BD : le top 10 de l’été 2026

Entre vagues de licenciements et ombre de GTA VI, 2026 a malmené le jeu vidéo. Mais des simulateurs d’escalade méditatifs aux délires expérimentaux, voici les 20 jeux qui ont tiré leur épingle du jeu — la sélection de Rolling Stone.

Pour le dire poliment, 2026 a été rude pour l’industrie du jeu vidéo. Entre vagues de licenciements et fermetures de studios, des titres très attendus comme le reboot de Prince of Persia d’Ubisoft ont été annulés, et des jeux-services de longue date comme Destiny 2 ont fermé leurs portes, laissant des communautés fidèles sans conclusion. Cette semaine encore, on apprenait que Xbox allait dissoudre plusieurs équipes — dont l’une dont le nouveau jeu venait d’être annoncé quelques jours plus tôt. Et c’est sans parler de la bataille idéologique persistante autour de l’IA générative, qui n’affecte pas seulement le développement des jeux mais contribue aussi à faire grimper le prix de pratiquement chaque composant matériel.

Et si ces problèmes sont majeurs, ils s’ajoutent à des soucis plus terre à terre pour les joueurs. Une année de plus, le spectre de Grand Theft Auto VI plane, poussant des pans entiers de sorties à se bousculer dans des fenêtres de lancement de plus en plus encombrées pour éviter la collision. De gros jeux comme le RPG très attendu Crimson Desert et le jeu de combat tiré des comics Invincible VS n’ont pas tenu leurs promesses. Pour boucler sa première année, la Switch 2 est déjà retombée dans l’un des creux habituels de Nintendo, sans rien à offrir pour les 40 ans de Mario et, à l’horizon, surtout un remake de Star Fox.

Comme c’est de plus en plus le cas ces dernières années, les plus belles réussites de 2026 viennent avant tout de la scène indépendante, où de petites équipes de créateurs passionnés se démènent pour préserver l’art que le AAA laisse filer. Le platformer pixel angoissant Love Eternal mêle imagerie hantée et maniabilité au cordeau pour combler toute envie d’action. Forbidden Solitaire marie séquences en vidéo intégrale (FMV) et relecture du jeu de cartes le plus modeste du monde pour produire une expérience méta vertigineuse. Même des licences classiques ont droit à leur version décalée : Battlestar Galactica: Scattered Hopes applique une approche roguelike, dûment stressante, à la stratégie spatiale.

Et il faut le dire, il y a eu aussi quelques blockbusters d’exception cette année. Capcom a doublé la mise pour prouver qu’il est l’un des meilleurs éditeurs tiers qui soient, maintenant des franchises cultes comme Resident Evil au sommet tout en faisant de la place à de nouvelles licences. Les fans de James Bond ont eu droit à l’un des retours les plus spectaculaires de mémoire récente. Même Batman est revenu, après une longue absence, montrer aux autres jeux de super-héros comment on fait.

Alors rendons à chacun son dû et mettons en lumière les titres qui se sont le plus distingués cette année. Des sims de grimpe méditatives aux trips expérimentaux, voici la sélection de Rolling Stone des meilleurs jeux de 2026, pour l’instant.

Cairn

29 janvier · PlayStation 5 et Windows · The Game Bakers

Cairn
© The Game Bakers

L’idée du défi comme méditation est présente dans bien des jeux : l’état de flow de Tetris ou le doigté agile de Guitar Hero sont conçus pour maintenir corps et esprit dans l’espace opaque entre stress et détente. Cairn trouve le même équilibre, à un rythme bien plus lent — mais toujours haletant. C’est un simulateur d’escalade avec un objectif principal : atteindre le sommet de la montagne. Aucune pression. On y incarne Aava, une grimpeuse professionnelle qui veut être la première à gravir le mythique mont Kami. Aidée d’un assistant automatisé nommé Climbot, on escalade chaque paroi un choix prudent à la fois, en contrôlant le placement de chaque membre avec mesure. Il faut gérer l’endurance, la faim et la soif, mais aussi des détails comme l’application de magnésie ou l’état des pitons restants. Chaque pas, chaque étirement peut provoquer l’angoisse.

