Cette sélection n’aligne pas les titres que l’on trouverait sur une étagère policée ni d’une bibliothèque idéale : au fil des lectures, des enthousiasmes partagés en librairie, des prix ont émergé des voix attendues ou non. Le premier semestre fut difficile pour le marché du livre, de l’aveu commun : autant célébrer quelques belles occasions de se réjouir.
La sélection laisse volontairement de côté les hiérarchies de ventes. Polar, romance, saga familiale, roman choral et conte fantastique : les vacances font tomber les cloisons entre les rayons. Sept manières de retarder la routine. Un choix de sept romans du premier semestre à emporter pour leurs mondes, leurs voix et leurs promesses de lecture.
Le Livre de Sève, Charlotte Monsarrat — Le Tripode
Dans le Roncier, les femmes naissent et enfantent, mais ont oublié les rêves comme le sens même des mots. Sève et Duramen, deux sœurs que leur curiosité distingue, tentent un jour de franchir les écorces et les épines de ce monde clos. Duramen est retenue ; Sève, seule, découvre les plaines et les forêts, portée par la promesse de revenir la délivrer.
Charlotte Monsarrat fait de cette échappée une fable d’apprentissage, où retrouver le langage revient aussi à retrouver une place parmi les vivants. L’itinéraire de Sève tient à la fois du conte et de la réflexion sur ce que l’humanité abandonne lorsqu’elle se coupe du monde qu’elle habite.
Un jour sans femme, Laetitia Colombani — L’Iconoclaste
À Reykjavik, Katla transforme un deuil en combat ; à Tokyo, Michiko affronte l’humiliation professionnelle ; au Salvador, Ana María se heurte à l’injustice sociale ; au Sénégal, Hawa soigne les autres tout en cherchant à se réparer. Ces quatre femmes ne se connaissent pas, mais leurs histoires convergent vers un même refus.
Laetitia Colombani s’inspire de la grève des Islandaises du 24 octobre 1975, lorsque neuf femmes sur dix cessèrent de travailler, au bureau comme à la maison. Le dispositif choral donne au roman l’allure d’une mobilisation en train de naître : quatre existences qui découvrent ce qu’un geste collectif peut déplacer.
Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille — Flammarion
De la France rurale des années 1920 à l’époque contemporaine, Marie Vareille suit quatre générations de femmes : Célestine, Solange, Jeanne et Manon. Célestine grandit dans une ferme et rêve d’études, quand l’ordre familial la voue déjà au soin et à l’obéissance. Solange, elle, est placée dans une institution destinée aux adolescentes jugées « déviantes ».
Une promesse contrariée et une faute ancienne nouent leurs destins. Lauréat du Prix Maison de la Presse 2026, le roman ne mise pas seulement sur le secret de famille : il fait circuler lettres, voix et temporalités pour saisir ce que les femmes se transmettent, malgré elles ou grâce à elles.
Inheritance, tome 1 : La Révolte de la reine, Morgane Moncomble — Hugo Roman
Versailles, 1788. Acacia devient, contre son gré, reine de France. Son époux Alexandre d’Arc du Lys, devenu roi après la mort de son frère, règne sous la menace de la maladie et de l’hostilité de ses sujets. Entre eux, un mariage imposé, des joutes incessantes et une attraction qu’aucun ne souhaite reconnaître.
Tandis que la famine s’étend et que la Révolution approche, Acacia doit choisir ce qu’elle fera du rôle assigné. Premier volet d’une trilogie de romance historique, le roman a reçu le Prix Babelio 2026 dans la catégorie roman d’amour : un repère utile pour qui cherche une fiction de cour au rythme assumé.
Fauves, Mélissa Da Costa — Albin Michel
Tony a dix-sept ans lorsqu’il quitte un père violent pour rejoindre un cirque itinérant. Auprès des fauves, il croit avoir trouvé un abri ; l’arène, pourtant, le fascine bientôt au point de devenir une autre épreuve. Le roman avance sur cette ligne de crête : sortir d’une cage sans en rencontrer une nouvelle, affronter les bêtes sans réduire la violence à un spectacle.
Mélissa Da Costa choisit le monde du cirque pour faire de l’émancipation un geste physique, dangereux, parfois vertigineux. Avec ses 484 pages, c’est le volume de la sélection à ouvrir lorsque les vacances permettent encore de s’installer durablement dans une histoire.
Les filles de la librairie, Giulia Foïs — Flammarion
À Nice, Maud et Malika font de leur rencontre au lycée le point de départ des Affranchies, une librairie générale bientôt agrandie d’un café. Trois ans plus tard, le lieu accueille une petite communauté : une journaliste, une jeune mère et son bébé, un étudiant baby-sitter, des voisins et des enfants.
Mais les attaques visant ce refuge de lectures et de libertés gagnent du terrain. Pour son premier roman, Giulia Foïs fait de la librairie un espace social à part entière, où les solidarités quotidiennes prennent corps sans dissoudre les conflits. L’intrigue ne s’interdit ni le noir ni le romanesque : il faudra même aider l’une des habituées à faire disparaître un cadavre sur les rives du Paillon.
J’irai jusqu’au bout de vos nuits, Caroline Gutmann — Éditions de l’Observatoire
Paris, l’été. Après une opération au cerveau, Caroline Mendel cherche à s’arracher aux rendez-vous hospitaliers qui rythment ses journées. Au parc Montsouris, une vieille dame l’entraîne sur la trace du palais du Bardo, copie du palais du bey de Tunis, détruite par un incendie le 5 mars 1991 dont l’origine demeure inconnue.
La quête remonte alors vers les laboratoires de l’Empire allemand, la chimiste Clara Immerwahr et une histoire d’amour encombrée de secrets. Caroline Gutmann mêle fiction et réel dans une enquête urbaine où la mémoire de Paris se lit par strates, au fil d’archives, de témoignages et de silences.
Un extrait de chaque ouvrage est proposé en fin d’article.
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0
Par Lucy L.Contact : contact@actualitte.com
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