Dans trois semaines, sur les Champs-Elysées, il sera peut-être l’égal de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain avec cinq Tours de France au palmarès. Tadej Pogacar a l’occasion d’imprimer un peu plus sa trace dans l’histoire de la Grande Boucle à l’occasion de cette 113e édition, qui s’élance de Barcelone ce samedi 4 juillet. Avec 13 victoires en seize jours de course cette saison, le Slovène de 27 ans s’avance une nouvelle fois comme le grand favori à sa propre succession, lui qui s’est imposé en 2020, 2021, 2024 et 2025, seulement battu par Jonas Vingegaard en 2022 et 2023.
Irrésistible sur les classiques au printemps, avec pour seul écueil Paris-Roubaix, qui se refuse toujours à lui après un sprint perdu sur le Vélodrome, il s’est ensuite mué en coureur de courses par étapes. La récolte ne s’est pas amenuisée : il a remporté les deux courses qui lui manquaient, le Tour de Romandie et le Tour de Suisse, glanant au passage sept des 11 étapes cumulées. « S’il parvient à rester sur son vélo, on a l’impression qu’il a déjà ce Tour en poche », résume le désormais retraité Chris Froome, qui compte également quatre sacres sur le Tour de France.
« Pogacar pourrait gagner dix étapes cette année s’il le voulait. Il reste très peu de choses pour les sprinteurs, encore moins pour les coureurs de classiques. »
Mike Teunissen, coureur XDS-Astanaà Wielerrevue le 21 juin
C’est donc peu de dire que le leader de la formation UAE-Emirates XRG arrive bardé de confiance. « Dans la hiérarchie, tu as Pogacar loin devant. Il n’a aucune faiblesse à ce jour. Il a l’équipe la plus monstrueuse au départ et lui est vraiment à un niveau énorme », pose d’emblée notre consultant Lilian Calmejane. En face, la concurrence présentera ce qui se fait de mieux sur la planète pour l’empêcher de ravir Paris en jaune. Mais qui peut vraiment contrarier ses plans ?
Vingegaard, vrai rival ou le meilleur des autres ?
Si Tadej Pogacar n’évoluait pas seul dans sa galaxie, Jonas Vingegaard serait l’immense favori à la victoire. Le Danois est presque relégué au second plan, alors qu’il présente une saison 2026 exceptionnelle. Il a remporté les trois courses où il s’est aligné (Paris-Nice, Tour de Catalogne et Tour d’Italie) avec une marge très confortable, y ajoutant neuf victoires d’étape cumulées. « Je me sens meilleur, plus fort et plus heureux » que l’an dernier a-t-il confirmé, jeudi.
Mais Tadej Pogacar n’était pas présent sur ces courses, dans l’habituel jeu d’évitement que proposent le Slovène et le Danois dans la première partie de saison. « Vingegaard fait une année magnifique. Il a choisi un calendrier où il avait moins d’adversité et où il n’était pas en concurrence avec Pogacar. Ça lui a bien réussi, il a tout gagné. Mais il n’a jamais été poussé dans ses retranchements. Il reste encore à plusieurs longueurs de Pogacar quand il active le turbo », estime Lilian Calmejane.
Aussi fort soit Jonas Vingegaard, le problème est toujours le même, voire il s’accentue pour lui : il ne parvient plus à décramponner son rival lorsque la route se cabre. Il s’est à chaque fois avoué vaincu lors des deux dernières éditions du Tour, bien loin devant le reste de la meute, mais tout aussi loin de Tadej Pogacar, qui lui a collé 6’17 d’écart au final en 2024 et 4’24 en 2025. Il a en outre perdu, juste avant le Tour, Wout van Aert, essentiel dans la protection de son leader grâce à sa science de la course. L’équation paraît une nouvelle fois bien compliquée pour le Danois, mais si quelqu’un peut faire douter Tadej Pogacar, c’est sans doute lui.
L’inconnue Paul Seixas
Il sera autant l’attraction que l’inconnue de ce Tour de France. Paul Seixas va découvrir la grande messe de juillet à 19 ans, le plus jeune coureur depuis 1937. Déjà parmi les tout meilleurs coureurs du monde cette saison, le Lyonnais peut nourrir de vraies ambitions sur cette édition, même si sa chute sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes le 13 juin a perturbé sa préparation.
L’imaginer détrôner Tadej Pogacar semble aujourd’hui hors de propos, surtout sur trois semaines, une durée de course qu’il n’a pas encore expérimentée. « Quand tu affiches ce niveau de performance, tu n’as pas de raison d’avoir peur d’une course de trois semaines. Je le considère au même niveau que Jonas Vingegaard au vu de ce que le Danois a montré sur le Giro », a loué Joxean Matxin Fernández, le manager sportif d’UAE-Emirates XRG, auprès de Bici.pro, le 21 juin.