Resident Evil Requiem

27 février · Nintendo Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Capcom

Resident Evil Requiem
© Capcom

Capcom aurait dû se heurter à un mur depuis longtemps avec Resident Evil, mais la franchise d’action-horreur reste florissante. Depuis 2017, l’éditeur a sorti six volets majeurs, en alternant suites inédites (Resident Evil 7 en 2017, Village en 2021) et remakes modernisés (Resident Evil 2 en 2019, Resident Evil 4 en 2023). Resident Evil Requiem est le neuvième opus canonique et incarne pleinement cette double approche. L’histoire suit deux protagonistes aux styles de jeu très différents. La nouvelle venue Grace, timide analyste du FBI, porte des chapitres centrés sur le survival-horror qui a rendu les premiers titres si éprouvants. Le héros de retour, Leon, offre davantage une fantaisie de puissance, avec des séquences bourrées d’action et des capacités de combat extravagantes. On peut même basculer entre vue à la première personne (comme les suites récentes) et à la troisième personne (comme les remakes). Le contraste d’expériences fonctionne pour faire monter la tension avant de lâcher les joueurs.

Esoteric Ebb

3 mars · Windows · Raw Fury

Esoteric Ebb
© Raw Fury

Donjons & Dragons a le vent en poupe. Entre le boom des parties jouées en ligne et le carton colossal de Baldur’s Gate 3 en 2023, le jeu de rôle sur table a infiltré la pop culture — au point que les fans cherchent déjà des alternatives moins grand public. Bien qu’Esoteric Ebb ne soit qu’officieusement basé sur D&D, il est profondément ancré dans ses mécaniques et son univers. Le sort du joueur dépend toujours du jet d’un dé à 20 faces. Et il faudra de très bons jets, car au lieu d’une troupe de héros compétents, cette aventure solo suit un unique clerc inepte et amnésique qui se débat dans une enquête politique bien au-dessus de son niveau de sagesse. S’inspirant de jeux comme Disco Elysium (2019), Esoteric Ebb utilise des arborescences de texte et des jets de compétence pour guider le clerc à travers des scénarios très dialogués — qui finissent presque tous mal, d’une manière ou d’une autre. Écrit avec finesse pour rester constamment drôle sans perdre en profondeur.

Marathon

5 mars · PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Bungie

Marathon
© Bungie

Rares sont les jeux dont le titre est aussi cruellement approprié que le Marathon de PlayStation. Dévoilé en 2023, ce jeu multijoueur a peiné à créer l’engouement, sur fond de licenciements massifs chez Bungie en 2024. Quand il est enfin devenu jouable en alpha l’an dernier, Marathon a fait un flop. Même après sa sortie, sa base de joueurs croît lentement. Marathon vit sur du temps emprunté. Dommage, car le produit final est fantastique. Cet « extraction shooter » oppose des escouades de trois joueurs (ou des solos) entre elles — et à des vagues d’ennemis — sur de vastes cartes, pour trouver du butin précieux et s’échapper avant la fin du temps imparti ; mourir, c’est tout perdre. Le gameplay est racé et méthodique, chaque partie crépitant de tension à mesure que les adversaires surgissent au détour des couloirs. C’est, certes, une expérience de niche, taillée pour un public hardcore en quête d’action exigeante plutôt que pour le tout-venant de Call of Duty. Jouez-y maintenant.

Pokémon Pokopia

5 mars · Nintendo Switch 2 · Nintendo

Pokémon Pokopia
© Nintendo

C’est fou qu’après 30 ans, la pokémania batte encore son plein. Mais popularité ne rime pas avec qualité, et la plupart des récents jeux de la série de capture de monstres de Nintendo n’ont pas été très bons. Tandis que Mario, Zelda et même Donkey Kong ont été revitalisés plusieurs fois, les Pokémon canoniques sont restés figés, dépassés dans leur look comme dans leur jouabilité. Mais Pokémon Pokopia ressemble à l’électrochoc dont la franchise avait cruellement besoin. Délaissant les mécaniques RPG habituelles et la boucle capture/combat, c’est en gros un simulateur de construction de village au charme tout mignon, plus proche d’Animal Crossing. On incarne un Métamorph (Ditto) métamorphe qui se fait passer pour un dresseur sous forme humaine, échoué sur une île désolée où humains et Pokémon vivaient jadis en harmonie. La mission : reconstruire l’infrastructure de l’île en rassemblant d’autres Pokémon pour former une adorable communauté. Infiniment charmant.

