Pourquoi existe-t-il plus de 7 000 langues parlées sur Terre ? Ont-elles une origine commune ? Pourquoi se sont-elles différenciées et comment évoluent-elles au fil du temps ? Selon la biologiste et professeure en anthropologie génétique au MNHN, Evelyne Heyer, cette diversité est une richesse : les langues sont des marqueurs culturels dont l’évolution accompagne l’histoire des populations. À travers l’étude des diminutifs et des racines indo-européennes, retour sur les mécanismes qui transforment les dialectes en langues distinctes, tout en exprimant des manières d’appréhender le monde. Découvrez comment les langues naissent, évoluent, disparaissent et façonnent notre manière d’appréhender le monde.
Une langue traduit une manière de penser
Une langue n’est pas seulement un ensemble de sons, de mots et de règles grammaticales ; c’est aussi une manière d’appréhender la vie.
Par exemple, le linguiste au Musée de l’Homme Marc Allassonnière, étudie certaines langues dans lesquelles les diminutifs sont masculins. Figurez-vous qu’en français, les diminutifs sont au contraire le plus souvent féminins : un « petit » balai devient une balayette, un petit camion est une camionnette, etc. Dans d’autres langues, c’est l’inverse : le diminutif est masculin, comme dans la langue pnar, parlée dans l’est de l’Inde, ou le amer en Ethiopie.
Cette différence traduit une autre vision de la place du masculin et du féminin. La langue donne donc des renseignements précieux sur la société qui la parle.

Une origine commune, des langues qui se transforment
Partons d’une même origine : la famille des langues indo-européennes, pour comprendre comment plusieurs langues se sont constituées.
Le français appartient à la sous-famille des langues romanes ou latines, qui fait elle-même partie de cette grande famille des langues dites indo-européennes (on y trouve également les langues celtiques ou germaniques). Cette famille de langues est parlée du Portugal jusqu’au nord de l’Inde et s’étend jusqu’en Islande. Ces regroupements par proximité marquent le signe d’une origine commune, plus ou moins ancienne.
Toutes les langues se modifient au cours du temps. Le français actuel est donc très différent de celui parlé au Moyen Âge : la prononciation, la grammaire et le vocabulaire évoluent.
Ainsi, à partir d’une langue commune, des dialectes intercompréhensibles, et donc relativement proches, se différencient progressivement avec le temps pour devenir moins compréhensibles entre eux et finissent par former de nouvelles langues. Ainsi, le français et le portugais ne sont plus mutuellement intelligibles, même si le latin est leur origine commune.

Se différencier et emprunter : deux moteurs de l’évolution
Il y a une autre raison à cette différenciation progressive : les humains aiment aussi se différencier pour marquer leur appartenance à un groupe. Lorsqu’une nouveauté linguistique apparaît, elle peut être adoptée pour renforcer la spécificité d’une communauté.
Et en parallèle, comme un groupe humain n’est jamais totalement isolé, de nombreux emprunts s’incorporent. Les échanges entre populations favorisent donc les emprunts. L’anglais compte 30 % à 45 % de mots d’origine française, tandis que le français a intégré 3 % à 5 % de mots d’origine anglaise. Ces emprunts participent eux aussi à faire évoluer les langues. Toutefois, une langue peut aussi disparaître lorsque ses locuteurs deviennent trop peu nombreux pour assurer leur transmission.
Alors, la prochaine fois que vous direz « balayette » ou « camionnette », souvenez-vous : vous ne faites pas que parler, vous héritez d’une histoire, vous transmettez et transformez sans le savoir une langue en perpétuelle évolution.
Pourquoi s’inquiéter du franglais ? | France Culture
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Source:
www.radiofrance.fr


