Une étude récente publiée dans la revue Nature et relayée par Fast Company suggère que les opinions politiques pourraient avoir un impact direct sur la santé. Aux États-Unis, les personnes se déclarant conservatrices présentent aujourd’hui des taux de mortalité significativement plus élevés que celles se disant libérales, révélant un écart sanitaire inattendu et en pleine expansion.
Au cours de la dernière décennie, une fracture en matière de santé s’est progressivement installée. Si les chercheurs ont longtemps étudié l’influence de facteurs comme les revenus ou le niveau d’éducation, l’idéologie politique était jusqu’ici restée largement ignorée comme variable explicative.
L’étude repose sur l’analyse de données individuelles issues d’un suivi de long terme portant sur un large échantillon représentatif de la population américaine, couvrant l’ensemble des cinquante États. Elle met en évidence une évolution marquée à partir des années 2010.
Selon la chercheuse Elizabeth Elder, l’année 2010 marque encore une période sans différence notable entre les groupes politiques. Mais dès 2020, l’écart devient clairement visible: les individus conservateurs présentent globalement un état de santé moins favorable que leurs homologues libéraux.
Un glissement très récent
Les premiers signes apparaissent dès 2016 dans certains indicateurs biologiques. En 2020, ils se traduisent concrètement dans les causes de décès, notamment les maladies cardiovasculaires, les cancers ou les accidents vasculaires cérébraux. Entre 2020 et 2022, seulement 0,2% des personnes se déclarant «très libérales» sont décédées de causes internes, contre 1,34% chez les «très conservatrices».
Les auteurs de l’étude estiment que cet écart ne peut pas être expliqué uniquement par la pandémie de Covid-19, ni par des différences démographiques, géographiques ou d’âge. Ils pointent plutôt un facteur-clé lié de près ou de loin à tous les autres: une divergence croissante dans la confiance accordée aux médecins et au système de santé.
Cette défiance s’est fortement accentuée pendant la pandémie, notamment autour des débats sur les masques et la vaccination –sujet déjà fort épineux depuis des années outre-Atlantique. Elle s’est depuis étendue à d’autres aspects du soin, comme la prise de médicaments ou le recours à une consultation médicale. Or, cette méfiance peut avoir des conséquences particulièrement graves pour les personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques.
Enfin, la politisation croissante des questions de santé semble renforcer ce phénomène. Des mouvements comme «Make America Healthy Again» ont contribué à diffuser un discours critique envers la médecine conventionnelle, alimentant un scepticisme déjà bien installé. Bien que l’étude ne démontre pas de lien de causalité direct, elle souligne une évolution nette: là où politique et santé n’étaient pas corrélées en 2010, elles le sont désormais clairement.
Source:
www.slate.fr