Sol Cesto

10 avril · Windows · Goblinz Publishing

Sol Cesto
© Goblinz Publishing

Dans tout roguelike où zones et ennemis sont aléatoires, la probabilité joue un petit rôle dans la réussite du joueur. Mais hormis les jeux de dés et de cartes, peu reposent aussi ouvertement sur le hasard que le titre indé Sol Cesto. Dungeon crawler à l’esprit du craps des casinos de Vegas, il consiste à descendre étage par étage une caverne apparemment sans fin, chaque mouvement étant entièrement déterminé par la chance. Chaque run commence par le choix d’un héros aux atouts et faiblesses variés, d’un magicien chétif à un guerrier manchot très endurant, avant d’enchaîner des grilles de quatre cases sur quatre, remplies de monstres, pièges et trésors. À chaque tour, on sélectionne l’une des quatre rangées, et l’on atterrit sur une case — chacune affichant la probabilité en pourcentage de l’atteindre. On peut détruire les ennemis si nos stats le permettent, mais on n’a guère de contrôle au-delà de bonus temporaires et de paris éclairés. Atteignez assez de cases pour ouvrir la porte sans mourir, et c’est l’étage suivant. Ça paraît confus, mais c’est on ne peut plus simple : pointez, cliquez, et priez pour survivre. Puis recommencez quelques milliers de fois, car chaque instant est une décharge de dopamine.

Dosa Divas: One Last Meal

14 avril · Nintendo Switch, Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Outerloop Games

Dosa Divas: One Last Meal
© Outerloop Games

Dans le sillage de titres comme Metaphor: ReFantazio et Clair Obscur: Expedition 33, le RPG au tour par tour classique revient en force. Mais tout jeu de fantasy n’a pas besoin d’être grandiose ; parfois, un plat de petite taille a tout autant de saveur. Bouclé en moins de dix heures, Dosa Divas est une dose express de bonheur rôliste, qui case des personnages adorables et un récit touchant sans superflu. Développé par Outerloop Games — dont le Thirsty Suitors (2023) a aidé à donner un coup de pouce bienvenu à la représentation sud-asiatique dans le jeu vidéo (aux côtés de Venba et du Saros de cette année) —, Dosa Divas suit deux sœurs brouillées en mission pour réunir leur famille par leur amour de la cuisine. En chemin : drames familiaux intenses, lutte anti-corporatiste et méchas habités d’une dimension spirituelle, le tout fondu en une jolie mosaïque narrative. Les mécaniques sont simples — empruntant entièrement au gameplay de Super Mario RPG et à toutes sortes de mini-jeux de cuisine —, mais ce qu’il perd en profondeur systémique, Dosa Divas le rattrape en cœur.

Mouse: P.I. for Hire

16 avril · Nintendo Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · PlaySide Studios

Mouse: P.I. for Hire
© PlaySide Studios

Pour les amateurs du versant détective de Qui veut la peau de Roger Rabbit, le Mouse: P.I. for Hire de Fumi Games propose une histoire de privé hardboiled peuplée d’animaux anthropomorphes et nappée d’un vernis de film noir. Dans la mégalopole cartoonesque de Mouseburg, vers 1934, on contrôle le privé Jack Pepper, lancé sur une enquête au sujet d’une souris disparue qui débouche, évidemment, sur une conspiration plus vaste. Officiellement jeu de tir à la première personne dans la veine de Doom, l’action de Mouse: P.I. reste assez directe. On explore des zones linéaires en cherchant des indices qui font avancer l’histoire et débloquent de nouvelles missions, et on est régulièrement happé dans des affrontements où l’on dézingue des vagues de gros bras, chacun y allant de sa plus large imitation d’époque de la Prohibition. C’est un fun délicieusement bête, servi par une esthétique cel-shading dégoulinante d’humour loufoque jusqu’au moindre détail. Même après avoir soupiré devant le énième jeu de mots à base de souris, il reste du plaisir à faire fondre un ennemi à l’acide pour révéler un squelette animé s’effondrant de dépit.

Pragmata

17 avril · Nintendo Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Capcom

Pragmata
© Capcom

On a beaucoup glosé sur le déferlement de jeux de « papa triste » ces dernières générations de consoles, des hits AAA comme The Last of Us et God of War perpétuant le cliché de l’homme émotionnellement bloqué qui redécouvre son humanité par la paternité. Le Pragmata de Capcom propose une alternative, avec un père de substitution ravi de découvrir qu’une fillette robotique est bien plus capable qu’il n’y paraît, capable de pirater à peu près tout ce qui contient un circuit — ce qui nourrit le gros gimmick du jeu. Sur le fond, Pragmata est un TPS basique qui fonctionne comme un jeu d’action de l’ère PS3 — jusqu’à ce que les capacités de Diana entrent en jeu. Presque tous les ennemis sont insensibles aux balles et exigent un piratage en plein combat pour ouvrir leurs points faibles. Il faut penser latéralement, se déplacer en temps réel pour esquiver les robots et ajuster son tir, tout en résolvant simultanément des mini-énigmes à l’écran pour maximiser ses dégâts. En tant que puzzle-shooter, les systèmes qui se superposent s’imbriquent harmonieusement pour transformer ce qui serait une aventure d’action correcte en quelque chose de joyeusement novateur.

