AccueilCultureLa cour de...

La cour de révision annule la condamnation de Dany Leprince mais pas celles de Raymond Mis et Gabriel Thiennot.

C’est une décision rarissime. Quinze ans après un premier rejet cinglant, la Cour de révision a donc décidé ce matin d’annuler la condamnation à la prison à perpétuité de Dany Leprince, 69 ans, lequel a toujours clamé son innocence. Et, notamment, durant les 18 longues années passées derrière les barreaux pour les meurtres de son frère, sa belle-soeur et deux de ses nièces retrouvés tués à l’arme blanche dans leur pavillon. C’était en 1994.Lorsque la cour d’assises de la Sarthe l’a condamné, Dany Leprince ne pouvait pas à l’époque faire appel. Ce que la loi n’a rendu possible aux assises qu’en 2001. Par ailleurs, la Cour de révision avait rejeté une première requête du condamné. C’était en 2011. Jusqu’à ce qu’à 09H00 donc ce matin, dans cet ultime recours de ce qui constitue le grand combat de sa vie Dany Leprince voit finalement renaître ses espoirs d’être disculpé.Les juges estiment que des éléments nouveaux sont apparus faisant naître un doute sur la culpabilité de Dany Leprince. Ce qui signifie, Florence Sturm , qu’il va pouvoir être rejugé.

Moment solennel, la Cour de révision annule l’arrêt de la cour d’assises de la Sarthe qui l’avait condamné à perpétuité, et Dany le prince enlace son épouse au bord des larmes. »C’est extraordinaire de parvenir à obtenir cette révision et j’en remercie la cour. Et j’aimerais aussi avoir une pensée pour ma famille disparue, pour mon frère, ma belle sœur et mes deux nièces Sandra et Audrey. Je suis un peu ému mais bon. Bon, en tous les cas, il faut que la vérité éclate. « La Cour de révision estime que les propos attribués à la petite Solène, deux ans et demi et seule rescapée du massacre, sont sujet à caution qu’ils ont pu être influencés. Dans ces motivations, elle retient aussi comme élément nouveau le caractère évolutif des déclarations de l’ancienne épouse de Dany Leprince. Un nouveau procès va donc avoir lieu. Décision historique, salue Olivier Morice, l’avocat de Dany Le Prince. »Aujourd’hui, il n’y a plus de boucher de la Sarthe. Il demeure Monsieur Dany Leprince, présumé innocent. Cette décision est une œuvre de justice. Nous prenons date d’ores et déjà parce qu’à travers ce qui a été indiqué par la Cour de révision, le château de cartes qui constituait l’accusation à l’encontre de Dany Leprince s’effondre totalement. Les accusations de Martin Compan sont remises en cause et, au surplus, ce qui faisait dire que Solène Leprince avait été témoin des meurtres commis sur sa famille est aussi balayée. Et ce que nous obtiendrons devant la cour d’assises, c’est l’acquittement de Dany Leprince. « C’est la treizième fois qu’un condamné à une peine criminelle voit sa condamnation annulée en France. Dany Leprince est celui qui a effectué la peine la plus lourde, 18 ans derrière les barreaux. Il sera jugé par la cour d’assises du Maine et Loire.

 » C’est un moment de joie, un moment de joie d’une œuvre judiciaire partagée « 

L’ un de ses avocats, Olivier Morice qui se projette déjà dans la perspective du procès à venir devant la cour d’assises du Maine et Loire, où il espère obtenir un acquittement. »Si nous obtenons l’acquittement de Dani le prince, nous serons confrontés à l’une des plus grandes erreurs judiciaires que la France ait connu, puisqu’il a effectué 18 ans de prison, plus que tous les autres qui ont été révisés jusque là. Nous allons insister auprès des hauts magistrats de la cour d’appel du Maine et Loire, puisque l’affaire est renvoyée devant la cour d’assises du Maine et Loire pour obtenir un audiencement le plus rapide possible. D’une part parce qu’il y a des témoins qui sont de plus en plus âgés. Nous avons des témoins qui sont déjà morts. Il y a des experts également qu’il faut faire citer. Et puis, il est important que la justice, dans une affaire comme celle-ci, puisse se prononcer le plus rapidement possible. Donc, ce que nous attendons, et vous l’avez compris, c’est que Danny Leprince est renvoyé devant une cour d’assises de première instance. C’est à dire qu’aujourd’hui, il est présumé innocent. Il va comparaître libre devant cette cour d’assises. Et il va aussi répondre des accusations qui sont portées contre lui. Mais je vous rappelle que ces accusations, pour la plupart d’entre elles, s’effondrent à travers ce qu’a soulevé la cour de révision. Et il va être complexe à l’accusation à Angers, de pouvoir soutenir celle-ci, tant la cour de révision vient de fragiliser ce qui pouvait lui être reproché à l’époque. « 

