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Jean-Luc Mélenchon et LFI veulent "restructurer les régions autour des fleuves" : pour quoi faire et pourquoi ce n'est pas si simple

Dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle, La France insoumise propose de remplacer les régions de 2015 par des « écorégions » qui suivraient les contours des bassins hydrographiques. Ce projet, toujours en construction, interroge sur les contraintes que la forme des régions actuelles engendre pour la planification écologique.

Le 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon réunit plus de 20 000 personnes devant la basilique de Saint-Denis, lors de son meeting de lancement de campagne présidentielle. Outre les propos attendus sur la concentration des médias, sur le libre-échange ou sur le Smic, le fondateur de La France insoumise (LFI) lâche en quelques secondes une idée bien moins évoquée. « Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins versants, des fleuves. Elles formeront la première ligne d’alerte, de propositions et de mise en œuvre de la planification écologique », déclame le candidat, avant d’embrayer sur le point suivant. Qu’y a-t-il précisément derrière cette proposition ?

Le territoire de l’Hexagone est constitué de six bassins versants. Il s’agit de zones géographiques au sein desquelles l’écoulement des eaux converge vers un fleuve, puis vers un estuaire. Chacune peut être divisée en plusieurs sous-bassins, en suivant le tracé des affluents de leur artère principale. L’idée d’utiliser cette morphologie du territoire pour créer de nouvelles régions figurait déjà dans les propositions de LFI lors de la précédente campagne présidentielle.

Une représentation des bassins versants de la Métropole. (WIKIPÉDIA / ROLAND45)

« Les régions héritées de la réforme de 2015 sont appropriées si l’on veut peser sur la compétitivité ou sur l’attractivité des territoires. Mais nos objectifs sont très différents : ils sont ceux de la bifurcation écologique », présente Claire Lejeune, députée LFI de l’Essonne. Son collègue, Gabriel Amard, insiste : « Les écorégions de demain ne s’occuperont que d’écologie. Leurs moyens financiers et leur fiscalité propre seront uniquement consacrés à la concrétisation de la planification écologique ».

Les deux parlementaires ont été désignés par Jean-Luc Mélenchon pour conduire les réflexions sur la restructuration des régions. Dans le projet imaginé par le binôme, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur celles des 24 sous-bassins qui structurent la métropole. « Les fleuves, les rivières et les affluents déterminent des formes de paysage et des géologies spécifiques. Mais aussi différents types d’organisation de l’activité et de l’installation humaine, justifie Claire Lejeune. Ça donne donc une cohérence en termes de protection des rivières et des fleuves tout le long de leurs tracés. »

Une experte des espaces naturels, contactée par franceinfo, reconnaît que le tracé des régions de 2015 la gêne dans ses missions. « Les limites administratives ont été faites sur les limites des cours d’eau eux-mêmes. Mais mettre une frontière sur un fleuve coupe nécessairement son bassin versant en une ou plusieurs entités », explique cette directrice d’association. Les régions actuelles possèdent quelques compétences environnementales. L’État leur a notamment délégué la mise en place de la politique Natura 2000, un programme européen dont l’objectif est de préserver la biodiversité. « Mais d’une rive à l’autre, nous n’avons pas les mêmes réglementations, pas les mêmes aides. Nous nous sommes très souvent retrouvés à devoir tricoter avec des dispositifs qui diffèrent entre les régions », poursuit l’experte.

« D’une rive à l’autre, nous n’avons pas les mêmes réglementations, pas les mêmes aides. »

Une experte en espaces naturels

à franceinfo

Ce sentiment d’imbroglio, causé par le tracé des régions de 2015, est partagé par Cécile Llovel, hydrologue, et directrice de projets de Gestion des Milieux Aquatiques et de Prévention des Inondations (GEMAPI). « J’ai mené un projet de restauration de milieux aquatiques sur la Meuse. Nous avons commencé les études en 2012, et nous n’avons eu l’autorisation pour les travaux qu’en 2022, regrette-t-elle. Quand on est à cheval sur deux structures, on peut être freiné. Sur ce projet, on devait travailler avec plusieurs départements et plusieurs préfets coordonnateurs. Pour des initiatives qui sont à l’échelle de gros bassins versants, si on pouvait remonter au niveau de la région, ce serait peut-être plus aisé pour les faire avancer. »

L’experte en espaces naturels demeure pour sa part dubitative quant à la faisabilité du projet porté par LFI. « S’il fallait changer l’organisation des régions, ce serait extrêmement lourd, appréhende-t-elle. Je ne crois pas qu’on puisse tout balayer et redessiner du jour au lendemain. Par contre, la chose à faire, c’est de donner les moyens aux agences de l’eau pour qu’elles puissent faire leur boulot ! »

