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17 milliards de dollars de paiements directs dans le jeu mobile : l’ère des app stores toucherait-elle à sa fin ?

Alors qu’Apple et Google prélèvent jusqu’à 30 % de commission sur chaque achat intégré, les éditeurs de jeux mobiles cherchent massivement à reprendre la main sur leur relation client et leurs marges.

GamesIndustry rapporte que le marché mondial du paiement direct (DTC) dans le jeu mobile représente aujourd’hui environ 17 milliards de dollars, d’après un rapport publié conjointement par AppCharge et la Game Developers Conference (GDC). Une étape qui marque une inflexion durable dans la relation entre les éditeurs, les plateformes de distribution et les joueurs.

15 % des achats intégrés passent désormais hors app stores

Le paiement direct désigne tout achat réalisé en dehors des stores d’Apple et Google, via les boutiques web propriétaires des éditeurs ou d’autres canaux tiers. La firme d’analyse Newzoo estimant le marché global des achats intégrés mobiles à 113 milliards de dollars en 2025, AppCharge et GDC en déduisent qu’environ 15 % de ces transactions transitent désormais par des circuits directs. Une proportion encore minoritaire, mais en progression rapide, portée par des avantages économiques difficiles à ignorer : en contournant la commission des plateformes, les studios récupèrent une marge nettement supérieure sur chaque vente.

Une adoption encore inégale, mais une intention forte

L’état des lieux dressé par le rapport révèle une industrie en ordre de marche, mais à des stades d’avancement très disparates. Parmi les studios interrogés, 42 % étudient actuellement la mise en place d’un canal de paiement direct, 16 % sont en phase de test et 12 % ont déjà engagé une montée en charge. Du côté des revenus, 45 % des sondés tirent moins de 10 % de leurs recettes de ces canaux directs, mais 11 % y réalisent déjà plus de 90 % de leur chiffre d’affaires. La maturité du sujet reste également relative : 73 % des sondés déclarent avoir au moins une compréhension partielle du marché, ce qui signifie qu’une fraction non négligeable de l’industrie reste encore à convaincre.

Monopoly Go et une croissance américaine de 26 %

Les signaux de croissance sont pourtant nets. Selon la firme data.ai (ex-App Annie), les dépenses en paiement direct sur le seul marché américain devraient progresser de 26 % en glissement annuel. À titre d’illustration, le jeu Monopoly Go réalise désormais 30 % de ses recettes via des canaux directs, une proportion bien inférieure à ce chiffre en milieu d’année 2025, témoignant d’une montée en puissance rapide.

Les perspectives des studios interrogés sont plus nuancées : 25 % anticipent une stabilité de leurs revenus directs, 8 % un recul, 11 % une hausse inférieure à 5 % et 18 % tablent sur une croissance d’environ 18 %. Ces écarts reflètent la diversité des modèles et des degrés de maturité dans l’implémentation.

Revenus, relation client, contrôle : le triptyque des motivations

Les raisons qui poussent les éditeurs vers le paiement direct sont convergentes. L’augmentation des revenus arrive en tête pour 63 % des répondants, suivie par la construction d’une relation directe avec les joueurs (53 %) et l’amélioration des opportunités de monétisation (45 %). Au-delà de la marge immédiate, c’est donc la maîtrise de la donnée client et la capacité à fidéliser de manière autonome qui constituent les moteurs structurels de cette transition.

Les obstacles restent réels. La notoriété du canal direct auprès des joueurs constitue le principal frein pour 50 % des personnes interrogées, devant l’acquisition d’utilisateurs (41 %) et les défis opérationnels liés à la montée en charge (36 %). Créer une boutique web ne suffit pas : il faut recruter sur des profils inexistants il y a deux ans et repenser les processus internes en profondeur.

« Dans quelques années, le paiement direct ne sera plus une alternative »

Maor Sason, cofondateur et CEO d’AppCharge, résume la mutation en cours : « Les studios ne se contentent pas de créer des boutiques web. Ils recrutent pour des postes qui n’existaient pas il y a deux ans et repensent leur modèle opérationnel de fond en comble. Les éditeurs qui ont sauté le pas en premier prennent de l’avance non seulement sur les revenus, mais aussi sur la connaissance client, la rétention et le contrôle de leur activité. »

Il se dit convaincu que « dans quelques années, le paiement direct ne sera plus perçu comme une alternative. Les grands studios réaliseront plus de la moitié de leurs revenus totaux en vendant directement à leurs joueurs. » Une prédiction qui, si elle se confirme, redessinera durablement les rapports de force entre les éditeurs et les duopoles Apple et Google.


Source:

www.zdnet.fr

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