C’est l’histoire d’un homme de vingt-cinq ans qui lit Marc Bloch, et qui se dit : ça commence. Son nom est Carlo. Il est le fils d’une écrivaine célèbre, Natalia, et son père, Leone, est un héros de l’antifascisme italien, assassiné en 1944. Comment se faire une place dans ce monde ? Carlo Ginzburg aime la littérature, la peinture, le cinéma, les idées politiques, mais par-dessus tout, la littérature. Et pourtant c’est un historien, Marc Bloch, qui le met sur la voie. Il a vingt-cinq ans et il se dit, étonné : alors ça commence comme ça. Carlo Ginzburg est mort le 17 juin 2026, et l’on célébra à juste titre l’accomplissement de l’œuvre profonde et profuse d’un des historiens les plus lus, les plus traduits, et les plus commentés au monde. Mais c’est bien des commencements que nous avons envie de vous parler aujourd’hui, de cette infatigable force des commencements auquel Carlo Ginzburg, sa vie durant, resta fidèle, intraitablement. « Carlo Ginzburg, a écrit Martin Rueff, peut dire avec Baudelaire que “les images furent sa grande, son unique, sa primitive passion” ».
ouvrir crédits photoPour aller les voir avec les yeux de Carlo Ginzburg, afin de comprendre ce que ça fait à une vie de rester fidèle à ses commencements là, Patrick Boucheron s’entretient avec :
Giulia Puma, sociétaire de l’émission, mais aussi maîtresse de conférences HDR en Histoire de l’art médiéval (Université Côte-d’Azur) depuis 2014, et directrice du département d’enseignement supérieur du Collège Sévigné (Paris) depuis 2021. Historienne des images, elle est spécialiste de la peinture religieuse italienne, notamment des Nativités : Les Nativités italiennes, 1250-1450. Une histoire d’adoration est paru aux Publications de l’École française de Rome en 2019. Dans son dernier livre paru en 2025 chez Peeters, Le retable en abyme, Italie 13e – 15e s. Pour une histoire visuelle, elle s’intéresse à la métapeinture, c’est-à-dire à la manière dont la peinture dans la peinture rend visible sa performance, en l’occurrence sa puissance de conversion.Etienne Anheim, historien médiéviste, directeur d’études à l’EHESS et ancien directeur de la revue des Annales. Il est spécialiste de la sociologie historique des productions culturelles à la fin du Moyen Âge, qu’il a commencé à étudier en compagnie du pape Clément VI au travail. De ce travail, il fait une histoire intellectuelle — il a publié en 2025 avec Paul Pasquali, Bourdieu et Panofsky et en 2026, toujours aux éditions de Minuit, Pétrarque, portrait de famille. En 2022, il a organisé avec Ann Ber-Schiavetta et Martin Rueff un colloque d’une semaine à Cerisy, L’historien sur le métier. Conversations avec Carlo Ginzburg.Martin Rueff, traducteur, éditeur et poète, professeur de littérature à l’université de Genève, rédacteur en chef de la revue Po&sie. Traducteur, il se consacre à la poésie italienne contemporaine mais aussi aux œuvres de pensée. Il a traduit des essais comme ceux de Giorgio Agamben, mais aussi de Carlo Ginzburg (Nulle île est une île, Verdier 2005), dont il fut par ailleurs l’ami.
Et comme chaque semaine, Mathieu Potte-Bonneville nous envoie une Carte Postale, dans laquelle il lit Carlo Ginzburg avec l’inspecteur Columbo, pour admirer chez l’un et l’autre l’art des questions posées sur le pas de la porte.

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Les références de l’émission
Bibliographie sélective des écrits de Carlo Ginzburg liés à l’art et aux images :
« Da Aby Warburg a E. H. Gombrich », dans Studi medievali, VII, no 2 (1966), p. 1013-1065Enquête sur Piero della Francesca, , trad. française de Monique Aymard, Paris, Flammarion, 1983.Mythes, emblèmes, traces ; morphologie et histoire, Paris, Flammarion, 1989 (1986) dont le chapitre « Traces. Racines d’un paradigme indiciaire », p. 139-180 ; nouvelle édition augmentée, revue par Martin Rueff, Verdier, 2010.Peur révérence terreur – Quatre essais d’iconographie politique, Dijon, Les Presses du réel, 2013.Traduit de l’anglais par Jeanne Bouniort, « Le peintre et le bouffon : le Portrait de Gonella de Jean Fouquet » in Revue de l’art, 1996/1 N° 111, p.25-39.

Source:
www.radiofrance.fr


