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Deux semaines après le double séisme dévastateur qui a frappé le Venezuela, le bilan humain reste dramatique : plus de 3500 morts et des dizaines de milliers de disparus. Plusieurs publications virales affirment le drame aurait été déclenché par des « faisceaux lasers » américains liés au programme scientifique HAARP. C’est totalement faux, et les images présentées comme des preuves sont de pures inventions numériques.
La théorie s’appuie sur une vidéo d’une minute, devenue virale sur Internet, qui reprend les codes graphiques d’une chaîne d’information en continu espagnole avec un bandeau « dernière minute ». Les images montrent d’étranges faisceaux lasers balayant un paysage nocturne. Selon les internautes qui relaient massivement cet extrait, les Américains utiliseraient ces rayons pour localiser une faille sismique avec précision et y concentrer une énergie destructrice afin de déclencher le séisme.
D’autres publications affirment même que ces lasers rouges auraient été aperçus récemment au-dessus de New York, annonçant une violente tempête de sable avec un son assourdissant. Le coupable désigné par la complosphère porte un nom bien connu des cellules de fact-checking : le système HAARP.
De vieilles vidéos générées par IA
Il suffit d’une simple vérification chronologique pour faire s’effondrer l’ensemble de cette théorie. Les véritables images du tremblement de terre au Venezuela montrent des scènes de panique en plein jour. Les secousses se sont en effet produites le 24 juin entre 18h04 et 18h05, heure locale. Or, la vidéo prétendument accusatrice montrant les faisceaux lasers se déroule au beau milieu de la nuit.
De plus, une recherche d’image inversée nous permet de retrouver la première publication de la vidéo, le 18 mars dernier sur le réseau social TikTok, soit près de trois mois avant la catastrophe vénézuélienne. En explorant ce même compte, on retrouve également la vidéo censée montrer New York, qui a été en réalité publiée dès le mois de février dernier.
L’auteur de la chaîne, habitué des vidéos de « phénomènes dans le ciel », précise d’ailleurs sur son propre blog qu’aucune de ses œuvres n’a valeur de fait ou de théorie scientifique. Nos confrères de l’AFP ont poussé l’analyse de ces séquences et ont conclu à une utilisation massive de l’intelligence artificielle générative.
HAARP, la cible favorite de la désinformation
Le projet américain HAARP a bon dos : il est régulièrement accusé de tous les maux, de la modification délibérée du climat à la création artificielle d’ouragans ou d’inondations. Lancé en 1990 à l’initiative du Congrès américain, il s’agit en réalité d’un programme de recherche scientifique observant l’ionosphère. Cette couche supérieure de l’atmosphère terrestre est située bien au-dessus de la troposphère et de la stratosphère, qui sont les zones régissant notre météorologie quotidienne.
Les scientifiques de HAARP y envoient des ondes électromagnétiques via des antennes radio pour étudier par exemple le comportement des électrons. Comme le rappelle un professeur de l’université de Cornell interrogé sur le sujet, les effets de HAARP sont infimes, purement atmosphériques et ne ressemblent en rien à « un spectacle de lumières disco ». Surtout, ces ondes électromagnétiques sont physiquement incapables de provoquer des tremblements de terre, d’autant que ces installations de recherche sont basées en Alaska, à des milliers de kilomètres de l’épicentre sud-américain.
Ce que dit vraiment la science sur le séisme
La véritable cause de cette tragédie reste uniquement la tectonique des plaques. Le Venezuela est situé sur une zone de friction intense où la plaque sud-américaine et la plaque Caraïbe glissent l’une contre l’autre. En s’accrochant, ces gigantesques blocs rocheux accumulent une immense tension au fil des décennies. C’est la rupture soudaine de cette résistance, à plusieurs kilomètres sous la surface de la Terre, qui a libéré une énergie colossale et provoqué le drame.
Quant aux lueurs parfois aperçues dans le ciel lors de puissants séismes, souvent appelées « lumières sismiques », elles existent mais demeurent rarissimes. Elles s’expliquent généralement de manière très pragmatique par des explosions de transformateurs électriques et des ruptures de lignes à haute tension sous la violence du choc. Une explication bien éloignée du fantasme des armes secrètes géophysiques.
Source:
www.france24.com


