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Tour Perret de Grenoble : "un chantier qui va faire date dans l'histoire de la restauration du béton armé"

C’est une tour centenaire, construite pour l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme, dans le centre de Grenoble en 1925. Son architecte, Auguste Perret, un peu plus de vingt ans après Gustave Eiffel à Paris, sans aller aussi haut que la Dame de fer, s’est lancé pour défi de bâtir la première tour en béton armé au monde, bien avant celle de l’église Saint-Joseph du Havre et la tour d’Amiens qui porte également son nom.

Située au cœur du grand parc Paul Mistral tout près de la mairie et s’élevant à 80 mètres, cette tour d’orientation dotée d’une plateforme d’observation, est un « dispositif scénographique en soi, pour dialoguer avec la ville et les montagnes ». Fermée au public pendant plus de soixante ans, elle rouvre ses portes ce 11 juillet 2026 après deux ans et demi de restauration, pour un montant de 15,5 millions d’euros, financés par la ville de Grenoble, le département de l’Isère, l’État et par une campagne de mécénat portée par la Fondation du patrimoineOuverture dans un nouvel onglet.

Classé au titre des monuments historiques en 1998, l’édifice a fait l’objet d’un chantier inédit pour ce type de patrimoine, avec une tranche d’essai, une combinatoire nouvelle de quatre techniques et des arbitrages nécessaires entre conservation et durabilité, face aux problèmes posés par l’altération du béton et la corrosion des armatures en acier.

Et « les découvertes faites pendant ce chantier vont être très utiles pour d’autres chantiers à venir », sachant que la quasi-totalité des villes, « 80 à 90% sont construites en béton armé. »

Entretien avec l’architecte et docteur en histoire de l’art, Cédric Avenier, membre du comité scientifique de la restauration de la tour Perret.

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L’architecte et docteur en histoire de l’art, Cédric Avenier, au plateau des 60 mètres de la tour Perret de Grenoble. ©Radio France – Benoît Grossin

Quelle est la spécificité, la singularité de la tour Perret de Grenoble dans l’histoire architecturale ?

C’est la première tour en béton armé construite au monde. C’est-à-dire qu’au début du XXe siècle, Auguste Perret veut valoriser la construction en béton armé qui est un nouveau paradigme dans les méthodes de construction. Le béton armé, c’est l’association du béton d’un côté, des armatures de l’autre. C’est quelque chose qui existe déjà, qui est utilisé dans le génie civil par exemple, et très peu dans l’architecture en France, contrairement à l’Allemagne. La France ayant inventé les ciments, ayant les bureaux d’études structures et les entreprises, Perret ne comprend pas que les architectes ne se l’approprient pas.

Et lui, il développe un système constructif hyper efficace qu’il appelle l’ossaturisme, construction poteaux-poutres en béton armé coulé en place, avec un remplissage d’éléments préfabriqués. Il a toujours une construction modulaire, finalement assez classique et qu’il appelle par ailleurs l’ordre du béton armé, en référence aux ordres classiques.

La tour Perret de Grenoble, au début de sa construction en 1924. ouvrir crédits photo
La tour Perret de Grenoble, au début de sa construction en 1924. – Fonds Auguste Perret et Perret frères – 535 AP. CNAM / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture contemporaine

Dans les années 1920 après-guerre, la France est exsangue, il faut reconstruire. Cela donne la part belle finalement au béton armé qui permet de construire très rapidement, de construire beaucoup en grande surface, haut et pas cher. On va donc vite, haut et pas cher avec le béton armé et le système de Perret en fait une très belle démonstration avec l’église du Raincy pour la grande surface en 1923 et la tour de Grenoble de 1925 qui va très haut, 80 mètres, avec un budget très faible de 385 000 francs à l’époque.

Cette tour vient faire une sorte de concurrence aux tours américaines, les gratte-ciels. Et d’ailleurs, en France, on les appelle les gratte-ciels et gratte-sols, puisque pour aller haut, il faut faire de grandes fondations. Elle vient faire la concurrence en béton armé face à l’architecture, à l’ossature métallique qu’on trouve aux États-Unis. Perret propose son système en béton armé comme un système français, et qui résiste d’ailleurs très bien au feu.

