Produite par Antoine Perrot, l’émission Tire ta langue, consacrée à la langue française, propose dans son numéro du 10 juillet 2001 une analyse du style oratoire de François Mitterrand. Deux spécialistes de l’analyse du discours politique, Simone Bonnafous et Maurice Tournier, y commentent plusieurs archives sonores, de l’éloge funèbre prononcé en 1948 à des interventions à l’Assemblée nationale durant les années 1960. Un entretien avec le lexicologue Dominique Labbé prolonge enfin la réflexion en s’intéressant à l’évolution du vocabulaire de l’ancien président durant les cinquante ans de sa carrière politique, de 1945 à 1995.
François Mitterrand et l’art oratoire
Ce qui frappe d’abord à l’écoute de cette émission, c’est la démonstration que François Mitterrand est un maître des registres. L’éloge funèbre de son ami Pierre Bourdan, mort en août 1948, révèle un orateur capable de manier une langue ciselée, proche de la poésie. Maurice Tournier analyse le texte expression par expression et montre comment François Mitterrand transforme ce discours de circonstance en véritable exercice littéraire, porté par des tournures amples et emphatiques.
Mais François Mitterrand se se montre tout aussi redoutable dans la controverse politique. On l’entend ensuite lors d’une intervention consacrée à l’affaire Ben Barka, prononcée à la Mutualité en 1966 : « Un homme étranger à notre pays, qui se battait pour ses idées, que certains d’entre vous connaissaient… Cet homme a disparu en plein Paris… » Simone Bonnafous et Maurice Tournier soulignent la parenté de cette rhétorique avec celle du général de Gaulle.
L’ironie mitterrandienne
Ils mettent également en évidence la capacité du premier secrétaire du Parti socialiste à passer, en quelques phrases, de la grande envolée oratoire à la pique ironique la plus acérée. Les différents extraits illustrent plusieurs procédés récurrents : le retournement du vocabulaire gaullien contre le général lui-même, l’usage des formulations en « ou bien », qui enferment l’adversaire dans une alternative inconfortable, le recours à la « négation affirmative », par exemple : « Nous ne dirons pas que le président a été mal informé » ou encore l’art du dénigrement dissimulé sous les apparences du compliment.
Le vocabulaire de François Mitterrand
Auteur de deux ouvrages consacrés au vocabulaire mitterrandien, Dominique Labbé apporte, en conclusion de l’émission, un éclairage complémentaire. Il montre la progression constante du « je » dans les prises de parole de François Mitterrand à mesure que s’affirme la fonction présidentielle. Il relève également l’emploi du « nous » de majesté lorsqu’il est question de politique étrangère, mais aussi son usage comme forme d’atténuation pour évoquer les difficultés, notamment économiques, ainsi que le recours à un imaginaire monarchique pour mettre en scène ou discréditer l’adversaire. Autant de constantes qui traversent l’ensemble de la carrière oratoire de François Mitterrand, avocat, député, puis président de la République française de 1981 à 1995, et qui montrent son talent rhétorique.

Par Antoine PerraudRéalisation Françoise Camar-MercierTire ta langue – Ainsi Parlait Mitterrand (1ère diffusion : 10/07/2001)Avec Simone Bonnafous (spécialiste de l’analyse du discours politique, professeure d’université), Maurice Tournier (linguiste, spécialiste de l’analyse du discours politique) et Dominique Labbé (spécialiste du discours de François Mitterrand, professeur de science politique)Avec en archives, la voix de François MitterrandEdition web : Caroline Chaussé-Domergue – Documentation de Radio FranceArchive Ina/Radio France
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www.radiofrance.fr


