Après l’affaire Lyhanna, le Garde des Sceaux avait demandé au parquet d’examiner les plaintes en cours dans les tribunaux impliquant des violences sur mineurs. Où en est-on de ces examens ? Les équipes de France Télévisions ont pu suivre le travail d’une procureure à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Derrière son apparente sérénité, c’est dans un tribunal sous pression que les équipes de France Télévisions entrent et sont exceptionnellement autorisées à filmer le parquet des mineurs de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), écrasé par une avalanche de dossiers dans lesquels des enfants sont en danger.
Lorsque son téléphone sonne, c’est l’issue d’une plainte pour violences sexuelles sur mineurs qui est en jeu. Cécile Gressier est procureure de la République. Au bout du fil, une gendarme fait état d’une plainte vieille de trois ans, le viol d’une jeune fille par son père. En quelques minutes, la magistrate décide des suites à donner. Trois ans après la plainte, l’enquête s’annonce encore longue et complexe. « Il faut avoir un expert psychiatre pour le mis en cause. Il faut avoir un expert psychologue pour la victime. Tout ça va prendre du temps. Ça interroge la capacité des services d’enquête et leur nombre suffisant d’enquêteurs pour pouvoir traiter ces procédures », soulève Cécile Gressier, procureure de la République de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).
Des viols, des attouchements sur des enfants comme dans un camp scout en 2023, autant de procédures au délai de traitement jugé dépassé sont exhumées par Cécile Gressier et ses équipes depuis un mois. 550 au total sont recensées sur ses listings. Parmi elles, 9 ont été identifiées comme prioritaires. « Est-ce que la victime est toujours en contact avec l’auteur ? Ce sera évidemment le premier critère qui imposera de mener des actes en urgence et surtout de veiller à ce que cette victime soit mise à l’abri », précise la procureure.
Le 14 juillet, tous les procureurs de France devront avoir réexaminé ces affaires, ordre de la chancellerie, suite à l’électrochoc causé par la mort de Lyhanna. À Boulogne-sur-Mer, les 12 magistrats du parquet sont mobilisés pour les passer au crible, en plus du flot incessant de signalements qui continue d’affluer.
La substitut de permanence, ce jour-là, prend connaissance du viol d’une adolescente de 16 ans, la semaine dernière. Une procédure de plus, dans un quotidien déjà saturé. « En réalité, le but, c’est de faire de l’enfance un sanctuaire et de protéger les enfants. C’est indispensable de poursuivre sur le volet pénal les infractions aux préjudices des enfants. En revanche, à moyens constants, je ne suis pas certaine de pouvoir faire des enquêtes de meilleure qualité. Le volume traité et y faire face, c’est extrêmement complexe », assure Kenza Laatar, substitut du Procureur à la division des mineurs et de la famille.
Face à la hausse des signalements de violences sexuelles sur mineurs, les tribunaux espèrent obtenir des moyens pour tenir leurs engagements sur la durée.
Source:
www.franceinfo.fr