La tour Perret de Grenoble, première tour en béton armé construite au monde, peu avant son inauguration en 1925. ouvrir crédits photo
La tour Perret de Grenoble, première tour en béton armé construite au monde, peu avant son inauguration en 1925. – Fonds Auguste Perret et Perret frères – 535 AP. CNAM / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture contemporaine

Et c’est une tour d’exposition comme la tour Eiffel ?

C’est une tour d’exposition internationale à Grenoble qui est l’exposition internationale de la houille blanche – c’est donc l’énergie hydroélectrique – et du tourisme. Le tourisme, c’est ce qui rapporte d’ailleurs le plus d’argent dans les années 1920 dans les Alpes, aussi étonnant que cela puisse paraître.

Le rapport à Eiffel n’est pas tellement dans le système constructif que dans le symbole. Les expositions ont régulièrement ou quasiment toujours un grand palais d’exposition pour les exposants, avec des pavillons et une tour qui est une tour signal. Celle de Grenoble est évidemment un repère dans la ville, avec 1,2 million de visiteurs en 1925. Il faut se repérer pour aller à l’exposition, mais c’est aussi un repère dans l’exposition, puisqu’on se donne rendez-vous au pied de la tour. Elle est très étroite, c’est très simple.

Et c’est aussi une tour d’orientation, puisqu’on peut monter dans la tour et au plateau des 60 mètres, on peut en faire le tour, voir les trois grands massifs, Chartreuse, Belledonne et Vercors et trois grandes vallées. Elle est au cœur des trois vallées. Et il y avait même une table d’orientation qui indiquait les lieux touristiques à visiter aux alentours de Grenoble.

Pour l'exposition internationale de 1925 à Grenoble, la tour Perret était "un repère dans la ville", avec 1,2 million de visiteurs. ouvrir crédits photo
Pour l’exposition internationale de 1925 à Grenoble, la tour Perret était « un repère dans la ville », avec 1,2 million de visiteurs. – Ville de Grenoble

Comment Perret est pionnier, comme Eiffel a été pionnier au XIXe siècle ?

Eiffel est un ingénieur qui propose un système constructif efficace, avec des calculs de structures, fer puddlé d’un côté, rivet de l’autre et une exposition, c’est l’occasion de montrer qu’il peut aller vite, haut et pas cher en acier à la fin du XIXe siècle. Perret utilise cette même occasion de monter avec le béton armé, puisqu’il utilise un système de dessin et de coffrage modulaire pour le béton armé. Il propose un système constructif très simple et très efficace.

Comme c’est une tour d’orientation, cela devient un phare dans la ville. D’ailleurs, les proportions sont celles d’un phare de la marine et il y avait même au sommet un véritable phare de la marine pour éclairer, avec éclat horizontal et pour éclairer l’exposition. Et la tour est en soi un véritable dispositif scénographique, puisqu’elle permet de monter, de voir la ville, de voir les montagnes. Il n’y a pas besoin de plus d’éléments pour comprendre l’urbanisme et la nature environnante.

« Monter dans la tour, c’est vraiment une expérience, avec une architecture qu’on ne voit nulle part ailleurs » : Rebecca Bilon, directrice du Muséum de Grenoble

Rebecca Bilon, directrice du Muséum de Grenoble et responsable de l’ouverture au public de la tour Perret, au dernier étage de la mairie de Grenoble. ouvrir crédits photo
Rebecca Bilon, directrice du Muséum de Grenoble et responsable de l’ouverture au public de la tour Perret, au dernier étage de la mairie de Grenoble. ©Radio France – Benoît Grossin

Fermée au public depuis 1960, elle a nécessité une restauration complète ?

