AccueilCultureLa civilisation du...

La civilisation du walkman avec Renaud Gagneux

La série de France Culture « Vous descendez à la prochaine ou la civilisation du walkman » interroge en 1983 des intellectuels et personnalités sur l’impact social et culturel d’une innovation technologique : le walkman. Dans ce troisième épisode, le compositeur Renaud Gagneux porte sur le phénomène un regard à la fois professionnel et critique.

Le walkman : « paradis artificiel, progrès réel ou gadget superflu » ?

Pour Renaud Gagneux, écouter de la musique sur des haut-parleurs revient à regarder une piscine : le son reste extérieur au corps. Mettre un casque, c’est y plonger. Le casque et le walkman présentent un avantage évident : ils permettent d’écouter de la musique sans déranger son entourage, contrairement au transistor. Le walkman répond également à des usages légitimes : outil de travail pour les compositeurs et les professionnels de la radio, moyen d’enregistrer des musiques comme souvenirs sonores ou encore d’écouter des émissions pendant les trajets.

Écouter pour s’isoler

Renaud Gagneux pointe toutefois certaines dérives liées à l’usage du walkman, à commencer par l’isolement. Les citadins l’utilisent pour échapper à la pollution sonore : marteaux-piqueurs, circulation automobile ; mais ils la remplacent parfois par une autre nuisance, une musique écoutée à un volume susceptible d’endommager l’ouïe. Autre sujet de préoccupation : le choix de la musique. Le genre dominant de l’époque, le disco, n’est pas anodin à ses yeux. Fondé sur un rythme binaire proche de celui de la marche, il renvoie à l’univers de Saturday Night Fever et à des espaces de sociabilité où la conversation est, de toute façon, impossible. Plus inquiétant encore selon lui, ce rythme est aussi celui des défilés militaires.

Seul dans la foule

En coupant l’auditeur de son environnement, le walkman le prive d’une matière sonore irremplaçable : les conversations dans le métro, les bruits de la ville, « c’est déjà du théâtre, de la poésie ». Des compositeurs comme Liszt, Varèse, Schaeffer ou Berg ont toujours puisé dans ce que le monde autour d’eux leur offrait. En s’isolant derrière son casque, l’auditeur risque ainsi de se couper d’une source essentielle d’écoute et de création.

Par Dominique Poncet-MartinLe quart d’heure de France Culture – Vous descendez à la prochaine ou la civilisation du walkman 3/4 : Renaud Gagneux (1ère diffusion : 27/12/1983)Avec Renaud Gagneux (compositeur)Réalisation El Mondher BabaïEdition web : Documentation de Radio FranceArchive Ina/Radio France


Source:

www.radiofrance.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img