Alors que l’on parle beaucoup de Patrick Bruel depuis sa mise en examen et les déclarations rapportées par Paris Match, selon lesquelles il estime que « celles qui ont déposé des plaintes ont menti » et que « tout le monde cherche à le détruire ».
Dans ce contexte, le chanteur et comédien voit aussi ressurgir certaines confidences plus anciennes. Parmi elles, un regret tenace lié à sa carrière au cinéma.Invité du Républicain Lorrain en janvier 2012, l’artiste évoquait les rôles qui l’avaient fait rêver et ceux qu’il n’avait jamais obtenus. Au détour de la conversation, Patrick Bruel révélait ainsi avoir longtemps nourri une amertume autour d’un personnage prestigieux finalement confié à Daniel Auteuil dans un monument du cinéma français : La Reine Margot.
« Tout était prêt » : le rôle d’Henri de Navarre qui lui échappe
Lorsque Patrick Bruel parle de cinéma, il le fait sans détour. L’artiste explique volontiers qu’il admire certains acteurs sans éprouver de jalousie. Il cite notamment Jean Dujardin dans OSS 117, dont il apprécie le mélange de charme, d’humour et de charisme.
« Je suis admiratif de l’acteur qui a joué le rôle. Je ne suis pas envieux », assure-t-il. Mais il reconnaît aussi que certains projets lui ont laissé un goût amer. Et parmi eux figure un film devenu culte.
Patrick Bruel révèle ainsi qu’il devait initialement incarner Henri de Navarre dans La Reine Margot, fresque historique réalisée par Patrice Chéreau et sortie en 1994.
« Je devais être Henri, je devais jouer Henri de Navarre dans La Reine Margot. Ça, ça m’a fait de la peine. Ça aurait été bien, et ça aurait été bien avec moi », confie-t-il. Plus de dix ans après les faits, la blessure semble encore vive. Le chanteur est convaincu qu’il correspondait parfaitement au personnage.
« J’avais la barbe, j’avais tout. Tout était prêt », raconte-t-il avant de lâcher une phrase : « On m’a… on s’est mal conduit. »
Daniel Auteuil, le favori d’un producteur tout-puissant
Au final, c’est Daniel Auteuil qui décroche le rôle du futur Henri IV face à Isabelle Adjani, héroïne du film. À l’époque, le choix n’a pourtant rien d’évident. Daniel Auteuil est de neuf ans l’aîné de Patrick Bruel. Ce dernier estime même qu’il était plus proche de l’âge réel du personnage. « L’acteur qui a joué Navarre avait plus l’âge. Il avait l’âge d’Henri IV », lance-t-il avec franchise.
Mais Daniel Auteuil bénéficie alors d’un statut exceptionnel dans le cinéma français. Quelques années plus tôt, il a remporté le César du meilleur acteur pour Jean de Florette et Manon des Sources, deux immenses succès produits et réalisés par Claude Berri.
Or c’est précisément Claude Berri qui produit La Reine Margot. À cette période, Daniel Auteuil est l’un des acteurs les plus recherchés du pays. Sa réputation dépasse largement le cadre des comédies qui l’ont révélé dans les années 1980.
Face à lui, Patrick Bruel reste avant tout identifié comme une immense star de la chanson. Certes, il a déjà tourné dans plusieurs films et vient notamment d’enchaîner Toutes peines confondues puis Profil bas. Mais sa filmographie demeure moins prestigieuse que celle de son concurrent.
Le contexte personnel joue aussi en faveur d’Auteuil. Lors du tournage de La Reine Margot, il forme avec Emmanuelle Béart l’un des couples les plus médiatisés du cinéma français. Mariés en 1993, les deux acteurs incarnent alors une forme de royauté artistique à la française.
Une occasion manquée devenue un immense succès du cinéma français
Avec le recul, Patrick Bruel sait sans doute ce qu’il a perdu. Car La Reine Margot ne sera pas un film comme les autres. Adapté du roman d’Alexandre Dumas, le long-métrage raconte les intrigues politiques et familiales qui entourent le massacre de la Saint-Barthélemy. Autour d’Isabelle Adjani et de Daniel Auteuil, la distribution réunit également Jean-Hugues Anglade, Vincent Perez, Virna Lisi, Dominique Blanc, Pascal Greggory et Jean-Claude Brialy.
Cette ambitieuse coproduction européenne dispose d’un budget colossal pour l’époque, estimé à près de 140 millions de francs. Le tournage s’étale sur plus de six mois entre la France et le Portugal.
Le film rencontre un large succès public avec plus de deux millions de spectateurs. Il brille aussi dans les festivals. Au Festival de Cannes 1994, il remporte le Prix du Jury, tandis que Virna Lisi reçoit le prix d’interprétation féminine.
Quelques mois plus tard, La Reine Margot récolte cinq César, dont celui de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani. Le long-métrage est même nommé à l’Oscar des meilleurs costumes.
Pour Patrick Bruel, ce rendez-vous manqué demeure donc associé à l’un des plus grands triomphes du cinéma français des années 1990. Une réussite qui nourrit sans doute encore aujourd’hui ses regrets.
D’autant que l’artiste ne s’est jamais caché de son attachement au septième art. Derrière la formule « on s’est mal conduit », il y avait surtout la déception d’un acteur persuadé qu’il tenait là le rôle capable de changer le cours de sa carrière.
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