La ministre, invitée des « 4 Vérités » ce vendredi 10 juillet, revient sur la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027, malgré sa condamnation en appel mardi. « La condamnation ne l’empêche pas d’être candidate. C’est donc le passé », estime Aurore Bergé.
Canicule et plan Orsec, « changement de méthode » après le retrait du projet de loi Yadan, course à l’Élysée pour 2027… Aurore Bergé, la ministre de déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, est l’invitée de Jeff Wittenberg dans les « 4V » vendredi 10 juillet.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Jeff Wittenberg : On va parler dans un instant des sujets qui concernent votre portefeuille, votre ministère, mais d’abord, en tant que représentante du gouvernement, qu’est-ce qu’il faut comprendre de ce déclenchement du plan Orsec ? C’est une première en raison des chaleurs extrêmes qui règnent sur la France.
Aurore Bergé : On est dans une situation qui est absolument exceptionnelle. On a neuf départements qui sont aujourd’hui placés en vigilance rouge, et ça pourrait s’aggraver dans les jours à venir. Le plan Orsec, c’est de vérifier département par département qu’on a partout des îlots de fraîcheur pour les personnes qui sont les plus vulnérables, c’est-à-dire qu’on travaille avec les mairies, avec les CCAS, avec les CAF, en lien avec les services de la préfecture, pour identifier les personnes à la fois plus âgées, les personnes en situation de handicap, les jeunes enfants, pour garantir qu’ils n’aient pas à souffrir trop de la chaleur.
C’est une réponse en urgence. Le Haut conseil pour le climat a dressé hier un constat particulièrement inquiétant : ces vagues de chaleur vont s’accentuer, à la fois en intensité et en fréquence. Selon le Conseil, la France n’est pas prête à faire face à ces changements climatiques. Est-ce que vous partagez ce diagnostic ?
On a une obligation qui est celle de l’adaptation. Aujourd’hui, ce n’est plus une exception. En effet, ces très fortes chaleurs et puis ces dérèglements, on peut penser aux inondations qu’on a eues aussi dans le Pas-de-Calais ; il faut en permanence qu’on s’adapte. Ce qu’on fait sur la décarbonation des entreprises, ce qu’on fait sur la question des véhicules, ce qu’on fait sur la question des bâtiments publics, ce qu’on a fait sur le fonds vert. On aura à nouveau tous ces débats, vous le savez, dans le cadre du budget. Et j’espère que tous ceux qui les ont combattus hier seront au rendez-vous demain.
Voilà pour les causes, mais pour les conséquences, est-ce que vous estimez qu’on en a assez fait dans la préparation ? Vous entendez ce procès en impréparation du gouvernement sur la climatisation par exemple des hôpitaux, des établissements scolaires. Lorsqu’Emmanuel Macron dit qu’on ne pouvait pas imaginer une telle ampleur des températures, le Giec le prévient depuis des années…
On a un dérèglement. Le Président de la République a été extrêmement mobilisé à des moments où encore on avait des personnes qui doutaient de l’impact humain sur le dérèglement climatique. On a encore du climatoscepticisme, je crois que plus personne ne peut douter de ce dérèglement, ce qui suppose une adaptation globale des bâtiments publics, des collectivités, de l’État, des Français eux-mêmes et un accompagnement sur cette adaptation, et c’est exactement ce qu’on va continuer à faire.
Vous parlez donc de l’avenir. On en vient au projet de loi que vous avez présenté hier en Conseil des ministres qui vise à lutter, parce que cela fait partie de vos attributions ministérielles, contre le racisme et l’antisémitisme. Il existe déjà un arsenal juridique assez important. Pourquoi vous estimez qu’une nouvelle loi était nécessaire ? Qu’est-ce qu’elle va changer ?
C’est déjà partir des victimes. Et aujourd’hui, on a des Français qui nous disent, qui me disent, qu’ils pensent qu’ils ne sont plus les bienvenus ici, chez eux, en France, parce qu’ils subissent de l’antisémitisme, du racisme dans leur quotidien, à l’université, sur des boucles de WhatsApp, dans les transports en commun, dans leur vie quotidienne. Et cet antisémitisme, ce racisme qui pourrit la vie du quotidien, il n’était pas appréhendé aujourd’hui dans la loi. En clair, s’il y avait un tag, par exemple, qui était fait sur votre porte ou votre immeuble avait eu une attaque antisémite ou raciste, c’était appréhendé comme un tag, peu importe l’inscription qui était mise.
Et là, ça va changer ?
Là, ça va changer, parce qu’il n’y a pas de petits délits quand on parle de haine, parce que la haine en permanence, elle doit être combattue.
Et qu’est-ce qu’on risquera ? Quels seront les nouveaux délits ?
Eh bien, tous ces délits du quotidien, un crachat mais qui est accompagné d’une insulte à caractère antisémite ou raciste, un tag, par exemple… C’est-à-dire tout ce qui crée une atmosphère qui fait que vous êtes ciblés, intimidés, et que vous avez l’impression que finalement vous n’êtes plus le bienvenu chez vous, c’est-à-dire ici en France. Et puis évidemment, c’est aussi en finir avec l’impunité, une part d’impunité, notamment en ligne. Aujourd’hui, on le voit bien, on a un nouveau continent de haine qui est la haine en ligne.
Mais ça signifie que vous aurez les moyens de lutter contre cette haine en ligne ?