À la fois une restauration complète et en même temps une conservation. C’est tout le problème de la tour. Elle était dans son état d’origine. C’était donc un des rares, sinon le seul édifice de Perret et le seul l’édifice des années 1920 dans son état d’origine. Mais elle était au bord de la rupture. Puisque c’est une tour qui fonctionne comme une console en tension, il fallait d’une part vérifier l’état des fondations. La tour d’ailleurs penchait d’à peu près 40 cm depuis les années 1960-80. Les fondations ont été reprises par un béton injecté, un système de « jet grouting », sur les 72 pieux de onze mètres de profondeur.

Et de fil en aiguille, on passe des fondations au sommet. Le deuxième grand chantier de restauration a concerné les huit piliers principaux de la tour, notamment les faces extérieures, puisque les bétons étaient éclatés, les aciers oxydés. Et ils ne tenaient d’ailleurs plus à la poussée au vide.

Il y a eu véritablement là un grand chantier, unique en soi, une grande tranche d’essai indépendante du chantier. C’est ce à quoi tenait l’architecte maître d’œuvre du chantier, François Botton, qui a mis comme condition sine qua non à la réalisation du chantier une tranche d’essai indépendante. C’est ce que nous voulions aussi pour pouvoir émettre toutes les hypothèses de restauration, puisque ce chantier a été un chantier pilote dans le monde de la restauration. On a donc introduit une part de recherche. Cette tranche d’essai a permis de vérifier toutes les hypothèses qui étaient faisables, pas faisables, logiques et parfois même contre-intuitives.

La tour Perret exposant son ossature, ses proportions et sa logique constructive, n'est "remplie" que par ses escaliers et ascenseurs. ouvrir crédits photo
La tour Perret exposant son ossature, ses proportions et sa logique constructive, n’est « remplie » que par ses escaliers et ascenseurs. ©Radio France – Benoît Grossin

Et il y a eu quatre premières dans le chantier. L’une qui consiste à repousser la nappe d’acier extérieure de deux centimètres vers l’intérieur, puisque l’enrobage des aciers était beaucoup trop faible. Il était de deux centimètres jusqu’à zéro centimètre et il fallait qu’on obtienne quatre centimètres d’enrobage. Les bétons étaient tellement altérés que la matière enlevée nous a amené tout de suite à pouvoir replacer les aciers à deux centimètres de profondeur. Il y a eu un système de projection de béton et non pas un système de coulage en place, parce que le coulage en place s’est avéré pas du tout efficace d’un point de vue de la résistance.

On a formulé un béton forain avec des granulats et des sables locaux et un ciment résistant au sulfate. Et il se trouve que parmi les cinq ciments résistants au sulfate, celui qui convenait le mieux, c’est le « Vicat Extremat » qui est fabriqué à quelques kilomètres de Grenoble. Ensuite, une fois que le béton projeté a très bien fonctionné, l’aspect esthétique n’allait évidemment pas, puisqu’on n’arrive pas à avoir les bétons bruts de décoffrage. Il a donc fallu reratisser ces bétons, puisqu’on ne peut pas toucher le béton projeté pour ensuite l’estamper avec un coffrage de bois qui était le même coffrage que Perret. Mais estamper, c’est-à-dire imprimer, avec plusieurs tonnes de pression.

On arrive ainsi à avoir exactement le même parement que Perret en 1925, avec des techniques complètement modernes, mais un matériau qui est fait de matériaux locaux et qui est adapté. On arrive à avoir le même parement, c’est-à-dire le même aspect de surface de béton brut, avec les mêmes dimensions de planches par ailleurs.

« Elle est en acier et en fonte, c’est la machinerie de 1925 classée au titre des monuments historiques » : Cédric Avenier

Un des éléments de la machinerie des ascenseurs Otis de 1925 est conservée à 65 mètres de la tour Perret de Grenoble. ouvrir crédits photo
Un des éléments de la machinerie des ascenseurs Otis de 1925 est conservée à 65 mètres de la tour Perret de Grenoble. ©Radio France – Benoît Grossin

Un chantier complexe, parce que des détériorations majeures ? C’est la corrosion des armatures et l’altération du béton qui posaient particulièrement problème ?