Vampire Crawlers

21 avril · Nintendo Switch, Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Poncle

Vampire Crawlers
© Poncle

Difficile d’imaginer comment un deckbuilder à base de cartes, spin-off de Vampire Survivors, pourrait fonctionner. Le shoot ’em up de 2022 est devenu omniprésent dans l’industrie, inspirant d’innombrables imitateurs cherchant tous à reproduire le design « bullet heaven » qui a fait de l’original l’un des plus marquants. Vampire Crawlers est un roguelike où des power-ups générés procéduralement accordent armes et capacités pour affronter des nuées d’ennemis dans un donjon. Mais plutôt que de tourner en rond en pulvérisant tout, Crawlers invite à une approche plus méthodique : on bâtit un deck de cartes d’action pour placer ses coups stratégiquement dans des affrontements au tour par tour de difficulté croissante. Et malgré ce format au tour par tour, le « turbo » du titre se mérite à mesure qu’une meilleure connaissance des cartes et de leurs combinaisons permet de traverser les combats à toute allure, presque machinalement. À un certain point, le jeu devient une évasion thérapeutique où les contrôles semblent automatiques malgré une prise de décision constante.

Titanium Court

23 avril · macOS et Windows · Fellow Traveller

Titanium Court
© Fellow Traveller

S’il existait un prix pour avoir fusionné le plus de genres en un seul ensemble cohérent, Titanium Court serait candidat. En surface, c’est un jeu de stratégie en point-and-click, doté d’une construction en perpétuel changement (donc roguelike) ! Et toute son histoire est racontée dans un format de visual novel abstrait et textuel, qui ressemble à un vieux titre MS-DOS. Comprendre Titanium Court est ardu au début, mais une fois que ses multiples pièces disparates s’emboîtent, on s’étonne du nombre de systèmes qu’un seul jeu parvient à tisser ensemble. L’histoire surréaliste, qui joue avec sa propre réalité, est captivante ; il y a un mystère à résoudre en son cœur, sous des pages de dialogues absurdes et de gags visuels. C’est déconcertant, mais le ton gonzo fait mouche : l’un des meilleurs rêves fiévreux vidéoludiques de l’année.

Diablo IV: Lord of Hatred

28 avril · PlayStation 4, PlayStation 5, Windows, Xbox One et Xbox Series X|S · Blizzard Entertainment

Diablo IV: Lord of Hatred
© Blizzard Entertainment

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un jeu autonome, Lord of Hatred est une extension substantielle qui refond Diablo IV et concrétise enfin tout le potentiel de l’action-RPG. Sorti à l’origine en 2023, le dungeon crawler de Blizzard avait, pour certains, des airs de retour aux sources — surtout pour ceux qui cherchaient un ton plus sombre que le troisième volet et un gameplay plus proche des racines hardcore de la série. Le jeu de base était inégal, mais épuré, tout en ajoutant davantage d’options de personnalisation pour peaufiner le build parfait. L’endgame repose désormais moins sur la répétition abrutissante et offre de vraies voies pour continuer à progresser sans s’ennuyer. La nouvelle campagne est sans conteste la meilleure qu’ait connue Diablo IV, et conclut joliment l’intrigue d’ensemble. S’ajoutent deux nouvelles classes, Paladin et Sorcier (Warlock), follement amusantes à jouer et à expérimenter. Avec Lord of Hatred, Diablo IV atteint un nouveau sommet et a, à juste titre, ramené dans son giron joueurs anciens comme nouveaux.

