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France-Suède : pourquoi la présence des Suédois en phase à élimination directe de la Coupe du monde tient presque du miracle

Depuis le début de son parcours vers le Mondial et jusqu’aux seizièmes, les adversaires des Bleus ont bénéficié de deux repêchages.


Publié le 30/06/2026 06:15

Temps de lecture : 5min

Alexander Isak avec la Suède face au Japon pendant la Coupe du monde, le 25 juin 2026, à Dallas. (SIPA)

Alexander Isak avec la Suède face au Japon pendant la Coupe du monde, le 25 juin 2026, à Dallas. (SIPA)

Il est désormais possible de se qualifier pour une Coupe du monde sans avoir gagné le moindre match de qualification. La Suède de Graham Potter a réalisé ce tour de magie et l’a prolongé pour se frayer un chemin jusqu’en seizièmes de finale, pour affronter l’équipe de France, mardi 30 juin, dans la banlieue de New York. Rarement le parcours d’une équipe européenne n’avait été aussi chaotique. « Personne n’aurait imaginé un tel scénario », confirme à franceinfo: sport Johan Flinck, journaliste pour le média suédois Aftonbladet.

Dix mois plus tôt, elle touchait le fond. Le 14 octobre, après une deuxième défaite en deux matchs contre le Kosovo en phase de qualifications, la Fédération suédoise de football décide de limoger le sélectionneur danois Jon Dahl Tomasson ; une première dans l’histoire du foot suédois, habitué à laisser les entraîneurs aller au bout de leur mandat. Avec un point en quatre matchs, à deux journées de la fin, les Blågult peuvent déjà dire adieu à une qualification directe pour le Mondial américain.

« Nous estimons qu’un nouveau leadership est nécessaire », écrit alors la fédération, qui nomme l’Anglais Graham Potter. Ce dernier n’est pas un inconnu en Suède. Il y a lancé sa carrière de coach en passant sept ans sur le banc d’Östersunds. Après des expériences peu concluantes à Chelsea, puis à West Ham, Graham Potter est en quête de rebond. « Nous sommes dans une situation où nous devons essayer de rendre les choses aussi claires et aussi simples que possible pour les joueurs », dit-il dans sa première conférence de presse.

S’il gagne des points en s’exprimant en suédois, contrairement à son prédécesseur, l’électrochoc ne se produit pas. La Suède s’incline lourdement contre la Suisse (1-4) et est tenue en échec à domicile par la Slovénie (1-1). Elle termine dernière de son groupe de qualification pour la première fois de son histoire, avec seulement deux points pris. Malgré ses résultats catastrophiques, la sélection de Graham Potter se voit proposer une seconde chance.

Elle est repêchée pour participer aux barrages dans la mesure où elle fait partie des quatre meilleurs vainqueurs de groupes de Ligue des nations ayant échoué à se qualifier via le parcours classique. Elle est même la dernière sur cette liste car pensionnaire de la Ligue C, l’équivalent de la troisième division continentale. Le tirage au sort des barrages européens lui est alors favorable, avec un match contre l’Ukraine sur terrain neutre en Espagne (au lieu d’un match à l’extérieur).

Viktor Gyökeres s’énerve et y va de son triplé : victoire 3-1. Les Suédois n’ont plus qu’un obstacle à franchir pour récupérer un billet pour le Mondial, prendre leur revanche contre la Pologne, qui les avait privés de l’édition 2022. Cette fois, la finale de barrages a lieu en Suède, à Solna. Après avoir été rejoints au score à deux reprises, les Blågult ont le dernier mot à la 88e minute grâce à l’inévitable Gyökeres et s’imposent 3-2 pour retrouver la Coupe du monde. Le dénouement est inespéré, au point que certains médias la comparent à « une grande évasion ».

La joie de Viktor Gyökeres et de Benjamin Nygren lors de la qualification de la Suède pour la Coupe du monde, après le barrage contre la Pologne, à Solna, le 31 mars 2026. (SIPA)

La joie de Viktor Gyökeres et de Benjamin Nygren lors de la qualification de la Suède pour la Coupe du monde, après le barrage contre la Pologne, à Solna, le 31 mars 2026. (SIPA)

Pour la première fois de l’histoire, une sélection dernière de son groupe de qualification de la zone Europe se qualifie pour la Coupe du monde. Cette équipe capable de perdre un match amical à domicile contre le Luxembourg (0-1) un an plus tôt, se retrouve donc parmi les 16 meilleures équipes européennes conviées à la grande messe du football en Amérique.

« On a toujours su qu’on avait une très bonne équipe avec de très bons joueurs. On n’a pas toujours obtenu les résultats espérés lors de certains matchs, et l’équipe a beaucoup tourné ces deux dernières années, des nouvelles têtes sont arrivées, il faut parfois du temps pour que tout se mette en place », annonce Viktor Gyökeres avant l’entrée en lice de son équipe. Mais personne n’est dupe : la Suède n’est pas en mesure de se fixer un objectif ambitieux. « On veut représenter le pays de la meilleure des façons et montrer qui on est collectivement, ainsi qu’individuellement », explique Graham Potter.

Dans le groupe F, la Suède (38e) est plus proche au classement Fifa de la Tunisie (45e), équipe la moins bien classée de la poule, que des deux autres : le Japon (18e) et les Pays-Bas (8e). Signe de son irrégularité chronique, la sélection scandinave enchaîne en six jours un succès 5-1 contre une très faible Tunisie et un revers sur le même score contre les Pays-Bas.

Lorsqu’elle accroche le Japon (1-1) pour son dernier match de la phase de groupes, l’auteur de l’égalisation Anthony Elanga s’écroule au sol, de frustration. L’ailier de Newcastle pense alors que le fait de ne pas avoir remporté la rencontre n’est pas suffisant pour rallier la phase à élimination directe, mais les quatre points acquis sont amplement suffisants. La Suède termine même deuxième des huit meilleurs troisièmes, juste derrière la République démocratique du Congo.

« En seulement huit mois, la sélection suédoise a connu quatre des événements les plus extrêmes dans son histoire moderne : notre pire défaite, notre match de barrage le plus dramatique, notre plus grande victoire en Coupe du monde et notre plus lourde défaite en compétition depuis soixante-dix-huit ans. Chacun de ces événements n’arrive peut-être qu’une fois dans une vie, mais nous les avons tous vécus en huit mois », pointe alors pour Dagbladet le journaliste Erik Niva, dont l’analyse est très suivie en Suède.

C’est après toutes ces montagnes russes que les Blågult sont placés sur le chemin de la France, devenue la seule sélection favorite pour le sacre final chez tous les parieurs au terme de la phase de groupes. « Absolument aucun Suédois normalement constitué ne s’attend à voir la Suède éliminer la France, souffle le journaliste suédois Johan Flinck. Nous espérons simplement éviter une humiliation (un 0-4, par exemple). Tout autre résultat serait considéré comme acceptable en Suède. »


Source:

www.franceinfo.fr

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