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"C'est plus pour marquer le coup" : la motion de censure des Ecologistes a-t-elle des chances de renverser le gouvernement Lecornu ?

« C’est scandaleux, c’est indigne ! », a soudain tonné dans l’hémicycle Sébastien Lecornu. L’échange entre le Premier ministre et Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe écologiste, a rapidement viré à la passe d’armes, mardi 30 juin, lors des questions au gouvernement. En cause : la politique d’adaptation du gouvernement face au changement climatique. Le locataire de Matignon a jugé « faux » le bilan de « 10 000 morts » de la canicule la semaine précédente, avancé par Sandrine Rousseau. « C’est la première fois que je sors de mes gonds », a-t-il avancé.

« Il y aura une commission d’enquête et il y aura une censure. Vous n’êtes pas à votre place », lui a rétorqué Cyrielle Chatelain, confirmant peu après dans les couloirs de l’Assemblée que son groupe allait déposer une motion de censure contre le gouvernement pour dénoncer « son impréparation, à la fois de la canicule qu’on a connue, mais surtout de la canicule qui arrive ».

Le dépôt est finalement intervenu jeudi 2 juillet et la motion sera examinée lundi à 14 heures, a précisé sur RTL la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet. « C’est un peu bourrin », souffle un député du groupe communiste. « Cette motion, c’est un coup de chaud des Ecologistes en réaction à la prise de bec qu’ils ont eue avec [Sébastien] Lecornu », croit savoir un influent député du bloc central.

Faux, répond le groupe, qui assure en avoir discuté dès mardi matin, avant les questions au gouvernement. Mais cette motion a-t-elle la moindre chance de faire tomber le gouvernement en ce début d’été ?

Pour y parvenir, les députés opposés au gouvernement ont une barre à atteindre : celle des 289 députés, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Dans l’histoire de la Ve République, seuls deux gouvernements sont tombés par l’adoption d’une motion de censure, celui de Michel Debré en 1962 et, beaucoup plus récemment, celui de Michel Barnier en 2024. Dans l’arithmétique actuelle de l’Assemblée nationale, avec un Palais-Bourbon divisé en 11 groupes parlementaires, il est plus compliqué de connaître immédiatement le sort de chaque motion de censure.

D’ores et déjà, les Ecologistes peuvent compter sur le soutien des 71 députés du groupe La France insoumise. Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a annoncé que les élus insoumis la voteraient, après avoir aidé leurs partenaires à atteindre la barre des 58 députés nécessaires pour déposer cette motion de censure, soit 10% de l’Assemblée nationale, car le groupe écologiste ne compte que 38 députés. Les parlementaires écologistes pourront aussi compter sur la majeure partie des 17 membres du groupe Gauche démocrate et républicaine, qui comprend des communistes et des élus de gauche ultramarins.

Comme à chaque fois qu’une motion de censure est déposée depuis la dissolution de juin 2024 et les législatives qui ont suivi, tous les regards se tournent vers le Parti socialiste et le Rassemblement national, dont le rôle est central pour atteindre ou non le seuil critique des 289 députés. 

Du côté des socialistes, les 68 élus sont, à cette heure, « très partagés, avec des arguments des deux côtés », assure le porte-parole du groupe Romain Eskenazi. Lui-même est très indécis. « Ce n’est pas forcément de la responsabilité de [Sébastien] Lecornu s’il y a eu la canicule la semaine dernière, c’est le résultat de dix ans d’inaction climatique. Mais ils ont aussi baissé le fonds vert, donc je suis partagé. »

En réalité, au sein du groupe, c’est un nouvel épisode de la bataille au sommet entre Olivier Faure et Boris Vallaud qui se joue. « Olivier Faure souhaite voter la motion, quand Boris Vallaud ne le souhaite pas, faisant ainsi défaut aux partenaires [écologistes] pour la première fois », tacle-t-on dans l’entourage du Premier secrétaire.

