Depuis le début de la Coupe du monde, les réseaux sociaux débordent de vidéos de supportrices « au visage parfait » filmées dans les tribunes. La plupart n’existent pas, elles sont fabriquées par intelligence artificielle, dans un but souvent très lucratif.
Publié le 28/06/2026 10:52
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Visage lisse, décolleté plongeant, regard caméra… Depuis le début du Mondial de football, on voit sur les réseaux sociaux des vidéos de supportrices sublimes qui encouragent leur équipe en tribune et cumulent des millions de vues. Sauf qu’elles n’existent pas : elles sont générées ou trafiquées par intelligence artificielle, et leur prolifération a été documentée par plusieurs cellules de fact-checking européennes, dont l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO – page web en anglais) et sa branche belge EDMO BeLux.
Derrière ces images, on retrouve tout un modèle économique. Ces faux comptes monétisent les vues via les programmes de rémunération des plateformes, et beaucoup renvoient vers des espaces payants comme OnlyFans (qui propose des contenus sexuels) ou Fanvue (une plateforme largement centrée sur des femmes générées par IA). C’est ce qu’a établi une enquête du média espagnol Maldita, reprise par le fact-checkeur italien facta. D’autres comptes vont plus loin et vendent directement des tutoriels et des « packs de prompts » : des mots-clés adaptés aux IA pour fabriquer soi-même ce type de contenu en quelques clics.
Le phénomène n’est pas né avec le Mondial. Tout commence le 4 mai 2026, une courte vidéo est postée entre autres sur X sous le titre « une Coréenne ordinaire » : une jeune femme dans les tribunes d’un match de baseball de la KBO, la ligue sud-coréenne (voir photo ci-dessus).
La séquence est vue une quinzaine de millions de fois. Son héroïne est surnommée la « déesse du baseball coréen », avant que The Korea Times ne révèle qu’elle a été générée par IA : le tableau d’affichage du stade comportait des incohérences.

Très vite, des applications d’IA grand public publient des tutoriels pour reproduire l’effet « caméra qui vous repère dans la foule », et la mode se répand. Le même type de prompt est réutilisé et fonctionne pour n’importe quel sport. À l’ouverture de la Coupe du monde, le 11 juin, la tendance bascule donc tout naturellement du baseball au football.
Plusieurs fact-checkeurs ont documenté plusieurs séquences précises. Au moment du match entre le Brésil et le Maroc le 14 juin dernier, le site facta a repéré une vidéo montrant un supporter brésilien fixant la poitrine de sa voisine.

Sauf que cette scène n’a jamais eu lieu. Là encore le chronomètre du match est figé pendant toute la vidéo, le maillot affiche « Brailee » au lieu de « Brazil » et les lunettes d’un spectateur à l’arrière-plan sont déformées.
Pareil pendant le match entre l’Allemagne et le Curaçao, le 14 juin dernier, une photo de trois supportrices allemandes blondes a circulé avec des commentaires graveleux.

En vérifiant la retransmission à la minute exacte indiquée, le site « facta » a constaté que les tribunes montraient en réalité deux femmes et un homme en train de célébrer un but. L’IA n’a pas seulement inventé des femmes, elle a effacé de vraies personnes pour les remplacer.
Si ces images paraissent crédibles, c’est aussi parce qu’elles s’appuient sur quelque chose de bien réel. Depuis des décennies, les réalisateurs braquent les caméras sur les « jolies spectatrices » quand le jeu s’endort ou pendant une pause. On appelle ça : le « honey shot ». En 2018 déjà, l’agence Getty avait publié une galerie intitulée « The Sexiest Fans » (les supportrices les plus sexy) du Mondial, avant de la retirer sous les critiques. L’agence avait notamment reconnu ne pas avoir demandé leur accord aux femmes photographiées.
Ce qui change radicalement avec l’IA, c’est qu’il n’y a plus de femme du tout, donc plus personne à qui demander son consentement, des images plus vraies que nature, et une production en masse.
Le problème va au-delà des tribunes. Ces visages sont presque toujours les mêmes avec de grands yeux, un nez fin et la peau claire. Un standard de beauté qui a des effets concrets. Les fact-checkeurs d’EDMO et de « facta » alertent sur l’impact chez les plus jeunes : des adolescentes, en première ligne face à ces contenus, se comparent à des femmes qui n’existent même pas. Des chirurgiens esthétiques rapportent de leur côté voir arriver des patients munis de photos d’eux-mêmes retouchées par IA, réclamant des transformations parfois physiquement impossibles.
Source:
www.franceinfo.fr


