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Nos biais ordinaires : Les limites de l’apprentissage social ou quand l’information des autres pèse peu

On pourrait croire qu’il suffit d’écouter les autres pour éviter de répéter leurs erreurs. Mais apprend-on vraiment des autres ? Des travaux récents montrent que nous accordons systématiquement moins de poids à l’information d’autrui qu’à la nôtre. Cela freine l’apprentissage social, et c’est dommage car, dans la vie économique, nous ne pouvons pas tout apprendre par nous-mêmes.

Dans nos sociétés très complexes, l’apprentissage de ce que savent les autres est crucial. Parfois, ces autres sont des experts sur des sujets que nous connaissons mal ; parfois, ils ont simplement déjà vécu une expérience ou essayé un produit ou une technologie. Par exemple, un agriculteur qui hésite à adopter une nouvelle semence ou engrais peut apprendre en observant les résultats obtenus par les exploitants voisins qui l’ont déjà testé. Sur le marché du travail, on apprend souvent par son entourage quelles entreprises recrutent ou quelles conditions de travail sont réellement offertes.

Comment fait-on pour apprendre ?

Le Pourquoi du comment : philo

Croire aux autres pour le bien économique

Hélas, nous apprenons assez mal des autres, comme le montre une expérience très récente menée en Inde par un groupe d’économistes. Dans cette expérience, des individus sont placés face à une urne contenant 20 boules, rouges et blanches, et doivent deviner combien elle contient de boules rouges.

Deux éléments du design expérimental sont importants. Premièrement, les sujets peuvent tirer des boules dans l’urne pour obtenir de l’information sur son contenu. Deuxièmement, ils reçoivent une récompense financière d’autant plus élevée que leur estimation se rapproche du vrai nombre de boules rouges.

Dans ce contexte, les chercheurs comparent deux conditions. Dans une première, le sujet tire une première boule, donne une estimation, tire une seconde boule puis donne une seconde estimation. Dans une deuxième condition, les sujets sont groupés par paires : le sujet tire une première boule, donne une estimation, puis son partenaire tire une seconde boule ; ce tirage est observé par le premier sujet, qui donne ensuite sa seconde estimation. Et bien, un tirage effectué par un partenaire a beaucoup moins d’impact qu’un tirage effectué par le sujet lui-même : la seconde estimation est 40 % moins sensible à l’information générée par l’autre qu’à l’information générée par soi-même.

Ce résultat est particulièrement surprenant car le sujet voit de ses propres yeux le tirage effectué par son partenaire. Lorsque ce n’est pas le cas, les partenaires doivent communiquer et se faire confiance, et cela limite encore davantage l’apprentissage. Au final, cette expérience montre que le fait de découvrir soi-même une information lui donne une sorte de poids psychologique supplémentaire.

Au niveau microéconomique, ce biais peut nous conduire à répéter les mêmes erreurs que les autres consommateurs, entrepreneurs ou travailleurs. Au niveau macroéconomique, il peut pousser les acteurs des banques centrales ou des gouvernements à privilégier leur expérience personnelle au détriment d’informations agrégées pourtant plus riches et solides.


Source:

www.radiofrance.fr

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