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La civilisation du walkman avec Philippe Minyana

Dans ce quatrième et dernier épisode de la série de France Culture « Vous descendez à la prochaine ou la civilisation du walkman », la productrice Dominique Poncet donne la parole au dramaturge Philippe Minyana. Auteur, acteur et ancien professeur de lettres, il voit dans cet objet le symptôme d’une transformation culturelle qui dépasse largement la seule pratique de l’écoute.

Le walkman, signe des temps

Philippe Minyana confesse une fascination mêlée d’effroi. Dans le métro, il a vu une jeune femme prise dans la cohue du soir, les yeux fermés, soustraite au brouhaha par son walkman : concentrée, presque portée. L’image le trouble autant qu’elle l’inquiète. Lui appartient encore, dit-il avec une autodérision affectueuse, à une génération « littéromane », façonnée par les codes de la culture écrite. Il trouve effrayante « la culture du son et de l’isolement ».

La culture littéraire, il a pu mesurer à quel point elle n’est plus entendue : pendant dix ans, enseignant le français à des adolescents de 15 à 20 ans, il a éprouvé la résistance d’élèves dont l’univers sensoriel, construit par l’image, le son, la couleur, la télévision, les médias audiovisuels, n’était plus accordé au discours linéaire du manuel. Ce n’est pas le walkman seul qui est en cause, mais un glissement plus profond.

Une solitude cultivée

Ce que Philippe Minyana observe chez le porteur de walkman, c’est moins un repli qu’une reconstruction active du monde. À rebours du silence, chargé de mystères et de surprises, l’utilisateur se fabrique un univers sonore ordonné, personnel, portatif. Le walkman devient une « solitude cultivée », une appropriation de l’espace, comparable aux figures des patineurs de Chaillot qu’il évoque en passant. Mais cette reconstruction du monde a un prix : elle prive l’auditeur de toute la matière sensorielle que le monde lui offre, et que l’oreille, sens cardinal de l’équilibre et de la vision, ne peut plus traiter normalement lorsqu’elle est saturée de décibels.

Le monologue comme forme du temps, dans la « civilisation du walkman »

Dramaturge, Philippe Minyana reconnaît pourtant que cette indifférence réciproque traverse aussi son propre théâtre. Ses personnages se parlent sans vraiment s’entendre et soliloquent bien plus qu’ils ne dialoguent. C’est, selon lui, le miroir fidèle d’une époque : le monologue s’est imposé sur les scènes contemporaines parce qu’il reflète une intériorité de plus en plus repliée sur elle-même. L’auteur dramatique, tel qu’il le conçoit, est le reflet attentif de son siècle. Et ce siècle-là, pour l’heure, ne lui inspire guère d’optimisme.

Par Dominique Poncet-MartinLe quart d’heure de France Culture – Vous descendez à la prochaine ou la civilisation du walkman 4/4 : Philippe Minyana (1ère diffusion : 29/12/1983)Avec Philippe Minyana (écrivain de théâtre)Réalisation El Mondher BabaïEdition web : Documentation de Radio FranceArchive Ina/Radio France


Source:

www.radiofrance.fr

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