Alors, c’est un chantier complexe, parce que d’abord c’est une tour qui est très étroite, et on met en jeu sa structure quand on intervient dessus, comme quasiment toutes les structures en béton armé. Il y avait donc une question de risque structurel. Et puis un chantier qui dure deux ans et demi sur 80 mètres de haut, avec toutes les saisons. Il y a beaucoup de vent aujourd’hui, alors qu’il fait beau. Vous imaginez la complexité, en hiver…

Ensuite, il faut démolir du béton pour le restaurer. C’est tout le paradoxe de la restauration des bétons armés. Le béton armé, c’est un matériau composite. Le béton vient protéger les armatures de l’oxydation. Mais dans le temps, quand on ne l’entretient pas ou que le béton carbonate, il devient un peu plus acide avec l’humidité. Les aciers s’oxydent, gonflent, fissurent, le béton éclate. C’est un système finalement pernicieux qui se met en place et qui est structurellement très lourd.

« C’est reconnecter une histoire du XXe siècle au XXIe siècle » : Alexis Monge, adjoint PCF à la maire de Grenoble chargé de la vie culturelle et des arts

Alexis Monge, adjoint PCF à la maire de Grenoble en charge de la vie culturelle et des arts, en haut de l'hôtel de ville situé à proximité de la tour Perret. ouvrir crédits photo
Alexis Monge, adjoint PCF à la maire de Grenoble en charge de la vie culturelle et des arts, en haut de l’hôtel de ville situé à proximité de la tour Perret. ©Radio France – Benoît Grossin

Et il a fallu concilier des exigences de conservation et de durabilité ?

Voilà un autre paradoxe du béton armé. On ne peut pas intervenir élément par élément. La structure est monolithique. L’acier et le béton font corps et lorsque le béton est altéré, il faut le purger et aller aux aciers. On ne peut pas suivre complètement les chartes traditionnelles, comme la Charte de VeniseOuverture dans un nouvel onglet qui consiste, dans la restauration du patrimoine, à conserver un maximum de matière originelle, puisque la matière elle-même a des pathologies.

Conserver la matière, c’est conserver les pathologies. Démolir, c’est perdre de l’œuvre. L’arbitrage est délicat. Le béton pose ce problème qui est de devoir d’une part suivre les normes de construction et donc suffisamment démolir du béton pour pouvoir le restaurer et atteindre les normes structurelles et de l’autre côté, si l’on suit la Charte de Venise, on conserve aussi les pathologies de ce béton et on met alors en jeu la durabilité de l’édifice. Et ce qu’on fait par ailleurs est irréversible, ce qui est contraire à une opération de restauration.

Par conséquent, l’arbitrage a été de dire : puisqu’une bonne partie du béton est altérée, on va intervenir de façon un petit peu plus lourde et documentée avec les archives de Perret, pour avoir des matériaux simples, sobres, une grande qualité d’intervention de la part des entreprises, afin que l’intervention soit la plus pérenne possible. C’est-à-dire qu’on contrebalance l’importance de la restauration par la pérennité des travaux.

Certains éléments ont dû être déposés, retirés pour être restaurés ?

Oui, malheureusement. Par exemple, la marquise du rez-de-chaussée était vraiment particulièrement altérée, sauf une partie qui a été conservée comme une sorte de berne témoin. Elle a dû être démontée et reconstruite à la fin du chantier. L’escalier sommital aussi, sa partie extérieure, c’est-à-dire la moitié, puisque c’était un élément fragile et particulièrement soumis aux intempéries.

La partie extérieure de l'escalier hélicoïdal au sommet de la tour Perret qui a dû être reconstruite, "une prouesse technique" pour cet élément structurel. ouvrir crédits photo
La partie extérieure de l’escalier hélicoïdal au sommet de la tour Perret qui a dû être reconstruite, « une prouesse technique » pour cet élément structurel. ©Radio France – Benoît Grossin

Cet escalier sommital se trouve entre 70 et 80 mètres de haut. Et cela a été vraiment une prouesse technique de la part des entreprises de démonter, de déconstruire cet escalier qui est structurel, dans un bâtiment existant et fragile, et de le reconstruire. Une partie en béton armé, une partie préfabriquée aussi, puisque le chantier était vraiment particulièrement complexe.

