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"La canicule est une souffrance de classe, une violence de classe", estime le sénateur Ian Brossat

Invité politique de « La Matinale » samedi 27 juin, Ian Brossat, sénateur communiste de Paris, est revenu sur l’actuel épisode de canicule qui touche la France et sur les mesures à prendre pour s’en protéger sur le long terme.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

La canicule a contraint d’annuler plusieurs événements, dont Solidays, à la dernière minute, quelques heures avant le début. On ne pouvait pas anticiper un peu mieux ? 

C’est une décision qui relève du préfet, donc qui relève de l’État. C’est évidemment une tristesse. C’est le cas pour l’annulation des Solidays, c’est le cas aussi pour la Marche des fiertés. Moi, j’avais l’habitude de participer à la marche des fiertés en continu depuis une vingtaine d’années. Je crois que je n’en avais pas raté une seule. A fortiori, dans une année où l’homophobie, les LGBT-phobies, sont particulièrement préoccupantes, c’était important de pouvoir marcher. On a des conditions météorologiques, une canicule, une saturation des hôpitaux, des enjeux de santé publique qui, de fait, ne rendaient pas cette organisation possible. Évidemment, c’est une tristesse.

On le savait déjà il y a deux ou trois jours. Est-ce que c’est à l’image de la façon dont cette crise a été gérée pour vous cette semaine ?

Oui, sans doute. Et il y a une forme d’impréparation du gouvernement, de l’État vis-à-vis de cette canicule. Je regrette que des associations formidables, celles qui sont regroupées dans l’inter-LGBT, comme Solidays, qui finance la lutte contre le VIH, payent le prix de l’impréparation gouvernementale. Ça oui, bien sûr, je le regrette.

Une autre mesure a été décidée par la préfecture de police de Paris : interdire la consommation d’alcool dans les rues. Malgré toutes ces précautions, on déplore un mort, une noyade dans le canal Saint-Martin dans la nuit de vendredi à samedi. Est-ce que vous en savez plus sur ce qui s’est produit ? Est-ce qu’il faut revoir cette baignade dans le canal Saint-Martin, alors que les noyades ont provoqué 56 morts depuis le début de la canicule ?

Ls morts de noyades dont vous parlez, c’est à l’échelle de la France et pas uniquement sur le canal Saint-Martin, sur lequel effectivement il y a eu un noyé retrouvé vendredi. On sait deux choses : on sait d’abord qu’il se baignait hors des heures de baignade autorisées, et on sait par ailleurs qu’il se baignait dans un espace qui n’était pas l’espace qui est prévu pour cela, puisqu’il y a un espace spécifiquement dédié à la baignade. J’ai évidemment une pensée pour lui et pour ses proches. J’invite simplement chacune et chacun, lorsqu’on va se baigner au canal, à respecter les règles qui sont prévues. Mais je voudrais rappeler juste une chose, c’est que lorsque le maire de Paris a autorisé la baignade au canal Saint-Martin, en réalité, avant, les gens s’y baignaient déjà. Simplement, on a organisé, avec de la surveillance, notamment des maîtres-nageurs, un phénomène auquel les Parisiens s’étaient déjà accoutumés, tout simplement parce qu’au vu des températures, c’est pour beaucoup de gens, notamment des gens qui vivent dans de petits appartements, le seul moyen de survivre en période de canicule. Je note d’ailleurs que beaucoup, beaucoup de Parisiens vont au canal Saint-Martin, j’y étais encore hier, et que pour la grande majorité d’entre eux, les choses se passent bien. Simplement, il faut effectivement respecter les règles, et il ne faut pas, par exemple, sauter des ponts. Les pompiers nous ont alertés sur le fait qu’il y a de plus en plus de blessés. Donc, baignez-vous, mais respectez les règles, et tout le monde s’en portera mieux.

On commence à voir le début de la fin de cette canicule historique qui nous a tous frappés en France. Demain soir, le répit pour tout le monde. En attendant, encore un week-end à risque dans les hôpitaux. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a alerté hier sur une mortalité en hausse. Quelle est la situation dans les hôpitaux ce samedi ? 

