C’est un lien qui va en rappeler d’autres aux spécialistes français de la cybersécurité. Il y a un an, la diplomatie française avait attribué au renseignement russe le sabotage de TV5 Monde, revendiquée à l’époque par les pirates du « CyberCaliphate », des hackers qui avaient commencé à faire parler d’eux quelques mois plus tôt.
Ce week-end, le New-York Times vient d’évoquer un mouvement similaire. Mais cette fois-ci à propos de la dévastatrice attaque contre le constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover de septembre 2025. Il a été évalué à un dramatique coût de 2,2 milliards d’euros pour l’économie britannique, la faute au blocage de toute une filière.
Ce hacking est toujours très mystérieux. Sur une chaîne Telegram, les cybercriminels « Scattered Lapsus$ Hunters » avaient dans un premier temps revendiqué l’attaque.
Fonctionnalité « complexe »
Un nom faisant référence à trois groupes de cybercriminels anglophones et francophones déjà célèbres. Toutefois, pour plusieurs personnes proches de l’enquête interrogées par le New-York Times, un groupe de pirates russe a plus vraisemblablement mené cette attaque.
Pour les enquêteurs, cités sous couvert d’anonymat par le quotidien new-yorkais, les méthodes mise en œuvre dans le piratage de Jaguar Land Rover étaient bien différentes de celles déjà vues dans des attaques commises par « Scattered Spider ». Ces dernières aboutissaient généralement par des rançons – on ignore si une extorsion a été tentée contre le constructeur britannique – et étaient basées sur l’ingénierie sociale, notamment le hameçonnage.
Le quotidien new-yorkais rapporte également que les hackeurs russes suspectés d’être à la manœuvre, sous surveillance de Microsoft, avaient utilisé un rançongiciel inédit. Ce dernier embarquait un algorithme de chiffrement « époustouflant », « vraiment très complexe », rapportent des enquêteurs. Ce qui suggère des compétences en informatique poussées, généralement l’apanage de groupes organisés.
« Dimensions démentielles »
Selon le New-York Times, les enquêteurs tentent désormais de comprendre si les pirates agissaient sur ordre du Kremlin ou avec son approbation tacite. Ni l’entreprise, le FBI américain ou le Kremlin n’ont commenté cette information. La police britannique a toutefois eu une réponse plus ambiguë.
« Certaines des cyberattaques les plus médiatisées contre le Royaume-Uni sont commises par des criminels opérant depuis la Russie », signale-t-elle. Et certains de ces groupes « ont des liens avec l’État russe », ajoute-t-elle.
Quoiqu’il en soit, ce mystérieux piratage n’était pas passé inaperçu en France. A l’Anssi, on avait ainsi estimé qu’il s’agissait d’une des attaques informatiques les plus significatives de l’année. Elle prouve, avait rappelé Vincent Strubel, le directeur général du cyber-pompier français à Rennes à l’automne dernier, qu’un hack peut « prendre des dimensions démentielles ».
Les entreprises françaises sont pour le moment, soulignaient récemment les spécialistes de l’assurance cyber, relativement épargnées par les « sinistres XXL ». Il s’agit de ces piratages aboutissant à une facture supérieure à dix millions d’euros. Attention, avertissaient ils aussitôt, à ne pas baisser la garde.
Source:
www.zdnet.fr


