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Bouilloires thermiques : des logements neufs concernés malgré un bon DPE

Bien classés sur le diagnostic de performance énergétique (DPE), certains logements deviennent invivables lors des épisodes de canicule. En cause, de nouvelles normes pas toujours respectées par les acteurs du milieu de la construction.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

Au cœur de l’hiver, avoir un logement neuf avec une bonne performance énergétique, c’est l’assurance d’être bien au chaud derrière son double vitrage. Mais lors d’une canicule, certaines de ces maisons deviennent des bouilloires, car elles n’ont pas été pensées pour les vagues de chaleur.

Aux abords de Paris, à Clichy, une femme vit cloîtrée dans le noir afin de garder un peu de fraîcheur. Son appartement, acheté sur plan, est sorti de terre en 2021. Au DPE, le diagnostic de performance énergétique, il est classé B, un bon score. Mais l’été, des aménagements ramènent le chaud à l’intérieur. « Les volets roulants protègent et isolent, et en même temps leurs coloris gardent la chaleur. Le zinc, augmente aussi beaucoup la température de l’autre côté », confie la résidente. Et derrière ce zinc : une isolation en polyuréthane peu efficace contre la chaleur.

« En réalité, ça ne prend pas du tout en compte l’isolation par rapport à la chaleur, mais uniquement par rapport au froid. C’est hyperproblématique et c’est assez incompréhensible pour moi », ajoute-t-elle.

Le promoteur nous assure avoir respecté les normes en vigueur lors de la construction. Alors, ces normes sont-elles mal faites ? C’est ce que pense un syndicat professionnel. Selon son étude, des millions de bâtiments tout neufs ou rénovés ne résisteraient pas aux canicules.

« 35% des logements qui sont classés A ou B dans le DPE sont insuffisants au regard du confort d’été », assure Anne-Sophie Perrisin-Fabert, déléguée générale de l’Industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (IGNES). « C’est surprenant qu’on construise encore aujourd’hui des bâtiments dont on espère une durée de vie de 100 ans, avec un climat qui sera différent demain, et qu’on ait encore des logements qui ne soient effectivement pas bons au regard de cet indicateur », regrette-t-elle.

L’État a pourtant durci le ton en 2020. Au ministère de la Transition écologique, Emmanuelle Wargon et Barbara Pompili, alors ministres, imposent aux constructeurs de faire des bâtiments neufs moins polluants, plus économes en énergie et résistants aux vagues de chaleur.

Une belle intention. Mais dans le secteur, c’est la panique. Par communiqué, les promoteurs pointent un pari risqué en temps de crise. La Fédération française du bâtiment parle de surcoûts sous-évalués, de dizaines de milliers d’emplois mis en danger. Ce lobbying serait toujours actif, selon un haut cadre de l’État en charge du dossier : « Une partie de la filière veut dégrader ces normes. Et c’est stupide. Ces gens ont toujours travaillé de la même manière depuis 50 ans avec leur béton. Ils n’ont pas les compétences, pas la formation, et donc ils sont très rétifs ».

Réfractaires jusqu’à esquiver la loi. Fin 2021, des dizaines de milliers de permis de construire sont déposées. Un pic historique. Mais le nombre de chantiers démarrés stagne. En fait, des constructeurs ont déposé leurs dossiers en avance pour échapper aux nouvelles normes. Un gérant d’un bureau d’études l’a confirmé à France Télévisions : « On se dit : ‘Vite, vite, vite, j’ai envie de déposer mon permis avec l’augmentation que je maîtrise, plutôt que de devoir anticiper la future qui arrive ». Et selon lui, les promoteurs immobiliers l’auraient beaucoup fait : « Je ne peux pas trop taper sur les promoteurs, mais en grande majorité, ce sont eux qui sont inquiets dès qu’il y a une nouveauté qui arrive, parce que ça bouleverse leur modèle économique ».

La fédération du bâtiment n’a pas souhaité d’interview. Celle des promoteurs reconnaît par mail que certains ont bien échappé aux nouvelles normes en déposant leurs permis en avance. Une gestion normale et légale, dit-elle, pratiquée par l’ensemble des maîtres d’ouvrage.


Source:

www.franceinfo.fr

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