Aujourd’hui, ça repose un peu trop souvent sur la bonne volonté des plateformes. Donc, elles donnent des réponses un peu quand elles le veulent et comme elles le veulent, avec des réponses qui sont très disparates. Or, personne ne peut ignorer aujourd’hui la haine qui se répand sur les réseaux sociaux, qui atteint nos enfants, nos adolescents, qui en sont imprégnés, qui parfois en sont les victimes ou les auteurs. Eh bien, on va utiliser Pharos, le bras armé de la police et de la gendarmerie pour retirer les contenus. Ils peuvent le faire sur des cas de terrorisme ou de pédocriminalité. Ils pourront le faire demain sur le racisme et l’antisémitisme. Ça veut dire que les plateformes ne pourront pas dire non, les plateformes seront contraintes, obligées de supprimer ces contenus haineux.
Votre projet de loi est présenté quelques semaines après la proposition de loi de Caroline Yadan, une députée de votre famille politique, cette proposition de loi qui visait à lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme avait été décriée. Il y avait eu une pétition qui avait recueilli 700 000 signatures contre cette loi, notamment parce que dans ces nouvelles formes d’antisémitisme, elle pointait l’antisionisme et que certains y voyaient l’empêchement de critiquer par exemple la politique d’Israël. Est-ce que vous avez en quelque sorte baissé les standards de cette loi pour qu’elle soit plus consensuelle aujourd’hui ?
Il n’y a pas de standards qui ont été abaissés, il y a un combat à mener, qui est un combat de cohésion républicaine, c’est d’ailleurs le titre de la loi, qui est un combat dans la lutte et contre l’antisémitisme et contre le racisme.
Sur cette question précise de l’antisionisme, est-ce que la loi Yadan allait trop loin ?
Non, c’est pas qu’elle allait trop loin, c’est que, là, on a changé de méthode. D’une part, parce que c’est l’antisémitisme et le racisme, et qu’on a voulu avoir cette approche, qui est une approche universaliste, qui est une approche globale, en partant de ce que vivent malheureusement les victimes, en travaillant avec les associations, les collectifs, les magistrats, les avocats, qui accompagnent au quotidien, ou qui voient au quotidien.
Donc, c’était une erreur peut-être de le réduire juste à l’antisémitisme dans un premier temps ?
Je ne suis pas là pour revenir sur le passé. Il y a eu une proposition de loi, il y a aujourd’hui un projet de loi sur lequel je travaille avec méthode en associant très largement l’ensemble de ceux qui accompagnent les victimes, en associant les parlementaires, les élus locaux, de manière à garantir qu’on ait une loi utile, c’est-à-dire qui vienne combler des lacunes qui ne sont pas aujourd’hui comblées dans l’état de la loi, et qui vienne mieux protéger les victimes et mieux sanctionner et punir les auteurs.
Notamment à gauche, des partis comme La France insoumise étaient violemment opposés à cette proposition de loi de Madame Yadan. Est-ce que vous espérez cette fois-ci un consensus ?
On est dans un moment où on a eu en 2025, 1 320 actes antisémites, c’est-à-dire la moitié des actes antireligieux qui ont concerné moins de 1% de la population française. Dans un pays qui a connu en 2025 trois homicides racistes, trois tentatives d’homicides racistes, donc personne ne peut nier la réalité de l’augmentation massive de l’antisémitisme et de la permanence du racisme. À un an de l’élection présidentielle, je crois qu’il faut qu’on soit tous au rendez-vous. C’est-à-dire qu’on envoie un message clair de cohésion républicaine qui dit aux Français, à tous les Français : on ne cédera rien face à la haine. Et c’est la raison pour laquelle j’espère que ce texte sera voté à l’unanimité.
Vous venez de parler de l’élection présidentielle. Cette semaine a été marquée bien sûr par la décision de Marine Le Pen de concourir à l’élection malgré sa condamnation par la cour d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires du Front National. Est-ce que pour vous, pour votre camp, pour les macronistes, c’est une adversaire moins dangereuse que n’aurait pu l’être Jordan Bardella, si l’on en croit les sondages ? Quelle était votre préférence ?
Je n’ai pas de préférence à avoir ; il y a un combat à mener. Il y a un combat à mener face au Rassemblement National et, surtout, il y a un combat à mener pour démontrer qu’il y a un autre chemin. Parce qu’une présidentielle, ce n’est pas le camp du refus. Une présidentielle, c’est quel est le projet qu’on peut mener. Après, Madame Le Pen, elle a été reconnue coupable, par deux fois en première instance et en cour d’appel, elle a été condamnée. La condamnation ne l’empêche pas d’être candidate à la présidentielle. Elle est donc candidate. C’est donc le passé. La campagne présidentielle a réellement démarré à partir du moment où l’on connaît l’adversaire, et donc, à nous de proposer un autre chemin.
On connaît l’adversaire, mais on ne connaît pas encore l’autre adversaire. Enfin, l’un des autres adversaires, celui qui représentera votre famille politique. On sait bien qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal sont tous les deux en campagne, est-ce que ça va pouvoir durer longtemps, Madame Berger ?
Vous savez, moi, ça fait des mois que je plaide pour l’unité et pour le rassemblement.
Ça, ce sont les principes et les mots, mais les actes ?
Oui, ce sont les principes et les mots, mais plus que des mots, c’est une nécessité absolue. Face au risque d’avoir un second tour qui se résume à un duel entre le Rassemblement National et La France insoumise, on a une responsabilité immense qui est de garantir une candidature unique et de garantir surtout un projet…
Mais qui ?
Moi, je suis au gouvernement, je suis là d’abord pour travailler, pour montrer qu’on est utiles jusqu’à la dernière minute aux Français. Je m’exprimerai le temps venu, je prendrai toute ma part dans cette campagne présidentielle, parce qu’elle est déterminante et décisive pour l’avenir du pays, l’avenir des Français. Mais encore une fois une présidentielle, ce n’est pas uniquement le camp du non et le camp du refus, c’est à nous de montrer qu’il y a un autre chemin.
Source:
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