Que dire des claustras, éléments fondamentaux de l’œuvre de Perret ?

Les claustras, ce sont le système de remplissage. Perret a inventé ces claustras, triangles pointe en bas, pour Grenoble. Là, nous sommes à l’intérieur et nous voyons ces petits triangles qui laissent passer la lumière. Ce qui permet sans éclairage d’avoir le jour. Et quand il y a des rayons de soleil, on a un très bel effet de lumière.

Mais les triangles à l’extérieur permettent surtout à l’eau de ruisseler, de ruisseler sur la façade et pas de rentrer. Et comme ces claustras sont préfabriqués et assemblés sur place, le béton d’une très bonne qualité n’a pas eu besoin de restauration particulière, si ce n’est quelques éléments de liaison. Les claustras ont simplement été nettoyés, gommés. Ils font vraiment partie des éléments de 1925 et qui, tous, n’ont pas eu besoin de restauration lourde.

Visibles de l'extérieur de l'édifice : les claustras, triangles pointe en bas, éléments fondamentaux de l'œuvre d'Auguste Perret. ouvrir crédits photo
Visibles de l’extérieur de l’édifice : les claustras, triangles pointe en bas, éléments fondamentaux de l’œuvre d’Auguste Perret. ©Radio France – Benoît Grossin

Le claustra est un élément fondamental de l’œuvre de Perret qui conçoit la logique de chantier, avec un béton coulé en place et un béton préfabriqué. Et le claustra, c’est ce qu’il a très bien connu à la fin du XIXe siècle, quand il était à Oran, sur les chantiers de son père, où il y avait beaucoup de claustras. Perret remplace les menuiseries par le claustra en béton, en fait. Tout ce qu’il peut remplacer : la brique ou le bois par le béton, il le fait. Cela lui permet de gérer son chantier complètement.

Le claustra est un élément esthétique d’une tour qui est construite pour montrer sa propre architecture ?

Chez Perret, tout est esthétique et tout est technique. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’ornement inutile et le détail de construction est ornement. Les piliers ne sont pas des piliers carrés et ils ont avec eux des systèmes d’écoulement d’eau. Ils sont particulièrement bien dessinés. Les claustras aussi, pointe en bas, qui permettent le ruissellement des eaux, Perret les appelle « les écailles ». Si on regarde la tour, finalement, elle ressemble à un serpent. C’est pour cela qu’il les appelle « les écailles ». Il y a un jeu d’ombres et de lumières aussi important dans les ornements de Perret.

Deux des multiples claustras qui permettent de faire rentrer la lumière dans l'édifice et de faire ruisseler l'eau de pluie sur la façade à l'extérieur. ouvrir crédits photo
Deux des multiples claustras qui permettent de faire rentrer la lumière dans l’édifice et de faire ruisseler l’eau de pluie sur la façade à l’extérieur. ©Radio France – Benoît Grossin

La tour ne dissimule rien. C’est un principe de réalité du XIXe siècle que Perret continue à utiliser au XXe siècle avec un matériau nouveau. Il expose l’ossature en béton armé et ses proportions qui nous rappellent la colonne antique et les claustras aussi en béton armé. Il inaugure donc ici une nouvelle manière de bâtir, où la technique devient un langage architectural en soi. Une nouvelle écriture.

Ce que propose Perret, c’est effectivement le langage architectural du XXe siècle : ossature légère en béton armé. Parce que le béton armé était considéré comme un matériau léger. En 1920, la tour a fait très peur d’ailleurs. Son rapport hauteur/largeur a fait peur et elle a été remise en cause par beaucoup d’architectes. Ce que propose la tour Perret, c’est une nouvelle écriture architecturale, celle du béton apparent assumé. C’est l’architecture du XXe siècle.

Avec cette restauration, il y a un enjeu à la fois local et international. C’est un laboratoire pour la sauvegarde du patrimoine en béton du XXe siècle ?

