Au 332 East 13th Street, à New York, les romans ont cédé la place aux livres de recettes. Depuis la mi-avril, Wild Sorrel Cookbooks réunit, dans une petite boutique de l’East Village, des centaines d’ouvrages consacrés à la cuisine : nouveautés, titres d’occasion, volumes épuisés et quelques raretés.
Le fonds couvre un large éventail de cultures, de traditions et de pratiques culinaires, avec une priorité donnée aux personnes qui cuisinent chez elles. Les grands classiques côtoient des ouvrages plus confidentiels, organisés tantôt par pays, tantôt par spécialité ou par auteur.
Des livres sur le jardinage, le voyage et l’East Village, ainsi que quelques romans et objets pour la maison, complètent la sélection. Wild Sorrel n’est donc pas exclusivement consacrée aux livres de cuisine, mais ceux-ci occupent très largement le menu.
Quatorze ans derrière les rayonnages
La librairie constitue le premier projet personnel de Troy Chatterton. Avant de se lancer, il a travaillé pendant quatorze ans chez Three Lives & Company, l’une des librairies indépendantes les plus réputées du West Village. Il en avait pris la direction en 2015 et y rédigeait depuis 2018 une chronique semestrielle consacrée aux nouvelles parutions culinaires.
L’idée d’ouvrir sa propre adresse lui est venue deux ans et demi plus tôt, en sortant d’une librairie spécialisée dans la cuisine. Amateur de livres autant que de recettes, il s’est alors demandé à quoi pourrait ressembler un commerce de quartier entièrement organisé autour du plaisir de cuisiner. Le projet a pris forme jusqu’à devenir Wild Sorrel, pensée comme une librairie destinée aux cuisiniers amateurs, à leur communauté et à la transmission des savoir-faire.
Pour financer son ouverture, Troy Chatterton a lancé une campagne participative. L’objectif, fixé à 70.000 dollars, a été atteint avant l’installation de la boutique au printemps. Le lieu reste de dimensions modestes : deux grandes tables occupent le centre de la pièce, tandis que des bancs intégrés aux rayonnages invitent les visiteurs à feuilleter les ouvrages. Olive, le border terrier du libraire, participe régulièrement à l’accueil.
Une librairie née de souvenirs familiaux
L’histoire de Wild Sorrel remonte aussi aux samedis que Troy Chatterton passait enfant avec sa grand-mère, Gladys Lucille. Tous deux faisaient leurs courses dans les commerces du voisinage avant de rentrer cuisiner ensemble. Ces journées lui ont transmis, explique-t-il, le goût des boutiques indépendantes, des habitudes de quartier et du temps partagé autour de la préparation des repas.
Cet attachement se retrouve dans les rayonnages. La librairie accorde une place particulière aux ouvrages liés à l’East Village et à ses figures locales. Elle ne cherche pas seulement à réunir les publications les plus visibles : des livres anciens ou difficiles à trouver voisinent avec des auteurs reconnus, des cuisiniers new-yorkais et des titres venus de l’étranger. Troy Chatterton s’est notamment rendu à Londres pour rapporter des ouvrages de la cuisinière britannique Sally Clarke, encore peu distribués aux États-Unis.
Wild Sorrel doit également accueillir des signatures et des rencontres avec des auteurs, des cuisiniers et des professionnels de la gastronomie. Le libraire ne souhaite pas limiter ces rendez-vous à la promotion des nouveautés : il envisage aussi des conversations plus libres sur les aliments, les pratiques culinaires et les personnes qui les transmettent.
Son ambition dépasse ainsi la vente d’ouvrages. Troy Chatterton espère faire de sa librairie un endroit où les visiteurs aiment s’attarder et dont ils ressortent, selon ses propres mots, en se sentant mieux qu’à leur arrivée. Dans un environnement dominé par les plateformes et les catalogues presque illimités, Wild Sorrel défend le choix inverse : un fonds étroitement spécialisé, un libraire identifiable et des recommandations façonnées par la conversation.
Par Clément SolymContact : cs@actualitte.com
Source:
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