En Chine, la riposte contre les usages abusifs de l’intelligence artificielle vient cette fois des auteurs de fiction en ligne. Le Global Times rapporte qu’une lettre publique, signée notamment par des écrivains populaires de webnovels, a réuni plus de 1200 soutiens contre le plagiat et le « content spinning » assisté par IA.
Les signataires dénoncent une évolution rapide des pratiques de copie. Selon la lettre, le plagiat ne se limite plus au copier-coller ni à la réécriture manuelle : des outils automatisés permettent désormais de reprendre des intrigues, de modifier les formulations, de recomposer des personnages ou de produire en masse des textes ressemblant à des œuvres existantes.
Une industrie sous pression
La fiction en ligne chinoise n’est pas un secteur marginal. Elle nourrit des adaptations en séries, films, bandes dessinées numériques, jeux vidéo et produits dérivés. La question de l’originalité des textes engage donc bien plus que la relation entre un auteur et ses lecteurs : elle conditionne la valeur des licences, la sécurité des contrats et la circulation des droits.
Le Global Times cite l’exemple d’autrices confrontées à des textes générés à partir de leurs propres créations. L’une d’elles explique qu’une œuvre peut être transformée suffisamment pour échapper aux systèmes classiques de détection, tout en conservant ses personnages, ses ressorts narratifs ou son architecture dramatique.
Les plateformes commencent à répondre. Fanqie Novel, citée par le quotidien chinois, a signalé en février 2026 des comptes capables de publier des centaines de textes par jour grâce à l’IA. La plateforme a indiqué avoir sanctionné 855 comptes, puis retiré des dizaines de milliers de titres de faible qualité ou non conformes, tout en refusant plus de 110.000 signatures supplémentaires.
Détecter, qualifier, sanctionner
L’enjeu devient désormais juridique et technique. Comment distinguer une inspiration licite d’un pillage déguisé ? À partir de quel niveau de ressemblance une intrigue, un univers ou une relation entre personnages bascule-t-il dans l’appropriation ? Les auteurs réclament des procédures plus transparentes, des canaux de signalement efficaces et des sanctions proportionnées aux gains tirés de ces copies.
La Chine a déjà imposé, en septembre 2025, des règles d’étiquetage pour les contenus générés par IA, visibles ou invisibles, rappelle le Global Times en citant l’agence Xinhua. Mais les écrivains estiment que cette première étape ne règle pas le cœur du problème : la protection des œuvres sources.
Crédits photo : himuraseta CC 0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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