La tour avait été abandonnée dans les années 1960. Mais comme elle était dans un grand parc, le parc Paul Mistral, elle avait finalement tous les atouts pour faire l’objet d’un chantier pilote en termes de restauration. D’abord, elle n’avait pas de destination. Elle était faite par Perret, architecte célèbre, très bien documentée. Nous avons donc profité de cette occasion pour faire du chantier de restauration un chantier de laboratoire. C’est-à-dire de vérifier toutes les hypothèses et de proposer une méthodologie de restauration d’une part, et ici avec des moyens qui ne sont pas d’utiliser des matériaux avec une forte valeur ajoutée ou des brevets ou des choses particulières.

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Au contraire, les matériaux utilisés sont simples et courants. La plus-value vient du savoir-faire des entreprises et du regard de l’architecte. De nombreuses hypothèses ont été testées, invalidées, validées. Le chantier était à la fois ouvert aux entreprises, aux professionnels de la restauration des bétons. Nous avons fait plusieurs conférences, présentations à Venise, à Berlin, à Porto, à Paris et notamment un grand colloque du Conseil international des monuments et des sites, ICOMOS France, sur la restauration de la tour avec les laboratoires de recherche, l’architecte et aussi les entreprises qui ont eu un rôle très important.

Des entreprises et des architectes sont venus de l’étranger, mais le chantier a été aussi ouvert au public, en vue de montrer l’enjeu de la restauration du béton armé, puisque ce sera le chantier du XXIe siècle. Proposer des systèmes de restauration parfois qui sont aux limites de la norme, mais qui sont simples, est important.

Tout en haut de la tour Perret, à 80 mètres, il est possible de voir de plus près la boule sommitale et le paratonnerre en forme de rosace ouvrir crédits photo
Tout en haut de la tour Perret, à 80 mètres, il est possible de voir de plus près la boule sommitale et le paratonnerre en forme de rosace ©Radio France – Benoît Grossin

C’est un enjeu pour l’avenir, pour le patrimoine en béton ?

Alors, ce projet de restauration fait date effectivement, comme la tour a fait date en 1925 pour la construction. Les découvertes qui ont été faites pendant ce chantier vont faire date dans l’histoire de la restauration du béton armé, et elles vont être très utiles pour les chantiers à venir. La quasi-totalité des villes aujourd’hui est en béton armé. Par exemple, typiquement à Grenoble, tous les grands boulevards des années 1930.

Les chantiers sont colossaux. 80 à 90 % des villes sont construites en béton armé, beaucoup avec du béton brut. Cela va effectivement d’églises, des immeubles, beaucoup de mairies, la mairie de Grenoble par exemple, la ville du Havre évidemment entièrement d’Auguste Perret. Et à Paris aussi il y a toute l’architecture béton armé du quartier de Chaillot, des édifices du Corbusier ou de Michel Roux-Spitz. Les exemples sont légion.

« Travailler sur un langage qui s’inspire complètement des éléments de la tour et notamment des claustras et du paratonnerre » : Pierre Rodière, scénographe

Pierre Rodière, scénographe du projet de réhabilitation de la tour Perret, sous la marquise montrant un rappel des claustras. ouvrir crédits photo
Pierre Rodière, scénographe du projet de réhabilitation de la tour Perret, sous la marquise montrant un rappel des claustras. ©Radio France – Benoît Grossin

C’est une recherche, mais une recherche qui se poursuit ?

La restauration des bétons armés est une discipline assez récente. Le chantier de la tour fait une sorte de bilan sur les vingt, trente dernières années. Elle a évacué des systèmes qui ne s’avèrent pas extrêmement intéressants. Elle en trouve d’autres. C’est effectivement un point, mais c’est une recherche continue.

Dans les autres chantiers, on trouvera d’autres problématiques de restauration, avec d’autres techniques. Mais tout ce qui fonctionne à Grenoble, fonctionnera largement dans la plupart des édifices. Cette restauration de la tour Perret est déjà un pas important qui a été fait dans la recherche.


Source:

www.radiofrance.fr

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