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Cette semaine, Caroline de Camaret reçoit Antonio Tajani, ministre italien des Affaires étrangères et vice-président du gouvernement de Giorgia Meloni – une coalition tripartite allant de son parti, Forza Italia, à la droite radicale (Frères d’Italie, La Ligue). Il fait un tour d’horizon de l’actualité internationale vue de l’Italie meloniste et revient sur les réformes migratoires et institutionnelles controversées.
« Poutine n’a pas gagné en quatre ans la guerre contre la petite Ukraine »
En avril 2026 – après le retrait du véto hongrois – le prêt de 90 milliards d’euros de l’Union européenne (UE) à l’Ukraine a finalement été débloqué. Le chef de la diplomatie italienne affirme le soutien italien à l’Ukraine : « On va aider dans toutes les façons l’Ukraine, parce que je pense qu’il faut gagner la guerre avec la Russie ». « Poutine n’a pas gagné la guerre en quatre ans contre la petite Ukraine », relève-t-il. Antonio Tajani souligne que « l’Italie n’est pas en guerre avec la Russie » et « qu’après la guerre, on parlera avec la Russie ». Il précise que dans le cadre de la paix, « il faudra que l’Europe décide de lever ses sanctions [contre la Russie] ». Et donc qu’elle soit protagoniste et à la table des négociations de paix.
Dans la coalition de Giorgia Meloni, la Ligue de Matteo Salvini a une voix divergente sur l’adhésion de l’Ukraine au club européen ou l’engagement de son pays dans une future coalition des volontaires au sol. Mais pour le Secrétaire du parti Forza Italia : « Il y a une position officielle du gouvernement, et elle est en faveur de l’adhésion à l’Union européenne. » Bien sûr, il faudra « résoudre les problèmes de corruption (…) Et puis, il faudra aller de l’avant, d’abord en intégrant les Balkans (Monténégro et Albanie) et après avec l’Ukraine ».
« Nous ne sommes pas impliqués dans la guerre en Iran »
En juin, le président américain Donald Trump avait affirmé que Giorgia Meloni l’avait « supplié » de poser avec lui pour une photo du G7. La dirigeante italienne avait démenti sèchement. Antonio Tajani assure que l’Italie est « alliée des États-Unis depuis longtemps (…) Il faut toujours réfléchir sur la politesse ». Sur la guerre en Iran, « nous ne sommes pas impliqués dans cette guerre », répond-il, alors que le Secrétaire général de l’Otan a parlé de 500 avions au départ des bases militaires américaines en Italie, propos qu’il qualifie de « grande faute, pas la vérité », réduisant ces vols à des étapes techniques, « jamais pour aller bombarder l’Iran. »
Alors que l’Italie s’est vu reprocher par Donald Trump sa contribution trop faible à l’Otan, le vice-président du gouvernement se défend : « On ne peut pas dire que l’Italie n’utilise pas son armée dans le monde pour défendre l’Occident ». Il insiste sur la nécessité de bonnes relations économiques : « Nous avons besoin des États-Unis, mais aussi, les États-Unis ont besoin de l’Italie et de l’Europe ».
Au sommet bilatéral France-Italie du 25 juin 2026, les deux pays ont notamment discuté de la mise en œuvre d’une coalition multinationale au Liban à la fin du mandat de la Finul (la Force intérimaire des Nations unies au Liban) : « l’Italie, comme la France, sont des amis du Liban, et prêts à faire tout ce qu’il faut ». L’armée de terre italienne est déjà dans l’édifice de la Finul en train de préparer l’armée libanaise. « Je pense que l’Italie, avec la France, peuvent être protagonistes d’une nouvelle saison après la Finul », estime Antonio Tajani.
Au niveau national, l’économie italienne a été impactée par la crise énergétique : croissance faible prévue à 0,7 %, inflation de 1,7 % et déficit au-dessus des 3 % du PIB autorisé par les traités européens. Cependant, Antonio Tajani assure que « l’économie n’est pas mal » et que l’Italie est « devenue la quatrième puissance mondiale en matière d’exportations ».
« Nous voulons la migration régulière »
Le gouvernement Meloni a incité l’Union européenne (UE) à adopter une « directive retour » pour renvoyer les migrants dans un pays tiers hors de l’UE, indépendamment de leur pays d’origine. L’Italie a signé des accords, par le passé, avec la Lybie, pays qui a été accusé de violations des droits de l’homme et de tortures sur migrants. Alors que son gouvernement a procédé à une régularisation massive de 500 000 personnes, le vice-président se défend de toute contradiction : « nous ne sommes pas contre les immigrés, nous voulons la migration régulière, c’est-à-dire choisie pour l’éducation et le travail ». Il décrit cette mesure comme « une bonne façon de se battre contre ceux qui utilisent les problèmes des Africains ou d’autres, ceux qui viennent d’autres pays pour gagner, mais en faisant des dommages en Italie et en Europe. »
Le gouvernement Meloni est-il affaibli ? En mars 2026, il a proposé par référendum une grande réforme de séparation des carrières entre juges et procureurs. Une réforme perçue comme une censure de la magistrature par 54 % des Italiens qui l’ont rejeté par referendum, bien que « 13 millions d’Italiens ont voté en faveur de la réforme », se console-t-il. Prochaine étape : la loi électorale, qu’Antonio Tajani – insiste-t-il – entend changer « avec des lois » et pas à travers des « réformes constitutionnelles ». Elle ferait passer les élections législatives italiennes à un système proportionnel, avec une prime dans les deux chambres pour la coalition qui obtiendrait plus de 40 % des voix. Une façon de faire gagner à coup sûr la coalition des droites en 2027 face à une opposition plus désunie ? Le vice-président du Conseil des ministres estime que « la stabilité est cruciale pour un pays industriel » et faisant l’éloge de son gouvernement Meloni tripartite : « les gouvernements les plus stables sont des gouvernements du centre droit à la droite (…) celle de gauche sont des simples alliances électorales. Nous, on est toujours unis, même si nous avons des idées différentes, même si ce sont des partis différents, » se félicite Antonio Tajani.
Emission préparée par Renaud Lefort, Perrine Desplats et Isabelle Romero
Source:
www.france24.com


