
A quelle échéance doit-on s’attendre à voir apparaître un ordinateur quantique suffisamment puissant pour casser les protocoles cryptographiques actuels ?
Cela relève pour l’instant du doigt mouillé, mais les spécialistes envisagent que cela soit possible dans le début des années 2030.
Et 2030, c’est demain.
L’incertitude favorise l’inaction
Mais cette incertitude rend aussi plus difficile la mobilisation des directions pour dégager les budgets nécessaires au déploiement de nouveaux outils de chiffrement résistant à ces attaques. Et sur la nécessité de bien anticiper les coûts de cette transition, que certaines études évaluent à environ 2,5% du budget annuel des directions IT. « Ce n’est pas anodin ! » souligne Pierre Fressonnet, RSSI de la Banque de France et membre du groupe de travail du Campus Cyber sur la cryptographie post-quantique. « Mais c’est pour ça qu’il est important de sensibiliser au plus tôt. C’est assez similaire au réchauffement climatique, on ne sait pas encore trop quand ça arrivera, et c’est pour ça que la priorisation est compliquée. «
Pourtant les risques existent déjà, à l’instar du scénario de type « harvest now, decrypt later », où un attaquant commence à intercepter des communications chiffrées dans l’espoir de pouvoir les décrypter plus tard.
Alors pour se préparer à cette échéance aussi incertaine soit elle, le campus cyber dressait la semaine dernière un état des lieux. Et sur ce secteur, comme veut le croire son président Joffrey Célestin Urbain, la France a encore des cartes à jouer : « On est encore dans les temps, ce n’est pas le cas de tous les domaines technologiques. En France et en Europe, on est encore très compétitifs. On a des autorités de régulation qui donnent le cap. Et l’écosystème est en ordre de marche. »
Des offreurs au rendez vous
Offrir un premier paysage de l’écosystème, c’est d’ailleurs l’une des missions que s’était fixé le groupe de travail du Campus Cyber sur la migration post quantique. Et celui-ci a donc publié, aux côtés d’un guide d’accompagnement, un panorama détaillé des différentes solutions incorporant des outils de cryptographie post quantique disponibles sur le marché. Celui-ci classe les offres existantes selon leurs catégories : les outils d’inventaires du patrimoine cryptographique existant, les outils de gestion des certificats, les offres de modules de sécurité matériels, les librairies logicielles et les offres d’infrastructure à clés publiques.
Le panorama différencie également les acteurs français et européens de ceux basés dans le reste du monde, signe que les débats et inquiétudes sur la souveraineté numérique et les dépendances technologiques ne sont pas cantonnées au cloud. Et pour Hafeda Bakthi, responsable chez Eviden et membre du groupe d’étude du Campus Cyber, l’offre est actuellement suffisante : » Nous souhaitons mettre à jour le panorama dans le courant de l’année pour suivre l’évolution des entreprises. Mais on a déjà une bonne base de solutions PQC compliant. »
Cet effort de la part de l’industrie a été rendu selon elle possible par les efforts de standardisation des algorithmes mis en œuvre par le NIST américain : l’institut a ainsi présenté au cours des dernières années les premiers algorithmes de chiffrement post quantique envisagés. Et côté Français, grâce aux communications de l’Anssi, qui a fixé des échéances pour cadrer cette transition. Ainsi, à partir de 2027, l’agence ne certifiera plus de produits de sécurité dépourvus de mécanisme de chiffrement post quantique.
Avancer en « cercle concentriques »
Faut-il donc s’y jeter corps et âmes? Pour certains, le sujet est plus pressant que d’autres comme l’explique Pierre Fressonnet, RSSI de la banque de France : « Chez nous, nous considérons cela comme un risque systémique », mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il faut confondre vitesse et précipitation. La banque de France préfère avancer « par cercles concentriques, en privilégiant les assets exposés sur Internet. «
Parmi les premiers chantiers mis en oeuvre par ses équipes, il cite notamment la mise en œuvre des technologies TLS 1.3, qui permet de se protéger contre les scenarios d Il reste néanmoins plus prudent sur les offres d’infrastructure de clés publiques : « Quand on se lance sur ces chantiers, c’est pour 15 ans.
Donc il faut être sûr que les algorithmes qu’on déploie seront pérennes, et aujourd’hui on manque encore de recul sur ceux sélectionnés par le NIST. » Le sujet demande aussi un effort de réflexion pour identifier les données les plus sensibles, et leur besoin de confidentialité dans le temps. Tout le monde s’accorde donc sur la nécessité d’avancer, mais pas n’importe comment.
Source:
www.zdnet.fr