Vous le savez, les chiffres dans ces cas-là, c’est-à-dire la surmortalité liée spécifiquement à la canicule, on les aura dans les semaines et les mois à venir. Il est difficile aujourd’hui de chiffrer les choses. Cela dit, ce qu’on sait, c’est effectivement que les services hospitaliers sont saturés. Là aussi, je suis désolé de le dire, mais nous payons aussi le prix d’un sous-investissement dans l’hôpital public. Quand on ferme des lits année après année, quand on ferme des services hospitaliers année après année, lorsque des crises comme celles-ci surviennent, inévitablement, on rencontre des difficultés. Mais je voulais insister sur un point que vous avez dit. Vous dites tout le monde souffre de la canicule, c’est tout à fait vrai, mais tout le monde ne souffre pas de la même manière de la canicule. Et si je devais le résumer, je dirais que la canicule est une souffrance de classe, une violence de classe. C’est-à-dire que ce sont les classes populaires qui en payent le prix le plus fort. Ce sont elles qui vivent dans les appartements les plus mal isolés, ce sont elles qui bien souvent travaillent en extérieur et donc souffrent le plus de la chaleur. Il faut en tirer un certain nombre de leçons. Moi, je pense qu’on ne doit pas faire comme si rien ne s’était passé. Je pense qu’il faut légiférer sur un partage de la fraîcheur, c’est-à-dire qu’il faut donner aux pouvoirs publics, au préfet, au maire, la possibilité de réquisitionner un certain nombre de lieux de fraîcheur. Je vais vous donner un exemple concret. Vendredi, je suis passé au BHV, qui est le grand magasin qui est en face de l’Hôtel de Ville. Il est climatisé, il est quasiment vide. Vous avez des étages entiers qui sont vides. Et dans le même temps, vous avez des gens qui crèvent de chaud dans leur appartement toute la journée, notamment des personnes âgées et des personnes vulnérables. On devrait avoir la possibilité de réquisitionner ce type de site pour permettre à des gens de souffler et d’arrêter de souffrir de la chaleur. Qu’on avance sur cette voie-là, qu’on partage la fraîcheur, qu’on permette que les lieux de fraîcheur soient mieux partagés et qu’on n’ait pas des gens qui continuent à crever dans leur appartement.

C’est quand même un problème très vaste. Beaucoup d’immeubles, même récents et pour les classes aisées, sont aujourd’hui sans volets, sans possibilité de limiter la surchauffe. On a aussi le problème des appartements sous les toits dans Paris. Qu’est-ce qu’on fait, demain, pour que tout le monde puisse vivre avec ces températures-là, alors que ces épisodes de canicule sont amenés à se renouveler de plus en plus intenses et de plus en plus fréquemment ?

Pour donner un exemple très concret, l’exemple des volets. On aurait besoin de volets partout. Par exemple, ce que nous souhaitons faire dans le parc social, on a aujourd’hui un Parisien sur trois qui vit en logement social, et là ce sont des logements qui dépendent directement de la Ville, c’est que d’ici la fin de la mandature, on a une mandature qui débute en ce moment depuis les dernières élections municipales, tous les logements sociaux soient dotés de volets. Il n’est pas normal qu’on continue à voir des logements qui ne disposent pas de volets. Or, de fait, ça a été prouvé, les volets, ça permet de baisser la température. Voilà un exemple très concret. Ça suppose aussi, au-delà de Paris, que le gouvernement soutienne la rénovation énergétique des bâtiments. Quand le gouvernement décide de diviser par trois le fonds vert, c’est-à-dire les crédits qui permettent aux collectivités de faire ces travaux-là, il ne contribue pas à ce travail pourtant indispensable.

Sauf qu’à partir d’une certaine température extérieure, on aura beau isoler autant qu’on veut, la température va monter dans les bâtiments, ça devient invivable. Beaucoup de gens l’ont vécu cette semaine, des températures juste insupportables à l’intérieur de leur logement. Il faut climatiser très largement le logement privé individuel.

En ce qui concernent les bâtiments publics, et il me semble que ça devrait être la priorité des investissements publics. Oui, il y a besoin de climatiser, il y a besoin de climatiser les hôpitaux, les crèches, les écoles, les EHPAD. Pour ce qui concerne les logements dans un certain nombre de cas, sans doute, notamment dans les résidences pour personnes âgées. Pour le reste, la priorité, ça doit être de mieux isoler et de veiller à ce qu’on ait moins de gens qui effectivement souffrent de la chaleur.

Êtes-vous pour un vaste plan de climatisation ?

e pense qu’il faut d’abord le cibler sur les équipements publics, sur les services publics, c’est là la priorité. Je le redis, il faut aussi mieux partager un certain nombre d’espaces privés sous-utilisés. J’ai parlé d’un grand magasin comme le BHV qui est aujourd’hui vide, mais on pourrait aussi parler d’un certain nombre de centres de congrès qui sont sous-utilisés et dans lesquels on pourrait permettre aux gens de se retrouver pendant la journée pour éviter de souffrir de la chaleur.

Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.


Source:

www.franceinfo.fr

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