Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Vendredi 26 juin 2026, l’escrimeuse et championne olympique de sabre, Manon Apithy. Elle publie « L’or de la vie », aux éditions Robert Laffont.
Manon Apithy est l’un des plus grands noms de l’escrime française, championne du monde par équipe, championne d’Europe, ancienne numéro un mondiale, triple médaillée olympique et surtout championne olympique aux Jeux de Paris 2024. Ce 29 juillet 2024, elle est effectivement entrée dans l’histoire en devenant la première Française sacrée championne olympique au sabre. Derrière l’or, il y a eu les blessures, les remises en question, les échecs, les choix parfois incompris et le courage d’avancer quand tout semblait très fragile. Elle raconte aujourd’hui ce parcours dans un livre très personnel, L’or de la vie : Dépasser mes peurs et mes limites, paru aux éditions Robert Laffont, le 13 mai 2026. Un livre dans lequel elle ne nous raconte pas seulement comment on gagne une médaille olympique, mais surtout ce qu’il faut transformer en soi pour rendre cette victoire possible.
franceinfo : Vous parlez beaucoup de santé mentale dans ce livre, c’est vraiment un fil rouge. Est-ce important, en tant que sportif de haut niveau, de communiquer là-dessus ?
Manon Apithy : Je trouve que oui, c’est vraiment très important. Avant, c’était un sujet tabou et je me suis rendu compte que le mental était vraiment ce qui me permettait de continuer à m’entraîner, à retourner en compétition, d’accepter qu’on avait des échecs, d’accepter qu’on peut être stressé. À partir du moment où on comprend qu’on n’est pas infaillible, on comprend qu’on peut avoir des moments où ça ne va pas et qu’on est prêt à se faire aider. C’est beaucoup plus facile de rebondir, c’est beaucoup plus facile d’avancer et beaucoup plus facile d’être tout simplement heureux.
Ce livre n’est pas un mode d’emploi pour devenir une championne olympique, qu’est-ce que vous souhaitiez transmettre en mettant d’abord en avant l’importance des fragilités ?
Je voulais vraiment dire que tout le monde est humain. Ce n’est pas parce que vous voyez un Teddy Riner, qui arrive sur un tatami, qui a l’air invincible, qu’il n’est pas tombé. Au contraire, c’est le premier à avoir dit qu’il travaillait avec une psychologue. Quand on a un monstre comme lui, qui dit à tout le monde qu’il travaille avec une psychologue depuis qu’il a 14 ans, ça montre à tous les Français qu’on est humain et qu’on a des failles. Alors oui, je suis talentueuse en escrime, oui, j’ai des capacités qui m’aident à rebondir parfois, mais il y a beaucoup de choses que j’ai dû travailler pour être championne olympique. J’avais envie de dire aux gens qu’on a des failles, qu’on a le droit de stresser, qu’on a le droit de douter, qu’on a le droit d’avoir ces côtés qui sont un peu moins bons que d’autres. Ce n’est pas pour autant qu’on ne doit pas aller travailler pour arriver à être le meilleur de soi-même, pour apprendre à se connaître. Faites vos choix pour vous, pour être heureux et allez au bout, parce que, même si on rate, on apprend tellement de choses que ça fait du bien.
Vous avez grandi à Rillieux-la-Pape, en banlieue lyonnaise, dans une famille que vous avez souvent décrite comme très sportive. Vous avez essayé plusieurs disciplines avant de découvrir l’escrime à 8 ans. Qu’est-ce qui vous a fasciné, parce que ce n’est quand même pas un sport courant ?
« J’étais très timide et le fait de pouvoir mettre un masque, d’être un peu déguisée avec cette tenue blanche, je me suis sentie un petit peu protégée. »
Manon Apithyà franceinfo
Je me suis dit qu’avec ça, je pouvais être un super-héros, je pouvais être qui je voulais. Je me suis rendu compte plus tard, d’ailleurs, qu’on me voyait très bien, mais derrière ce masque, je me suis dit qu’en fait, je pouvais être qui je voulais. Je me suis rendu compte que je pouvais être juste moi et ça faisait du bien.
Vous avez un côté très féministe doux et, en même temps, très testostéroné par moments. On sent qu’on ne baisse pas la garde, mais on ne baisse pas le regard non plus.
C’est ça. J’ai détesté, quand j’étais petite, qu’à la fin des compétitions, les filles aient une plus petite coupe que les garçons. Une fois, j’étais toute seule à une compétition régionale, donc je commençais la compétition avec les garçons et puis, quand venait le tableau principal, on me disait que c’était fini alors que j’étais première ou deuxième du classement et que je pouvais continuer avec les garçons. Et on me disait, non, ça ne se fait pas comme ça. J’étais juste triste parce qu’à cet âge-là, il n’y a pas vraiment de différences physiques, je voulais juste faire de l’escrime et ça me rendait folle. Donc, j’ai gardé ça, j’ai toujours adoré m’entraîner avec les garçons. Encore aujourd’hui, j’aime ça et pendant les trois ans où j’ai préparé les Jeux olympiques de Paris, j’étais avec un groupe mixte, je m’entraînais avec mon mari, je m’entraînais avec des garçons et ça me stimule beaucoup. Donc oui, j’aime ça.
Vous êtes devenue maman en 2025, cet ouvrage, c’est aussi expliquer qu’être maman n’est pas incompatible avec le fait de pratiquer du sport à haut niveau. Pourtant, c’est ce qu’on a refusé de voir pendant des années et c’est une idée reçue qu’on vous avait transmise.
Oui, quand j’étais plus jeune, parce que je voyais très peu d’athlètes et pas des escrimeuses, devenir maman.
« Le fait d’avoir vu des escrimeuses, devenir maman, revenir gagner, je me suis juste dit que je pouvais aussi le faire et j’avais envie de le faire. »
Manon Apithyà franceinfo
Vous avez passé votre vie à viser une cible. Là, vous avez atteint du doigt votre rêve, qu’est-ce qui vous fait encore avancer le matin ?
J’aime l’escrime, j’aime le frisson, j’ai envie d’être championne du monde. J’ai envie de montrer à mon enfant que sa maman peut continuer à être une vaillante. C’est ce qui me motive tous les jours.
Lorsque votre fils lira L’or de la vie, quelle est la phrase ou la leçon que vous aimeriez qu’il retienne avant tout ?
Va où tu veux aller, sois toi et fais ce que tu as envie de faire.
Source:
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