3min
Néanmoins, il a été le deuxième homme – certes à bonne distance – derrière le Slovène sur les Strade Bianche, et le dernier à lui résister lors de Liège-Bastogne-Liège, agrippant sa roue lors de son attaque foudroyante dans la décisive côte de la Redoute, avant de céder. Si tenir la cadence du champion du monde sur les longs cols du Tour semble compliqué pour Paul Seixas, le voir bousculer le Slovène aux 121 victoires professionnelles sur des pentes courtes et raides n’a rien de farfelu, avant de prendre date pour l’avenir. « Indépendamment des chutes, ou peut-être justement à cause d’elles, nous avons vu un Seixas exceptionnel, qui est vraiment en train de franchir un cap, davantage encore que ce que nous imaginions », a appuyé Matxin.
Evenepoel et Lipowitz, un duo en question
En fonction des conditions de course, Juan Ayuso (Lidl-Trek), Carlos Rodriguez (Netcompany INEOS) voire Tom Pidcock (Q36.5) pourraient s’inviter dans la course au Top 5, mais c’est bien le duo de la Red-Bull Bora-hansgrohe qui devrait être la troisième force d’opposition à Tadej Pogacar. Remco Evenepoel, 3e en 2024 et Florian Lipowitz, 3e en 2025, présentent un duo intéressant et de niveau assez proche, même s’ils ont des qualités différentes. « Remco, il ne faut pas l’enterrer, avertit Lilian Calmejane. Je pense que mentalement et physiquement, il a le couteau entre les dents. Il s’est fait oublier. Tout le monde pense qu’il est complètement ‘has-been’, mais je pense qu’il a son mot à dire. Pourquoi pas se battre pour le podium, mais rivaliser vraiment avec Vingegaard et Pogacar, je ne pense pas. »
« Si tout se goupille bien pour Evenepoel, qu’il est à son meilleur niveau, qu’il n’a aucun jour de moins bien en montagne, il est quand même meilleur que Seixas à ce jour. Mais il ne nous a pas offert de garanties en montagne depuis longtemps. Donc il y a match. »
Lilian Calmejane, ancien coureur professionnel et consultantà franceinfo: sport
Quant à Florian Lipowitz, « il a trop de limites. En montagne, il est très fort, mais quand même moins fort que les meilleurs. Et sur son bagage technique et sa palette, il a trop de lacunes. C’est un coureur qui est très très fort physiquement. Mais il en faut plus maintenant avec la concurrence qu’il y a », poursuit notre consultant.
Si chacun des deux peut individuellement viser le podium, la principale question demeurera leur entente : l’un sera-t-il prêt à se sacrifier pour l’autre ? Vont-ils jouer en équipe, comme Jonas Vingegaard et Primoz Roglic en 2022, où vont-ils chacun jouer leur carte personnelle ? « On a déjà vu qu’on marchait bien ensemble et qu’on peut se soutenir », a évacué l’Allemand, jeudi, lors de leur conférence de presse commune. De leur entente et des consignes d’équipe dépendront la réussite de l’équipe allemande, et sa capacité à bousculer la hiérarchie a priori établie.
Quel rôle pour Isaac del Toro ?
Derrière Tadej Pogacar, le meilleur grimpeur de cette édition ne serait-il pas finalement à trouver… dans son équipe ? A 22 ans, Isaac del Toro a impressionné cette saison, avec la victoire sur l’UAE Tour en début de saison, puis sur Tirreno-Adriatico en mars, et enfin mi-juin, sur le Tour Auvergne-Rhône Alpes. Sur le Tour AURA, le Mexicain a, certes, bénéficié de la chute de Paul Seixas lors de l’avant-dernière étape pour s’envoler seul, mais il avait parfaitement contenu l’accélération du Français la veille.
La formation émiratie a pris l’habitude d’emmener sur le Tour un lieutenant très fort pour épauler le Slovène. Et cela avait amené très haut le garde du corps de Pogacar : Adam Yates avait fini 3e en 2023, et Joao Almeida 4e en 2024. Intrinsèquement, Isaac del Toro peut finir sur le podium de ce Tour de France, mais la hiérarchie est clairement établie dans cette formation. Le Mexicain se dévouera autant que possible pour son leader, et ne jouera sa carte personnelle qu’en cas d’abandon de Pogacar.
Ou, à l’inverse, si le Slovène vole comme les deux années précédentes, cela offrira à « Torito » plus de latitude pour jouer un bon classement général. « Isaac a toutes les chances d’éclore au plus haut niveau, ce qui signifie que nous pouvons aborder le Tour avec un plan B dans notre manche. Il sait qu’il est capable de gagner un Grand Tour, et c’est ce qui compte », a dévoilé Matxin, le manager sportif de sa formation. « J’ai l’intime conviction que Del Toro va s’accrocher à Vingegaard, des fois le ‘flinguer’ et terminer deuxième du Tour », anticipe de son côté Lilian Calmejane.
Source:
www.franceinfo.fr