Saros

30 avril · PlayStation 5 · Sony Interactive Entertainment

Saros
© Sony Interactive Entertainment

Bientôt six ans et la PlayStation 5 n’a pas exactement croulé sous les exclusivités qui semblent vraiment « next-gen ». L’un des rares titres marquants est Returnal (2021), un bullet hell à la troisième personne qui ressemblait à un bond en avant. Les développeurs de Housemarque visent désormais à rendre leur opus d’action un peu plus accessible avec ce successeur spirituel, Saros. Comme Returnal, Saros se déroule sur la planète Carcosa. Arjun a ses secrets, Carcosa aussi, et les joueurs se fraient un chemin à travers plusieurs biomes, esquivant et se faufilant entre vagues de projectiles et d’ennemis, pour découvrir la vérité. Saros est éprouvant, exigeant réflexes rapides et détermination, mais se montre moins rebutant que son prédécesseur grâce à une série de modificateurs qui laissent choisir comment le jeu s’assouplit. Il n’atteint jamais tout à fait les mêmes sommets, mais être presque aussi bon que l’un des meilleurs shooters jamais conçus reste un sacré exploit.

Mixtape

7 mai · Nintendo Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Annapurna Interactive

Mixtape
© Annapurna Interactive

Chaque génération a sa version du récit d’apprentissage, mais il y a une universalité dans cette envie qu’a chacun de revivre les jours d’été sans fin avant que l’âge adulte ne gâche la fête. Mixtape réussit à transposer ce sentiment de nostalgie partagée — celui qui faisait mouche dans chaque film, de La Folle Journée de Ferris Bueller à Supergrave — en un voyage jouable dans la mémoire. Situé dans une ville de banlieue fictive de la Californie des années 1990, Mixtape chronique la jeunesse face aux figures d’autorité. L’héroïne brise constamment le quatrième mur pour se confier de sa plus belle voix à la Wayne Campbell. Côté mécaniques, c’est surtout une aventure point-and-click ponctuée de mini-jeux comme le skateboard ou le tir sur bouteilles de bière, mais le jeu carbure aux vibes. Mixtape arbore une peau nostalgique très spécifique, qui paraîtra vraie aux uns et simplement familière aux autres, mais elle est assez sincère pour vous faire du bien le temps de quelques heures fugaces.

Forza Horizon 6

19 mai · Windows et Xbox Series X|S · Xbox Game Studios

Forza Horizon 6
© Xbox Game Studios

La série Forza Horizon de Xbox a souvent des airs de gros poisson dans une petite mare. Les jeux de course arcade pullulaient autrefois, mais le genre roule aujourd’hui en passager, comblé surtout par les kart racers de mascottes et les éditions annuelles de F1. Forza Horizon brille pourtant comme un parangon de l’époque où chacun possédait au moins un très bon jeu de conduite à rejouer sans fin, et ce dernier opus ne déroge pas. Forza Horizon 6 déplace la course en monde ouvert de la série vers un Japon stylisé, apportant sa signature et plus de 550 voitures, toutes détaillées à l’excès pour le bonheur des passionnés de mécanique, dans un vaste bac à sable à sillonner. Une expérience de course stellaire, qui demeure sans rivale.

Zero Parades: For Dead Spies

21 mai · Windows · ZA/UM

Zero Parades: For Dead Spies
© ZA/UM

Si quasiment tout RPG récent inspiré du jeu sur table sera comparé au chouchou Disco Elysium, Zero Parades a la position peu enviable d’être un véritable successeur du jeu d’enquête isométrique du studio ZA/UM. Heureusement, malgré un développement houleux, Zero Parades s’extrait de l’ombre d’Elysium pour s’imposer comme une histoire follement envoûtante à part entière. Bien qu’il partage des systèmes avec son prédécesseur — et avec les nombreux jeux qu’il a inspirés (comme Esoteric Ebb) —, il déploie quantité d’idées neuves dans un thriller d’espionnage à la John le Carré. Situé dans un monde fictif où communisme, capitalisme et techno-fascisme s’affrontent encore, Zero Parades place directement le joueur dans la mêlée, en agent secret planqué dans une planque, en train de se préparer pour une mission. Les amateurs de péril paranoïaque se délecteront de cette intrigue anxiogène.

Yoshi and the Mysterious Book

21 mai · Nintendo Switch 2 · Nintendo

Yoshi and the Mysterious Book
© Nintendo

Hormis Yoshi’s Island, le platformer SNES de 1995, la plupart des jeux mettant en vedette l’ami dinosaure de Mario ne sont pas vraiment des défis. Ils servent souvent de jeux d’initiation pour enfants, avec d’ordinaire une jolie touche visuelle, comme des mondes en papier découpé ou en laine. À ce titre, Mysterious Book s’inscrit dans la lignée : Yoshi est aspiré dans un livre où tout a l’air croqué au crayon de couleur. Mais là où les précédents Yoshi trébuchaient en cherchant à infantiliser un platformer déjà simple, ce nouvel opus pivote en misant davantage sur l’exploration et la résolution d’énigmes environnementales. L’intrigue voit Yoshi rencontrer une encyclopédie vivante nommée M. E et sauter dans ses pages pour aider à identifier les créatures et leurs comportements, dans une relecture plus anthropologique de l’univers Nintendo. Avec des animations rendues dans un faux stop-motion, chaque action semble un folioscope prenant vie, et offre une nouvelle escapade visuellement — et, pour une fois, intellectuellement — plaisante dans la franchise.

