapport à nos souvenirs, à l’histoire. Le fait de réunir des objets de manière inattendue vous amène peut-être à penser et voir les gens différemment. Et puis moi-même, en regardant ces boîtes, je ne peux m’empêcher de penser à ma propre vie et à mes propres objets. »

Ces milliers d’objets sont rassemblés dans cette maison rouge biscornue sur trois étages du quartier des antiquaires à Cuckurcuma, où l’on se presse au cœur de ruelles pavées et sinueuses, bordées de vieilles bâtisses ottomanes. Avec la première phrase du roman qui vous accueille : « C’était le moment le plus heureux de ma vie, mais je ne le savais pas. »
Source:
www.franceinfo.fr


