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Présidentielle 2027: comment François Ruffin s'est retrouvé marginalisé à gauche

Il devait être celui qui ramènerait l’équilibre à gauche. En tout cas, il en a probablement rêvé. Ces dernières années, François Ruffin a tout fait pour se recentrer sur l’échiquier politique et se détacher autant que possible de sa réputation de populiste braillard. Avec un objectif en ligne de mire: l’élection présidentielle de 2027.

Lors de son premier mandat de député de la Somme, de 2017 à 2022, le quinquagénaire traînait pourtant une réputation de trublion et de provocateur. Avant de changer de cap le mandat suivant: fini les maillots de foot au pupitre de l’Assemblée nationale, fini les happenings. La «bordélisation» a fait son temps. Ses liens avec La France insoumise (LFI), son groupe parlementaire de l’époque à l’Assemblée nationale, aussi.

«François Ruffin est rappelé à l’ordre pour son maillot de foot à la tribune de l’Assemblée nationale», Ici (ex-France Bleu), 7 décembre 2017.

Depuis deux ans, François Ruffin ne cache plus son ambition: incarner une rupture idéologique avec la gauche mélenchoniste. «Il revendique une ligne singulière proche des “petites gens”, décrypte Pierre-Nicolas Baudot, maître de conférences en science politique à l’université de Rouen-Normandie. Pour lui, les questions sociales sont plus importantes que les autres. Et donc plus importantes que les questions sociétales, qui sont centrales dans la stratégie électorale insoumise.»

Dès novembre 2022, l’ancien journaliste de 50 ans s’affiche en une du Nouvel Obs en tant que «social-démocrate», clamant: «Je suis dans les petits pas, dans le concret, plutôt que dans l’horizon inatteignable. Jamais je n’ai promis le grand soir.» Une ligne réformiste plus proche du Parti socialiste (PS) et donc moins radicale que celle qu’il incarnait jusque-là.

Une alternative très discrète à LFI

Avant le second tour des élections législatives, en juillet 2024, le député sortant de la Somme officialise son divorce avec son camp. Il le promet: s’il est élu, il ne siégera pas dans l’hémicycle aux côtés de LFI. Après sa victoire, le Picard tient parole et enfonce le clou quelques semaines plus tard à la Fête de l’Humanité: «Quand Jean-Luc Mélenchon dit qu’il faut tout faire pour la jeunesse et les quartiers populaires, et laisser tomber le reste, qui est d’accord avec cette ligne-là?» Une attaque frontale accueillie entre sifflets et applaudissements. Comme un signe des fractures à gauche.

Cette rupture idéologique se double d’un mécontentement sur l’organisation interne insoumise. Un combat que le député-documentariste partage avec un groupe de «purgés»: Alexis Corbière, Raquel Garrido ou Danielle Simonnet, autant d’ex-membres de LFI déçus de ne pas avoir obtenu l’investiture du parti en 2024, ou encore Clémentine Autain, qui a rompu comme lui avec LFI au moment des législatives. Deux ans plus tard, force est de constater que ce petit groupe n’a pas encore réussi son pari et que Jean-Luc Mélenchon part favori à gauche.

Un couac illustré et une stratégie qui coince

Le 26 janvier 2026, François Ruffin l’officialise: il sera candidat à la primaire de la gauche en vue de la prochaine présidentielle. Enfin, si une telle licorne existe. Le 12 mai, au micro de France Inter, le président et fondateur du parti Debout (anciennement Picardie Debout) va même plus loin: «Je souhaite que la primaire ait lieu parce que je pense qu’il n’y a pas une autre façon de faire. Maintenant, s’il n’y a pas de primaire, moi j’y vais!»

Problème: François Ruffin se serait bien passé d’une polémique à l’approche du scrutin présidentiel. C’était sans compter sur la parution, au début du mois de mai, de Picardie Splendor – Les aventures de François Ruffin député reporter, sa nouvelle bande dessinée qui devait dynamiser sa campagne électorale. Elle l’a fait, mais pas dans le bon sens. En cause: un passage dans lequel il joue le médiateur lors d’un contrôle de train effectué sur des personnes racisées. Une mise en scène accusée par certains de véhiculer des stéréotypes et d’adopter une posture de «sauveur blanc».

Le 19 mai, dans Libération, François Ruffin reconnaît comprendre «que ces images peuvent blesser», tout en rejetant les accusations de racisme. Mais dans le même temps, le passager réellement impliqué dans le contrôle du train contredit publiquement sa version des faits. Un timing désastreux. Voilà l’élu picard contraint de gérer un bad buzz… plutôt que d’installer son message et de faire avancer sa campagne.

À gauche, la locomotive insoumise est déjà loin

Jean-Luc Mélenchon et ses proches n’ont, eux, pas perdu de temps. Les Insoumis ont fait une démonstration de force, le 7 juin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et réuni plusieurs milliers de personnes à moins d’un an du scrutin national. «Le problème de François Ruffin, c’est qu’il est seul, résume Pierre-Nicolas Baudot. Pour réussir à la présidentielle, il faut pouvoir s’appuyer sur un parti solide. Les études montrent qu’à gauche, lors des dernières municipales, le seul parti en capacité de mobiliser, c’était LFI. Sa seule possibilité, c’est de bénéficier d’un processus collectif comme une primaire et de se greffer à des mouvements existants, comme l’a fait Raphaël Glucksmann avec le Parti socialiste.»

François Ruffin voulait occuper l’espace laissé vacant entre Jean-Luc Mélenchon et la gauche de gouvernement. Pour l’instant, cet espace ressemble surtout à un no man’s land.

Un déficit qui explique peut-être pourquoi le député tente d’apparaître comme l’un des grands défenseurs d’une alliance commune. Mais à dix mois de l’élection présidentielle, le pari du fondateur de la revue Fakir d’apparaître comme un espoir central, populaire et non-communautariste au sein d’une gauche composite paraît compromis.

D’autant plus qu’un dernier caillou de taille s’est glissé dans la chaussure de François Ruffin: la gauche hors-LFI est à la peine. Le Parti socialiste se déchire. Les Écologistes ont du mal à être audibles. Le Parti communiste français est en retrait. À ce stade, Raphaël Glucksmann est l’un des rares à se constituer un appareil partisan (et encore, le rapprochement avec le PS est loin d’être acté).

François Ruffin voulait occuper l’espace laissé vacant entre Jean-Luc Mélenchon et la gauche de gouvernement. Pour l’instant, cet espace ressemble surtout à un no man’s land.


Source:

www.slate.fr

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