LEGO Batman: Legacy of the Dark Knight

22 mai · PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Warner Bros. Games

LEGO Batman: Legacy of the Dark Knight
© Warner Bros. Games

Depuis la trilogie Arkham de Rocksteady, achevée en 2015, le Chevalier noir a surtout été relégué à des expériences VR et à un sort pathétique dans l’abyssal shooter para-Arkham Suicide Squad: Kill the Justice League. Aujourd’hui, le mea culpa de Warner Bros. Games aux fans prend la forme d’un jeu LEGO qui mêle des pans de l’histoire de Batman depuis 1939 en une grande célébration. Legacy of the Dark Knight est essentiellement une relecture tout public des innombrables aventures de Batman, tissant ensemble personnages et intrigues des films, des séries animées et des arcs comics classiques en un récit autonome. Avec une profondeur encyclopédique dans ses clins d’œil, il y en a pour les fans de tout âge ; le jeu fait preuve d’une habileté impressionnante pour faire fonctionner de concert des pans disparates du lore, en beauté « légofiée ». Ici, une bouse comme Batman & Robin (1997) peut coexister avec The Dark Knight, et tout s’emboîte. Surtout, il est en partie conçu par des développeurs issus de la série Arkham, et reprend le vaste monde ouvert et les combats fluides qui ont fait la grandeur de ces jeux.

007 First Light

27 mai · PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · IO Interactive

007 First Light
© IO Interactive

Cela faisait près de vingt ans qu’aucun jeu James Bond marquant n’était sorti sur consoles, et les films eux-mêmes se sont espacés, la fin de l’ère Daniel Craig ouvrant le plus long intervalle jamais vu avant un nouvel opus. Ce seul contexte devrait susciter l’enthousiasme pour 007 First Light d’IO Interactive, mais même les plus sceptiques seront ravis d’apprendre que ce n’est pas seulement un bon jeu Bond — c’est l’un des plus marquants de l’histoire de la série. Ce titre d’action à la troisième personne capitalise sur le penchant d’IOI pour l’infiltration et les énigmes sociales qui ont rendu ses Hitman si riches mécaniquement. Avec une valeur de production digne d’Hollywood, le nouveau 007 (incarné par Patrick Gibson) bénéficie de toute l’action spectaculaire de ses homologues du cinéma, tout en savourant la durée étendue qu’offre un jeu de 20 heures. First Light occupe un espace jusqu’ici négligé de l’univers Bond, offrant le travail de personnage des romans, le panache des films et l’immersion que seul le jeu vidéo procure. Cela pourrait bien être le meilleur avenir de la franchise.

Mina the Hollower

29 mai · Linux, macOS, Nintendo Switch, Switch 2, PlayStation 5, Windows et Xbox Series X|S · Yacht Club Games

Mina the Hollower
© Yacht Club Games

Dit comme ça, ça paraîtrait fou. Mais c’est à quel point Mina the Hollower est bon. Développé par Yacht Club Games — dont le premier jeu, Shovel Knight (2014), a redéfini le design rétro —, Mina est une aventure « à la Zelda » extrêmement ambitieuse qui, en surface, n’en a pas l’air. Situé dans un monde gothique peuplé d’animaux parlants, le récit suit Mina, inventrice renommée et souris anthropomorphe, qui se rend sur une île que ses créations passées ont aidé à industrialiser. Découvrant que quelqu’un a saboté ses générateurs, elle doit explorer plusieurs régions et donjons pour restaurer son œuvre et remettre les choses en ordre. Visuellement et en maniabilité, Mina évoque un jeu portable des années 1990 : sprites simples, vue isométrique étroite. Mais les limites imposées par son esthétique forcent la créativité à briller ailleurs — du worldbuilding subtil au level design complexe, et surtout au combat. Mina the Hollower est impitoyable dans sa difficulté, mais rarement injuste.

Par Christopher Cruz

Traduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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