AccueilActualitésTEMOIGNAGE. "Comment je...

TEMOIGNAGE. "Comment je fais ? Je me mets dans le congélo ?" : à l'approche d'une nouvelle canicule, Mireille redoute que son HLM ne se transforme encore en "grille-pain"

Selon la Fondation pour le logement, les locataires précaires sont les plus vulnérables aux vagues de chaleur. C’est le cas de Mireille Walter, qui vit dans une bouilloire thermique de la banlieue parisienne.


Publié le 05/07/2026 06:57

Temps de lecture : 4min

Mireille Walter dans sa maison à Clamart (Hauts-de-Seine), le 3 juillet 2026. (ROBIN PRUDENT / FRANCEINFO)

Depuis plusieurs semaines, les volets en bois du salon de Mireille Walter sont constamment fermés. « On vit dans une grotte », souffle la retraitée de 68 ans, dans la pénombre. « Ou plutôt, on vivote, tellement on est épuisés. » Depuis le mois de mai, et le premier épisode de chaleur de l’année, cette habitante d’une petite maison mitoyenne en briques des années 1950 passe son temps et son énergie à combattre le soleil. Durant la canicule du mois de juin, « il faisait aussi chaud dehors que dedans, jusqu’à 39°C », explique-t-elle, en déambulant doucement : « On l’a très mal vécu, c’était terrifiant. »

A l’étage de ce logement social, sa chambre est devenue inutilisable. « Rien n’est isolé et le toit en zinc a transformé la pièce en grille-pain », assure cette locataire de Clamart (Hauts-de-Seine), dans la banlieue sud de Paris. Avec son compagnon, ils ont dû se réfugier au rez-de-chaussée.

« Je dors sur le canapé et lui sur un matelas gonflable, on fait du camping chez nous. »

Mireille Walter

à franceinfo

Après ces semaines éprouvantes, Mireille Walter redoute plus que tout une nouvelle augmentation des températures. Mais c’est hélas ce que prévoit Météo-France, qui alerte, dans son dernier bulletin publié vendredi 3 juillet, sur un « nouvel épisode de fortes chaleurs à partir de cette fin de semaine ». Si ce sont les régions du Sud-Ouest qui devraient être le plus touchées, avec un thermomètre supérieur à 35°C, tout l’Hexagone devrait connaître « des températures significativement au-dessus des normales » en raison de « la poursuite de conditions anticycloniques ».

Des prévisions qui inquiètent au plus haut point Mireille Walter, « encore fatiguée de la canicule précédente », et qui a vu sa santé se dégrader encore un peu plus en raison de la chaleur. Elle n’est pas la seule dans cette situation. Dans une enquête publiée fin juin, la Fondation pour le logement pointe « la surexposition des quartiers populaires aux vagues de chaleur ». Les auteurs rappellent ainsi que « tout le monde n’est pas logé à la même enseigne » face aux aléas climatiques. Ainsi, les foyers parmi les 20% les plus pauvres sont deux fois plus nombreux à ne pas parvenir à maintenir leur logement frais l’été que parmi les 20% les plus riches, selon ce rapport.

« Les locataires, les habitants de petits logements, les personnes âgées, les étudiants et les habitants des quartiers populaires sont les personnes les plus impactées par la précarité énergétique », détaille Maider Olivier, chargée d’études logement et climat à la Fondation pour le logement. Contrairement aux classes plus aisées, les classes populaires n’ont par ailleurs aucune échappatoire pendant les périodes de fortes chaleurs.

« Les plus précaires n’ont pas de résidence secondaire pour se mettre au frais. Ils sont assignés à résidence. »

Maider Olivier, chargée d’études logement et climat à la Fondation pour le logement

à franceinfo

C’est le cas de Mireille Walter, dont les craintes se mêlent désormais à de la colère. Malgré ses nombreux e-mails, elle n’a jamais reçu de réponse de son bailleur social afin d’engager des travaux de rénovation thermique qu’elle juge indispensables dans cette maison qu’elle loue depuis quarante ans. « L’été c’est un four, l’hiver c’est un congélateur », résume-t-elle, en montrant les traces noires d’humidité qui transpercent le mur de sa chambre l’hiver et qui sont toujours visibles en plein été.

Le dernier geste de son bailleur ? Une feuille A4 glissée dans sa boîte aux lettres pour « adopter les bons réflexes » face à la canicule. Une initiative qui a fait bondir la locataire. « Ils écrivent : ‘Restez au frais’ ! Comment je fais ? Je me mets dans le congélo ? » s’emporte la sexagénaire, qui dénonce un « foutage de gueule ».

Sur son site, le bailleur social de la ville a également annoncé, fin juin, la mise en place de « visites de courtoisie » des gardiens afin « d’agir rapidement en cas de besoin et de rompre l’isolement des personnes les plus exposées aux risques liés à la chaleur ». Pas de quoi convaincre Mireille Walter, qui réclame des travaux d’envergure avec l’aide de l’Etat, qu’elle accuse de « n’avoir rien anticipé ».

Ces critiques rejoignent celles de la Fondation pour le logement, qui dénonce « une inaction totale du gouvernement face aux logements bouilloires ». « L’Etat devrait lancer un grand plan pour équiper les logements avec des mesures sobres d’adaptation », plaide Maider Olivier. Le rapport recommande également d' »octroyer des moyens spécifiques aux bailleurs sociaux pour adapter le parc à la chaleur » et de « lancer un plan de rattrapage pour couvrir intégralement de protections solaires et de brasseurs d’air les logements sociaux ».

Interrogés par la Fondation pour le logement, les bailleurs sociaux mentionnent tous le facteur financier comme frein à l’adaptation aux canicules. « L’intégration du confort thermique est fortement conditionnée par les ressources financières disponibles. Ce sont souvent des postes de travaux qui servent de variables d’ajustement pour assurer l’équilibre économique des opérations », explique l’un d’entre eux. En attendant, Mireille Walter continue de se terrer chez elle en espérant que les épisodes de chaleur ne se multiplient pas durant tout l’été. « Et si vraiment la canicule perdure, on va devoir acheter une clim, sinon on va crever », souffle-t-elle.


Source:

www.franceinfo.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img