 » Les magistrats ont eu le courage d’annuler cette condamnation « 

 » Et puis je n’ai pas de souvenir, dans l’histoire criminelle française, de condamnation qui ait été révisée et annulée et qui ne se soit pas soldée in fine, par un acquittement. Patrick Dils a été acquitté. Loïc Sécher a été acquitté. Christian Iacono a été acquitté. Tous ceux qui ont bénéficié d’une annulation par la Cour de révision ont été acquittés. Et pour nous, aujourd’hui, cette satisfaction est d’autant plus importante que nous savions que le barrage de la cour de révision était un barrage essentiel à franchir. Parce que, d’une certaine manière, et il faut le dire encore une fois que c’est une œuvre de justice, parce que les magistrats ont eu le courage d’annuler cette condamnation, et ils ont eu le courage de pouvoir envisager très clairement le spectre d’une erreur judiciaire. Et tout cela dans notre pays, lorsque l’on critique parfois l’institution judiciaire ou l’autorité judiciaire, hé bien, il faut reconnaître que nous avons défendu Dany Leprince avec zèle et avec détermination. Mais nous avons été entendus et il était important que nous le soyons. Parce que la vérité est en marche, que vous comprenez aussi qu’avec ce qui a été précisé par la cour de révision, je pense que Martine Compain a du souci à se faire très clairement parce que, en réalité, son témoignage est décrédibilisé par la Cour de révision et que pour nous, je dirais, après toutes ces années passées aux côtés de Dany Leprince qui est ému, c’est un moment de joie, un moment de joie d’une œuvre judiciaire partagée. »

Martine Compain, l’ex-épouse de Dany Leprince est actuellement placée sous le statut de témoin assisté. Ses avocats insistent sur le fait qu’un nouveau procès ne signifie aucunement l’innocence de Dany Leprince et encore moins la culpabilité de leur cliente.

 » Aujourd’hui, il n’y a plus de  » boucher de la Sarthe, il demeure M. Dany Leprince « 

Pour annuler la condamnation aux assises, il fallait des éléments nouveaux à la cour de la révision. Elle en souligne deux, susceptibles d’avoir été retenus à charge contre Dany Leprince lors de son procès. En premier lieu, le témoignage de Solène Leprince, la seule rescapée du massacre, âgée de deux ans au moment du drame. Les propos, les comportements qui lui avaient été alors attribués sont sujets à caution. La jeune femme était elle-même venue à l’audience demander la révision du procès de son oncle en indiquant n’avoir aucun souvenir du meurtre rappelle son avocate Meryem Khelladi Reinaerts.

« Solène le prince est informé de cette décision. C’est un immense soulagement pour elle parce qu’en réalité, elle est enfin entendue. Pour une fois, c’est sa parole qui a été entendue, qui a été retenue par la cour de révision, à savoir l’absence de souvenirs qu’elle a pu venir exprimer ici devant cette cour, et également la suggestibilité dont elle a fait l’objet lorsqu’elle était petite. C’est un combat qu’elle mène depuis des années. Elle va pouvoir continuer à poursuivre son action et ses démarches en vue, peut être un jour de connaître la vérité, ou à tout le moins de ne pas se consoler d’une vérité judiciaire qui n’était pas la vérité de cette nuit là. »

Affaire Mis et Thiennot : la cour de révision refuse la réhabilitation

En revanche, la Cour de révision a refusé cette fois-ci d’annuler la condamnation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, opposant ainsi une fin de non-recevoir aux décennies de campagne pour leur réhabilitation dans ce dossier vieux de 80 ans, après le meurtre d’un garde-chasse dans la brumeuse campagne de l’Indre. C’était en 1946.

« Encore une fois, la justice a failli « 

Pour les treize magistrats de la Cour, les investigations complémentaires diligentées à l’occasion des requêtes en révision successives « n’ont permis ni d’écarter les charges ainsi réunies lors de l’enquête initiale, ni de confirmer les rumeurs désignant un autre coupable, ni enfin d’établir la partialité de l’enquête ».Cette décision était l’unique chance pour les partisans et proches de Mis et Thiennot de changer la fin de l’histoire

Florence Sturm a recueilli la réaction de ThierryThiennot, le fils de Gabriel Thiennot

 » C’est le combat d’une vie. C’est 46 ans de combat. Et c’est évidemment très, très très très difficile. Encore une fois, la justice a manqué à ses obligations. Cette fois, elle avait une chance unique de revenir sur une décision qui était totalement fausse. Et encore une fois, la justice a failli. Comment voulez vous avoir confiance dans l’institution judiciaire? Actuellement, je crois que 75 % des Français n’y ont pas confiance. Et ce n’est pas avec des décisions comme cela qu’on va pouvoir lui faire confiance à nouveau. Elle avait les cartes en main pour réviser cette affaire qui date de 80 ans. On sait que des gens ont été torturés pour avouer, et on est encore capable à l’heure actuelle, de les condamner 70 ans après. Mais c’est mais c’est lamentable. C’est à l’image du système judiciaire français qui est totalement pourri et gangrené. »

C’est de la colère, c’est de la déception ?

 » C’est de la colère. C’est de la déception. Mais je m’attendais à tout de leur part. De toute façon, le nom de Gabriel Thiennot , de Raymond Mis et tous leurs camarades resteront à jamais dans l’histoire, restera à jamais dans le département alors que leurs noms, on les ignorera à jamais. Et moi je vous dis, la justice s’est trompée. Un point c’est tout. »

Pour aller plus loin :


Source:

www.radiofrance.fr

Articles similaires

Annonce publicitairespot_img