Ces structures sont chargées de financer les projets liés à cette ressource dans leur bassin versant de référence. Elles permettent notamment des restaurations de cours d’eau, ou des travaux d’imperméabilisation des sols. Leur budget annuel est constitué d’argent issu de redevances collectées après des consommateurs, ou prélevées sur les activités susceptibles de polluer les milieux aquatiques. « Sur l’ensemble des six agences, ça représente environ 2,4 milliards d’euros par an », expose Nicolas Mourlon, directeur général de l’agence Rhône Méditerranée Corse. Cette somme, fixée chaque année par la loi de finance, constitue « le plafond mordant » du budget alloué aux agences de l’eau. « Une fois qu’il est dépassé, le montant qui excède est reversé au budget général et n’est pas directement utilisé par les agences », poursuit le fonctionnaire.

« Ces reports finissent éventuellement par aboutir à des renoncements de projets. »

Nicolas Mourlon, directeur général de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

à franceinfo

Dans le cadre de leur projet d’écorégions, les parlementaires insoumis promettent de « renforcer les missions » des agences de l’eau et de supprimer leur plafond mordant. L’idée satisfait l’hydrologue Cécile Llovel. « Je sais qu’il y a des projets qui sont décalés à cause des quotas de financement annuel des agences de l’eau. Le fait de les retarder freine les actions qui peuvent aller dans le bon sens vis-à-vis du réchauffement climatique », soutient-elle.

Chaque année, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse de Nicolas Mourlon atteint son plafond de 600 millions d’euros. « J’ai engagé toutes les aides qui étaient disponibles, pose le directeur général. Ce qui veut dire qu’il y a un certain nombre de projets dont j’ai dû reporter la décision à l’année suivante ». Selon Nicolas Mourlon, ce sont plus de 100 millions d’euros de projets qui ont dû être reportés en 2025, après que l’agence n’ait pas pu les faire passer en 2024. « Après, ces reports finissent éventuellement par aboutir à des renoncements de projets », constate le fonctionnaire.

Sans plafond mordant, ce dernier reconnaît que des recettes supplémentaires pourraient permettre de financer d’autres ambitions. Mais sans modification du moyen de financement des agences, il faudrait pour cela « que le conseil d’administration et les comités de bassins acceptent de voter des taux de redevance plus importants ».

Pour Claire Lejeune et Gabriel Amard, les députés chargés de coordonner les réflexions autour du projet des écorégions, restructurer les collectivités actuelles permettrait également d’accentuer leur vigilance en matière de pollution. « La protection de l’eau est beaucoup plus facile si vous embrassez, dans une même unité territoriale, les acteurs de l’amont et les conséquences de l’aval », soutient Claire Lejeune. En d’autres termes, des usines, des industries ou des exploitations agricoles peuvent déverser dans les cours d’eau des éléments nocifs pour l’environnement. Pour la députée, une écorégion ayant la main sur l’ensemble d’un bassin permettrait « une cohérence » dans la prévention et la gestion de ces pollutions. Les parlementaires invitent à considérer « l’importance de dépolluer » ces cours d’eaux, en aval, et « d’empêcher les pollutions additionnelles », en amont.

Mais d’après Cécile Llovel, l’hydrologue et directrice de projets GEMAPI, seule la moitié de cet objectif peut être pleinement atteignable sur le court terme. « Une fois que la pollution est arrivée dans les rivières, c’est trop tard. On ne peut pas traiter l’eau. On peut la remettre en état en réduisant les pollutions à la source, mais cela prend plusieurs années pour se faire », explique-t-elle.

D’après le dernier budget primitif publié, les dépenses totales réelles des régions françaises dépassaient les 41 milliards d’euros, en 2025. Combien d’argent public serait alloué à de nouvelles collectivités dont les compétences seraient uniquement axées sur « la bifurcation écologique » ? En juin 2026, beaucoup points, dont celui-là, n’ont toujours pas été tranchés. Le député Gabriel Amard qualifie d’ailleurs ce projet d’écorégions de « pâte à modeler ».

Claire Lejeune et lui assurent qu’un travail d’audition de différents experts sera mené « tout au long du mois de juillet ». Ces rencontres serviront à décider des mesures qui seront intégrées dans le programme de campagne de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027. D’après la députée insoumise, des avancés supplémentaires pourraient être présentés vers la fin du mois d’août, avant la publication du nouveau programme vers le mois d’octobre.

Si leur candidat était défait lors de sa course pour l’Élysée, les parlementaires de LFI n’excluent pas de soumettre le projet à l’Assemblée, sous forme d’une proposition de loi.


Source:

www.franceinfo.fr

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