Une première réunion sur le sujet a eu lieu mercredi matin, mais elle n’a pas permis de dégager un consensus. Une autre, probablement en visioconférence, devrait se tenir dans le week-end, selon une source parlementaire. Certains sont « plutôt pour la voter », à l’image de cet influent député socialiste, quand d’autres y sont opposés, comme cet élu du groupe plutôt indulgent avec le gouvernement : « Oui, il fait chaud. Oui, il y a des morts. Je peux vous annoncer qu’il fera froid cet hiver et qu’il y aura encore des morts : cela risque de durer quelques siècles. »

« Je pense que notre intérêt est de laisser cette motion de censure sous les radars. »

Un député socialiste

à franceinfo

Même position pour le député et ancien ministre Guillaume Garot, « pas favorable » à ce coup des Ecologistes. « Une motion de censure, pour quel résultat ? Un nouveau gouvernement qui ferait la même politique que l’actuel ? », lance-t-il, ajoutant que ces questions seront aussi tranchées par les Français pendant la présidentielle. 

Estelle Mercier, députée PS de Meurthe-et-Moselle, prévient d’emblée qu’elle suivra l’avis de son groupe, quel qu’il soit. « Il est vrai que les politiques de transition écologique ont beaucoup souffert ces dernières années. Cela n’a pas été une priorité du président [Emmanuel] Macron, et la crise politique cumulée à la crise budgétaire a amené une baisse drastique des crédits et des ambitions », livre-t-elle. « Toutefois, je ne suis pas certaine que la motion de censure soit la bonne réponse à court terme. » Cette spécialiste des questions budgétaires assure qu’il reste « encore du temps parlementaire pour mettre à l’ordre du jour des lois sur le sujet » climatique et qu’il y aura ensuite « le débat présidentiel à venir ». 

De l’autre côté de l’hémicycle, au sein du groupe RN, on maintient un semblant de suspense sur l’issue du vote, lundi. « Attendons déjà que ça se concrétise », avançait prudemment un cadre du groupe, mercredi. Le même jour, les députés du groupe ont pris leurs distances avec Les Ecologistes. « On ne va pas rendre service à Cyrielle Chatelain, qui veut déposer une motion de censure pour essayer de masquer ce qu’elle [et] son groupe [n’ont] pas fait », a déclaré mercredi le député du Nord et vice-président du RN Sébastien Chenu, devant l’Association des journalistes parlementaires.

« Il y a mille façons – mille raisons en tout cas – de sanctionner et de voter une censure pour ce gouvernement, a réagi mardi Philippe Ballard, député Rassemblement national de l’Oise, sur le plateau de franceinfo. Avant de prendre un peu de recul.

« Honnêtement, je ne vois pas bien la raison qui nous permettrait de voter cette motion de censure. »

Philippe Ballard, député du Rassemblement national

à franceinfo

Le parti à la flamme préfère concentrer ses forces sur une bataille autrement plus cruciale pour lui : mardi, Marine Le Pen doit être fixée sur son avenir politico-judiciaire à l’issue du procès en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national (ancien nom du RN). La candidate à l’élection présidentielle a estimé qu’il n’était « pas possible » de faire campagne avec un bracelet électronique, si telle était la sanction qui lui était infligée.

Des socialistes divisés, un RN tourné vers une autre date… Le gouvernement et le bloc central ne sont « pas vraiment » inquiets avant l’examen de cette motion de censure, estime un ministre, pour qui soutenir ce texte « serait irresponsable et impardonnable ». « Je n’ai pas l’impression qu’elle suscite beaucoup d’engouement de la part des partenaires des Ecologistes », raille l’influent député du bloc central cité plus haut. « Ils se rendent compte que c’est une connerie, une sorte d’impulsion… Cette motion de censure a zéro chance » d’être adoptée, évacue un autre député macroniste.

Même au sein du groupe écologiste, dirigé par Cyrielle Chatelain, l’initiative ne convainc pas tout le monde. « Je ne suis pas hyper convaincue par le timing », estime une élue qui soutiendra pourtant publiquement l’initiative. « C’est plus pour marquer le coup, car [la gestion de la canicule] était catastrophique », affirme un autre. Six élus écologistes ont même décidé de ne pas associer leur nom au dépôt de la motion de censure. C’est notamment le cas d’Eva Sas, Catherine Hervieu ou Jérémie Iordanoff, comme un signe supplémentaire des divisions du parti à l’approche de la campagne présidentielle.


Source:

www.franceinfo.fr

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