« Debeing en argot ivoirien signifie de France. »
Abou Camara, 37 ans, plus communément connu sous son nom de scène, Abou Debeing : « qui dans l’argot ivoirien signifie de France. »
Abou est né et a grandi à Paris, vers trois ans il est placé à l’aide sociale à l’enfance : « à cause des difficultés que mes parents avaient au niveau de leur entente, de la tension, de la violence et surtout de ma garde. »
« On était les familles les plus pauvres d’un quartier de riches. »
À son arrivée en primaire, ses parents alors séparés récupèrent la garde d’Abou, qui grandit entre le 9ᵉ et le 11ᵉ arrondissement de Paris : « C’était deux contrastes différents et je l’ai vite réalisé. » La mère d’Abou vivait à Belleville dans une situation précaire : « Dans les années 90, les familles issues de l’immigration sont installées dans des chambres de bonne, ou dans des squats. »
C’est en côtoyant les enfants du 9ᵉ arrondissement qu’Abou prend conscience de la différence de niveau de vie : « Je regarde les autres enfants, comment ils sont apprêtés dès la primaire. Et il y a une différence entre ceux qui ont et ceux qui ont très peu. On était les familles les plus pauvres d’un quartier de riches. »
« Je n’ai jamais arrêté de rapper, j’ai tout de suite accroché. »
Au collège, Abou tisse des liens forts avec ses amis et il fait la rencontre des membres du groupe Sexion d’Assaut : « Ils nous ont forcés à rapper, tous les mardis et tous les samedis devant le collège, on arrivait avec un nouveau texte. »
Vers treize ans, Abou écrit ses premiers textes : « J’avais vite compris qu’il y avait des injustices sociales, qu’il y avait différentes classes sociales. »
« Je savais que la case prison allait arriver dans ma vie. »
Vers douze ans, Abou commence la petite délinquance : « Le deal, le vol, les escroqueries ont été la manière la plus rapide d’obtenir ce que je voulais. Vu qu’on n’avait pas, il fallait qu’on obtienne. » Avec ses amis, ils sont en désaccord avec toute forme d’autorité : « On avait des courses-poursuites, des insultes, des bagarres, outrage et rébellion. «
Il sait que la prison allait arriver dans sa vie : « Il y a plein de gens qui allaient en prison, donc pour moi, c’était une suite logique. » Les perspectives d’avenir sont limitées : « Les seules personnes qui réussissaient, qui nous ressemblaient, c’étaient des gens qui étaient dans le sport ou la musique. Sexion d’Assaut sont les seules personnes que j’ai connues qui ont réussi. »
« Il y avait une façon de s’en sortir légalement et de comprendre les choses spirituellement. »
Abou doit beaucoup aux membres de Sexion d’Assaut qui ont aidé les jeunes à s’en sortir : « Ils m’ont pris en main en m’apprenant à rapper, en me donnant les codes, en m’inculquant les valeurs du hip-hop, en inculquant les valeurs d’une tournée. »
En 2013, après deux années d’incarcération, Abou sort grâce à un contrat signé avec son ancien label Wati, chapeauté par Sexion d’Assaut : « C’est dur de passer après eux, je vais essayer de créer mon histoire à moi, ce sera ça mon combat. »
« En deux ans, je suis passé de détenu à coauteur artiste connu. »
Au bout d’un an, Abou coécrit les textes de rappeurs comme Maitre Gims et Black M : « J’ai eu la chance de coécrire avec eux des titres qui, dans le début de leur carrière respective, ont fait partie de leurs plus gros succès. » Abou gagne sa vie grâce à la musique : « Dans mon compte en banque, j’ai plus de 200 000 euros. Tout change et ça me motive pour la suite. »
Abou est reconnaissant de ce que lui ont apporté les membres de Sexion d’Assaut et transmet à son tour : « J’essaie de retransmettre et de partager, en tant que producteur, j’essaie d’être le grand frère, de leur donner tout ce que je peux tellement je crois en eux. »

Merci à Abou Debeing
Reportage : Leila DijtliRéalisation : Emmanuel Geoffroy
Source:
www.radiofrance.fr





