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REPORTAGE. "Comme si on avait donné un coup de chalumeau" : en Loire-Atlantique, les cultures des viticulteurs et des maraîchers déjà grillées par la canicule

Les canicules se suivent et risquent d’aggraver la situation des agriculteurs. Les vignes, les salades ou encore les poireaux ont été endommagés par les récentes vagues de chaleur. Certains exploitants tentent de trouver des solutions pour s’adapter à cette nouvelle donne climatique.


Publié le 06/07/2026 09:10



Mis à jour le 06/07/2026 11:35

Temps de lecture : 4min

Des semis de salade qui n’ont pas levé à cause de la chaleur, dans un champ à La Planche (Loire-Atlantique), en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Le retour des fortes chaleurs, Météo-France prévoit une hausse des températures la semaine du 6 au 12 juillet, est une mauvaise nouvelle pour tout le monde, mais en particulier pour les agriculteurs. Elle risque d’aggraver un peu plus la situation. Les conséquences de la vague de chaleur d’il y a dix jours ont en effet déjà laissé des traces importantes.

En Loire-Atlantique, près de Nantes, les 42 degrés à l’ombre fin juin ont littéralement brûlé les cultures, à commencer par la vigne. Le raisin n’a pas supporté le soleil de plomb à Maisdon-sur-Sèvre, au cœur du vignoble nantais, connu pour son célèbre vin blanc sec, le muscadet. Hugues Brochard nous emmène dans ses vignes, les feuilles sont pourtant bien vertes. Mais quand on les écarte, on voit les dégâts sur les grappes. « Ça, ça ne donnera plus rien, déplore-t-il. C’est comme si on avait donné un coup de chalumeau sur le raisin. Il devient tout rouge et tout séché, et c’est fini. »

Des raisins grillés par le soleil dans les vignes du domaine du Château d'Amour, à Maisdon-sur-Sèvre (Loire-Atlantique), dans le vignoble nantais, en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Des raisins grillés par le soleil dans les vignes du domaine du Château d’Amour, à Maisdon-sur-Sèvre (Loire-Atlantique), dans le vignoble nantais, en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Il n’a pas plu ici depuis le 20 mai, mais à ce stade de maturité le manque d’eau n’est pas un problème selon le vigneron installé ici depuis toujours. Il a repris l’exploitation de son père il y a 35 ans. « Pour moi, pour l’instant, ce n’est pas la sécheresse. Ça va le devenir, mais pour l’instant c’est plutôt le coup de soleil, relève-t-il. Quand on est sur une plage, même si on a trois litres d’eau, si on est en plein soleil, on attrape des coups de soleil. »

« Je n’ai jamais vu ça. Tout ne sera pas perdu, j’espère, mais il y a de la perte. Dans l’ensemble, j’ai un vignoble qui peut perdre 20% de la quantité espérée au départ. »

Hugues Brochard, viticulteur en Loire-Atlantique

à franceinfo

La chaleur a aussi accéléré le calendrier, les vendanges auront beaucoup d’avance. « Autour du 15 août, pronostique Hugues Brochard. S’il ne pleut pas, ça va être plus compliqué. Je n’ai jamais vu une récolte arriver aussi vite. Quand j’ai commencé à travailler, on parlait des vendanges dans le muscadet autour du 20-25 septembre, aujourd’hui on parle du 15-20 août, un mois plus tôt. » En attendant, il laisse sa vigne tranquille, il ne taille pas les feuilles pour qu’elles fassent le maximum d’ombre sur le raisin restant.

Hugues Brochard, viticulteur, dans ses vignes à Maisdon-sur-Sèvre (Loire-Atlantique), en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Hugues Brochard, viticulteur, dans ses vignes à Maisdon-sur-Sèvre (Loire-Atlantique), en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Une autre culture souffre : le maraîchage. Le pays nantais est une région historique de production. Les poireaux primeurs, par exemple, ont particulièrement été touchés par la chaleur, à La Planche, sur l’exploitation de 70 hectares de Régis Chevallier. « Un poireau qui a pris chaud, c’est exactement ça, décrit-il. La première feuille a grillé à 80%, il faut l’enlever. La deuxième feuille est sèche à 30%. Je l’épluche. »

Certaines productions ne voient pas du tout le jour, comme ces jeunes pousses de salade. En temps normal, elles devraient recouvrir la totalité de la parcelle. « Je n’ai pas une seule graine de levée, se désole-t-il. On l’a semé le lundi de la semaine de la canicule en se disant qu’on allait bien y arriver avec nos arrosages. On a eu quatre jours à 45°C et tout est cramé. »

Ce qui pose un problème pour la suite de l’activité. Régis Chevallier emploie 14 saisonniers et huit personnes en CDI. « On est déjà en train de leur dire qu’ils ne vont pas faire des grosses journées, poursuit-il. On évoque du chômage technique chez nous. On n’a jamais fait ça, mais on regarde. Chez moi, j’ai trois semaines sans récoltes. » Une situation que redoute Ludovic, salarié ici depuis près de 30 ans. Avec la chaleur, il doit travailler entre 6 heures et midi. « Depuis le temps que je suis dans l’entreprise, je n’ai jamais vécu ça », raconte-t-il.

« On a été obligés d’aménager nos horaires parce qu’il faisait trop chaud l’après-midi. On va avoir un manque de travail important, je pense, en juillet. »

Ludovic, salarié dans le maraîchage, en Loire-Atlantique

à franceinfo

Normalement, le début d’été est une grosse saison de production. Pour arroser quand il ne pleut pas, Régis Chevallier peut compter sur des retenues d’eau alimentées pendant l’hiver par les toitures de ses serres. Mais les deux dernières canicules les ont asséchées. « J’ai déjà vu mon étang dans cette situation, mais c’était plutôt fin août, début septembre, quand la saison était passée. Et là, on commence à voir le fond de l’étang début juillet, c’est très inquiétant. L niveau est très bas. Tant qu’il ne pleut pas, je ne ressème pas. » il faut s’adapter, conclut-il, fataliste.

Pour Régis Chevallier, la réponse est toute trouvée, ce sont les serres. Sous l’une des siennes pousse la célèbre mâche nantaise, la salade aux petites feuilles. « Avec ces serres, nous pouvons mettre de grands filets d’ombrage. C’est un atout lors des canicules, car la mâche est moins en contact avec l’effet brûlant du soleil. Si je n’avais pas d’abri, la mâche serait détruite de chez détruite. C’est moins pire qu’en plein champ. On se dit qu’il nous faudra plus de ces outils-là demain. »

Le maraîcher Régis Chevallier dans une de ses serres à La Planche (Loire-Atlantique), en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Le maraîcher Régis Chevallier dans une de ses serres à La Planche (Loire-Atlantique), en juillet 2026. (EDOUARD MARGUIER / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Un dispositif indispensable, selon lui, pour tenir toute l’année. La météo est de plus en plus violente, constate l’agriculteur. « Actuellement, on parle de la canicule, mais j’ai pris 10 cm de neige au mois de janvier, rappelle-t-il. Mon champ était recouvert de neige. Avec les serres, il n’y a pas de problèmes. J’ai pris un orage de grêle début mai, mes épinards en extérieur ont été ravagés, sous les serres je n’ai rien eu. » Le maraîcher revoit également ses productions, cela fait trois ans qu’il plante des pastèques, moins gourmandes en eau pendant l’été.


Source:

www.franceinfo.fr

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