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Coupe du monde 2026: le format élargi pourrait accentuer les violences domestiques envers les femmes

Depuis le coup d’envoi donné le 11 juin, le monde vit au rythme de l’effervescence autour de la Coupe du monde masculine de football, organisée jusqu’au dimanche 19 juillet dans trois pays hôtes: au Canada, au Mexique et –principalement– aux États-Unis. L’engouement collectif autour de cet événement, organisé une fois tous les quatre ans, est colossal.

L’édition 2026 suscite aussi régulièrement des polémiques: le degré de démocratie des pays hôtes, le coût économique et environnemental, les problèmes liés à la chaleur ou à l’altitude à laquelle se tiendront certains matchs, la marchandisation des fan-zones… Un autre sujet, toutefois, est assez rarement abordé: les violences faites aux femmes. Le taux de violences envers les femmes pourrait-il augmenter lors de cette Coupe du monde? Indépendamment de ce risque, quelles sont les mesures qui ont été prises pour protéger les femmes durant le Mondial 2026?

Un phénomène international

Plusieurs études montrent que, dans de nombreux pays, les grandes compétitions de football sont associées à une augmentation du nombre de violences conjugales, appelées également «violences domestiques». L’une de ces études, menée dans plus de 700 villes et comtés aux États-Unis en 2011, révèle que les appels signalant des violences domestiques sont plus nombreux pendant la saison de la National Football League (NFL, le championnat de football américain), avec des pics en cas de défaite de l’équipe soutenue. D’après cette même étude, la violence domestique, principalement envers les femmes et au sein des foyers, augmente de 10% les jours où se déroulent les matchs de la NFL.

Une autre étude, publiée dans la revue Journal of Research in Crime and Delinquency en 2014, rapporte que, dans le nord-ouest de l’Angleterre (lieu de collecte des données), chaque soir de match de la sélection anglaise durant les Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010, le taux de violences conjugales augmentait de 38% en cas de défaite et de 26% en cas de victoire ou après un match nul… et encore de 11% le lendemain. Les auteurs indiquent aussi que le taux des violences domestiques était beaucoup plus élevé lorsque les Three Lions jouaient le week-end. Un article du National Centre for Domestic Violence (Royaume-Uni) fait également état d’une hausse de 25% des violences conjugales les jours de match de l’équipe d’Angleterre lors de la Coupe du monde 2018.

Le constat est le même à l’échelle internationale. Selon une publication conjointe de l’Unesco et de l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes), parue en 2023: «Partout dans le monde, le nombre de signalements de violences conjugales à la police augmente avec une prévisibilité déprimante lors de grands événements sportifs, tels que la Coupe du monde. Dans certaines communautés, cette hausse dépasse même un tiers.»

Quelques facteurs aggravants

Soulignons d’abord que ni le football ni le Mondial en soi ne sont responsables des violences faites aux femmes. L’alcool non plus. En revanche, le lien entre le football, l’alcool et la violence est très fort chez certains supporters. Durant la Coupe du monde 2018, par exemple, le taux de violences conjugales commises par les supporters «alcoolisés» en Angleterre augmentait de 47% les jours où l’équipe nationale remportait ses matchs.

Donna Jones, commissaire de police dans le Hampshire (comté du sud de l’Angleterre), rappelle d’ailleurs que «sous l’effet de l’alcool et de l’intensification des émotions, ces tournois peuvent créer un climat propice à la commission d’actes de violence conjugale».

À côté de l’alcool, deux autres facteurs pourraient conduire à une augmentation du taux de violences envers les femmes lors de la Coupe du monde 2026. D’abord, le nouveau format XXL du tournoi. Pour la première fois de l’histoire, quarante-huit nations sont en lice (contre trente-deux depuis 1998) pour un total de 104 matchs (contre soixante-quatre lors des sept éditions précédentes) qui s’étalent sur cinq semaines et demie et non plus sur un mois. Plus de matchs égale plus de diffusions télévisées, ce qui représente plus de risques de violences envers les femmes.

