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Maison des histoires : jouer dans les albums jeunesse

Le concept n’a pas surgi ex nihilo : la première Maison des histoires avait ouvert en juin 2023, au sein de la librairie Chantelivre, rue de Sèvres. Deux ans plus tard, l’école des loisirs voit plus grand à Bastille : 740 m², deux étages — un escalier à prévoir —, un café, une librairie et un petit théâtre. Surtout, douze installations inspirées d’albums et de personnages maison, conçues pour transformer les livres en terrains de jeu.

Profitant d’un créneau ce week-end, c’est donc dans ce second établissement que nous nous sommes rendus. Équipé d’une enfant approchant les seize mois et de sa mère, le journaliste a troqué un instant sa casquette pour celle de papa : Simon Superlapin, Chien Pourri, Pop, les Trois Brigands ou encore Chien Bleu s’y découvrent à hauteur d’enfant, parmi les coussins, les balles, les cabanes et les décors à escalader.

Une gigantesque chambre d’enfant

La visite est recommandée pour les 1-7 ans et se déroule sur deux heures, lecture-spectacle comprise. Celle-ci, proposée aux 2-7 ans, occupe environ vingt-cinq minutes : à seize mois, notre équipière en aurait sans doute retiré moins de bénéfices que le parent installé devant son banana bread. La Maison organise toutefois, le vendredi matin, des lectures spécifiquement pensées pour les bébés de 9 à 36 mois.

Au tarif constaté lors de notre réservation, 13,50 € par personne, l’expédition familiale atteint donc 40,50 € pour trois. Une somme qui fait lever un sourcil, surtout lorsque l’enfant concerné considère encore les œuvres de Stéphanie Blake comme autant d’occasions de jeter les objets alentour. Mais le tarif s’oublie assez vite, à mesure que se déploie l’endroit.

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L’entrée se fait par la librairie, où les grands titres de L’école des loisirs voisinent avec quelques produits dérivés. Puis un portique franchi, voici Chien Bleu, version XXL, prêt à être chevauché. L’avant-goût d’une immense chambre d’enfant : un camion de pompiers, des murs sonores, des balles à propulser, des coussins à retourner, des recoins où se perdre. « Pour les plus petits, ce sera plutôt à l’étage », nous indique-t-on aimablement.

Et sur ce point, vraiment, les « Rats conteuses et Rats conteurs », ainsi que l’annoncent leurs t-shirts, se montrent d’une disponibilité et d’une chaleur impeccables. Les enfants restent sous la responsabilité de leurs parents — formidable innovation du secteur —, lesquels peuvent donc courir derrière, répéter « non », proposer un jouet aussitôt expédié à l’autre bout de la pièce, avant de recommencer.

Le chaos, mais pas chez soi

C’est comme à la maison, mais avec les mondes de Tomi Ungerer, Stéphanie Blake, Soledad Bravi, Jeanne Ashbé et bien d’autres. C’est comme à la maison, surtout, sans avoir à ramasser ce que bébé laissera derrière lui. Pour une fois, le chaos ne vous concerne pas : après le passage des hordes d’Attila, l’équipe remet tout en ordre, avec une patience que l’on souhaiterait parfois voir homologuée par le ministère de la Santé.

Les installations sont remarquablement pensées. On peut jouer au pompier avec Au feu petit Pierre, glisser sur le dos de Pop, escalader le château des Trois Brigands, écouter les bruits du livre de Soledad Bravi ou se réfugier dans un espace plus calme. Tables à langer, toilettes adaptées, lingettes, feuilles et feutres : rien ne semble avoir été laissé au hasard.

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La climatisation, en période de fortes chaleurs, achève de rendre l’adresse désirable. On regrettera seulement l’absence apparente de formule de fidélité : à ce tarif, les familles ayant trouvé leur refuge auraient sans doute volontiers signé pour plusieurs visites. La Maison des histoires gagnerait à ménager cette possibilité.

Reste l’essentiel. Au-delà du confort et de la jolie mécanique commerciale, la demeure consacrée aux albums de L’école des loisirs mérite d’être connue. Les livres n’y sont pas réduits à un décor : ils deviennent des espaces à habiter, des histoires à poursuivre, des images à toucher. Le journaliste littéraire se régale de ces scènes où les univers d’auteurs et d’autrices prennent corps ; le père, lui, mesure surtout la qualité d’un lieu où l’enfant est réellement placé au centre.

L’école des loisirs, devenue éditrice jeunesse en 1965 au sein d’un groupe fondé en 1923, prolonge ici une conviction ancienne : la lecture ne commence pas avec l’apprentissage scolaire. Elle peut surgir d’un château à gravir, d’un chien bleu à enfourcher, d’un bruit de sirène ou d’une bataille de coussins.

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Les parents, eux, n’ont plus qu’à s’asseoir, se relever, courir derrière et recommencer. Un moment familial à savourer. Autant que la sieste qui, avec un peu de chance, suivra.

Et peut-être est-ce là que réside, aussi, le succès de ces lieux : dans le manque criant d’espaces réellement pensés pour les tout-petits à Paris. Une ville magnifique, certes, mais rarement dessinée à leur mesure, entre trottoirs encombrés, cafés peu hospitaliers et appartements trop étroits pour y laisser libre cours à l’imaginaire.

La Maison des histoires ouvre une parenthèse hors du temps, où l’enfant ne se contente pas d’être occupé : il se fabrique des récits, invente ses propres mondes et prolonge, à sa façon, ceux que les livres lui ont confiés.

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

 

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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