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“C’est le roman d’amour d’une mère pour son enfant”

Chez Olivia Ruiz, le départ n’a rien d’une carte postale. Il commence plutôt comme une secousse : quitter ce qui enferme, s’éloigner pour respirer, regarder autrement ceux que l’on aime. Dans ¡Vamos!, publié chez J.C. Lattès, Lola, 45 ans, mère usée par son couple, le manque d’amour et ses peurs, décide de rompre avec l’ordinaire. À ses côtés, son fils, presque 11 ans, entre dans cet âge fragile où l’enfance se défait sans prévenir.

Une présentation à découvrir dans notre nouvelle émission : 

Sébastien, libraire, parle du roman comme d’un livre porté par une poussée vitale. Ce qui demeure, dit-il, ce n’est pas d’abord une intrigue, mais une force. « J’aurais dit l’énergie », résume-t-il, avant d’associer le texte à une couleur : « Le rouge parce que c’est un roman plein de vitalité, plein d’élan. » Rouge des racines espagnoles, rouge du mouvement, rouge aussi d’un amour inquiet, obstiné, qui tient debout quand tout vacille.

Car le cœur du livre, selon lui, se trouve là : dans ce lien entre une mère et son fils, dans ce qu’elle veut lui laisser avant qu’il ne s’éloigne. Sébastien y voit « l’amour d’une mère pour son fils », mais aussi une transmission plus vaste : apprendre à aimer les autres, apprendre à vivre avec eux. « C’est l’école de la vie », dit-il. Une formule simple, presque modeste, mais qui éclaire le roman : on part, non pour accumuler des étapes, mais pour comprendre ce que l’existence exige de douceur, d’attention, parfois de courage.

Lola n’est pas une héroïne triomphante. Elle fuit, peut-être. Elle cherche, sûrement. Sébastien insiste sur ses fêlures : « On voit bien que Lola, elle a ses failles. » Son entreprise revendue, son couple abîmé, son épuisement ancien composent l’arrière-plan grave de cette échappée. Le voyage, alors, n’a rien d’une parenthèse confortable. Il devient une mise à nu. D’abord pensé comme un moment à deux, il se transforme peu à peu en épreuve de vérité.

Le fils, lui, n’est pas un simple accompagnateur. La relation se construit en route, dans la pudeur, les maladresses, les découvertes réciproques. « Il va découvrir, il ne faut pas oublier, lui aussi, il découvre sa mère », observe Sébastien. Voilà peut-être l’une des intuitions les plus justes du roman : les parents ne se révèlent pas seulement dans les gestes du quotidien, mais dans les ruptures, les détours, les moments où ils ne peuvent plus se cacher derrière leur rôle.

De Orlando au Maroc, de Cuba à l’Égypte, jusqu’à Madrid, le parcours est jalonné de rencontres. L’une d’elles, à Orlando, frappe particulièrement Sébastien : celle d’un homme âgé, vivant à la marge, « outlaw » sans être bandit, silhouette que l’on pourrait juger trop vite. Là, le roman bifurque. Derrière les parcs d’attractions et les manèges, autre chose surgit : une humanité plus rugueuse, plus lumineuse aussi. Ce ne sera « pas seulement un voyage de complaisance », dit Sébastien. Les rencontres « vont leur remettre les pieds sur terre » et, dans le même mouvement, les ressourcer.

Cette tension entre lumière et gravité traverse tout le livre. Sébastien décrit une écriture très sensorielle, faite de musiques, de cuisines, d’odeurs, de paysages. Chez Olivia Ruiz, note-t-il, chaque étape semble écrite « comme une chanson ». Mais cette musicalité n’édulcore pas les blessures. Elle les rend plus proches, presque palpables.

À qui conseiller ¡Vamos! ? Sébastien pense d’abord aux mères, « aux femmes, bien sûr, et encore plus aux mamans ». Puis il corrige aussitôt l’évidence : lui-même n’est pas mère, et cela ne l’a pas empêché d’être touché. Le roman, dit-il, « donne envie de voyager, mais pas seulement » ; il donne envie de se retrouver. Il ne s’agit donc ni d’un simple livre d’été, ni d’un pur roman « feel good. »

Dans l’œuvre d’Olivia Ruiz, Sébastien perçoit aussi un déplacement. Les premiers romans portaient fortement la mémoire de l’exil familial, « un exil subi et mal connu ». Avec ¡Vamos!, le mouvement change de nature : partir n’est plus seulement survivre, mais tenter de revivre. Le livre boucle quelque chose, revient aux racines sans s’y enfermer. « On peut partir aussi pour revivre et rentrer chez soi, rasséréné », dit Sébastien.

Reste cette question, calme et immense : que transmet-on vraiment à ceux qu’on aime ? ¡Vamos! ne répond pas par un discours, mais par une impulsion. « Vamos, allez, let’s go, on y va. » Aller, donc. Non pour disparaître, mais pour revenir autrement à soi, aux siens, au monde.

Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 4.0

Par Inès LefoulonContact : il@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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