Ensuite, le coût exorbitant des billets pour assister aux matchs, sans compter les dépenses pour le voyage et le logement que doivent régler les supporters étrangers, limite la capacité de milliers de fans fidèles à se déplacer pour soutenir leur équipe. Par conséquent, l’exclusion de la ferveur du Mondial pourrait engendrer une certaine frustration chez certains supporters, laquelle pourrait se traduire par une augmentation des violences envers les femmes lors de cette 23ᵉ édition de la Coupe du monde de football.

Les mesures prises

En amont du Mondial 2026, les trois pays hôtes ont coordonné leurs campagnes de sensibilisation, sous le slogan général «La violence à l’égard des femmes n’est pas un jeu». En outre, leurs entités nationales respectives chargées de la lutte contre les violences faites aux femmes (le Réseau national des refuges du Mexique, l’organisation Refuges pour femmes du Canada et le Réseau national pour mettre fin à la violence domestique des États-Unis) ont pris des mesures visant à protéger et à accompagner les femmes tout au long de la compétition, notamment avec des lignes téléphoniques disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 en cas de besoin.

Au Royaume-Uni, comme durant les deux précédentes Coupes du monde (2018 et 2022), les autorités et les associations ont lancé des campagnes de sensibilisation choc, dont celle du Hampshire Domestic Abuse Partnership avec le slogan «When is kick-off at your place?», que nous pouvons traduire par «C’est quand, le coup d’envoi chez vous?» (le terme «kick-off» a une autre signification pour les femmes victimes de violences conjugales durant les compétitions sportives: il représente les coups qu’elles subissent, généralement à la fin des matchs).

Campagne de sensibilisation du «Partenariat du Hampshire contre la violence domestique». | Conseil du comté de Hampshire (sud de l'Angleterre)
Campagne de sensibilisation du «Partenariat du Hampshire contre la violence domestique». | Conseil du comté de Hampshire (sud de l’Angleterre)

En parallèle, l’association britannique Women’s Aid a lancé une autre campagne de sensibilisation, tout aussi poignante, avec le slogan «11:37 pm, Kick Off», diffusée sur différents supports (panneaux numériques, camionnettes mobiles, affiches) et dans différents lieux (centres-villes, gares, près des fan-zones, etc.).

L’heure indiquée dans la campagne n’est pas anodine. Cette heure (23h37), calculée à partir des données relatives aux matchs et aux habitudes des supporters, représente l’heure moyenne à laquelle les supporters rentrent chez eux après le coup de sifflet final en Angleterre. Cette campagne vise ainsi à sensibiliser la société à la réalité des femmes victimes de violences domestiques lors des grands tournois de football dans le pays, d’autant que, durant cette édition 2026, les matchs diffusés en direct le sont relativement tard en heure locale anglaise.

En France, la branche française de l’association Her Game Too a déployé un dispositif «de sensibilisation et de signalement des violences sexistes et sexuelles» dans les bars diffusant les matchs de la Coupe du monde. Après tout, les femmes sont, elles aussi, des fans de football. Certes, longtemps considérées comme peu authentiques ou ignorantes des règles du football, ou perçues sous le prisme des rôles familiaux (la sœur, la petite amie, l’épouse du «vrai supporter» masculin), les supportrices de football ont aujourd’hui toute leur place dans l’univers footballistique et leur nombre ne cesse d’augmenter dans le monde.

Il est donc essentiel de protéger les supportrices et ce, quel que soit leur nombre, dans les bars ou dans tout autre lieu qui retransmet ou diffuse des matchs en direct. Dans cette optique, une fan-zone sans alcool, portée par la marque Lego, a été installée dans le parc de la Villette à Paris pour permettre aux familles de suivre quelques diffusions de matchs sans crainte de violences sous l’emprise de l’alcool.

Il est important de continuer à informer et à sensibiliser le public aux violences faites aux femmes, y compris celles commises lors de grands événements sportifs comme la Coupe du monde de football, ainsi que de rappeler quelques numéros nationaux de référence pour l’écoute et l’assistance des femmes victimes de violences, durant et après le Mondial 2026 (pour la France, il s’agit du 3919, ndlr).

The Conversation

Allane Madanamoothoo est docteure en droit de l’université de Toulouse et professeure associée de droit à l’EDC Paris Business School.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Source:

www.slate.fr

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