Les psychédéliques fascinent depuis longtemps par leur pouvoir de bouleverser la perception et, parfois, la vie entière de ceux qui les expérimentent. En 1954, dans Les Portes de la perception, Aldous Huxley décrivait d’ailleurs ces substances comme une expérience dont on ne revient jamais tout à fait le même.
Au-delà des simples hallucinations visuelles, certains psychédéliques semblent provoquer chez les usagers un sentiment de transcendance, de connexion à une conscience plus vaste, voire de rencontre avec le divin. Mais ces effets ne relèvent pas seulement de l’intime: dans certains cas, à travers l’histoire de l’humanité, ils ont marqué des pratiques collectives, des croyances religieuses et même des épisodes historiques.
En Chine, explique un article de Popular Mechanics, un champignon consommé localement pendant la saison des pluies peut provoquer de puissantes hallucinations. Dans la province du Yunnan, le Lanmaoa asiatica est vendu sur les marchés et cuisiné comme aliment, mais lorsqu’il est mal préparé, il peut entraîner des visions de «petits êtres» ou de lutins, ainsi que des épisodes de délire et de vertige.
Ces intoxications, qui durent parfois plusieurs jours, sont généralement accidentelles et ne semblent pas laisser de séquelles durables. Elles illustrent toutefois la frontière parfois mince entre aliment, poison et expérience psychédélique involontaire.
La recherche de transcendance
Dans l’Égypte ancienne, les substances psychoactives pouvaient au contraire être recherchées volontairement. Des recherches récentes suggèrent qu’une étrange potion contenant de l’alcool, des fluides corporels –sans doute du sang– et des composés issus de plantes hallucinogènes était utilisée dans un cadre rituel pour favoriser la guérison, la fertilité et le contact avec une divinité protectrice, Bes.
Les participantes à ces cérémonies étaient probablement des femmes ordinaires cherchant de l’aide, notamment face à une grossesse difficile ou à un désir d’enfant. En buvant cette préparation dans des récipients à l’effigie de Bes avant de s’endormir, elles espéraient recevoir des messages divins dans leurs rêves.
Plus radical encore, le 5-MeO-DMT ou 5-méthoxy-diméthyltryptamine. Surnommée la «molécule de Dieu», elle est réputée provoquer des expériences d’une intensité extrême. Issu du venin d’un crapaud du désert de Sonora à cheval entre les États-Unis et le Mexique, il peut donner l’impression de disparaître complètement avant de renaître, avec des sensations d’unité cosmique, de conscience et de fusion avec quelque chose de plus vaste que soi. Un trip total donc, qui n’est pas sans rappeler l’usage fait de l’ayahuasca par certains peuples sud-américains il y a de cela plusieurs millénaires.
Certains épisodes historiques ont d’ailleurs été relus à travers le prisme des substances hallucinogènes. Les procès de sorcellerie de Salem, au XVIIᵉ siècle, pourraient avoir été amplifiés par l’ergot, un champignon toxique qui contamine parfois le seigle. Ingéré dans le pain, il peut provoquer visions, convulsions, douleurs violentes et gangrène, offrant une explication possible à certains comportements jugés alors surnaturels.
Source:
www.slate.fr


