Après les retraits de livres, un autre front gagne les bibliothèques américaines : les traces de lecture. Le 12 juin, Book Riot consacre une chronique à la confidentialité des emprunts des mineurs, en reliant ce sujet aux débats sur la censure et aux textes invoquant les droits parentaux. L’angle éditorial du site demeure marqué, mais les faits cités renvoient à des documents professionnels et législatifs vérifiables.
Une sécurité et une garantie… peu assurées
L’American Library Association place la confidentialité au cœur de sa Library Bill of Rights. Son article VII affirme que tous les usagers, quel que soit leur âge, disposent d’un droit à la vie privée dans leur usage de la bibliothèque. L’interprétation consacrée aux mineurs, amendée en mai 2025, ajoute que les jeunes usagers ont eux aussi droit à l’information et à l’accès aux services, sans restriction fondée seulement sur l’âge.
La position de l’ALA distingue clairement le rôle des familles et celui des bibliothèques. Les parents orientent les lectures de leurs propres enfants ; les bibliothèques, selon l’association, ne se substituent pas à eux et ne tranchent pas l’adéquation d’un titre aux valeurs d’un foyer particulier. Dans cette logique professionnelle, la confidentialité des emprunts constitue un prolongement de la liberté de lire.
Le New Hampshire fournit le cas le plus avancé. Le texte HB 273, signé par la gouverneure Kelly Ayotte le 1er août 2025 et entré en vigueur le 1er janvier 2026, crée une exception à la confidentialité des dossiers de bibliothèque.
Il donne à un parent ou tuteur légal accès aux documents imprimés et audiovisuels actuellement empruntés par un mineur, lorsque la demande remplit les conditions prévues par le compte ou l’adresse associée. Le New Hampshire Bulletin avait déjà relevé, au moment du débat parlementaire, le basculement opéré par ce texte dans un État où les dossiers d’emprunt restaient protégés.
Une autre étape dans l’Iowa
Le projet HF 2136, introduit en janvier 2026, modifie la section 22.7 du Code de l’Iowa consacrée aux documents confidentiels. Le texte maintient le principe de protection des dossiers identifiant un usager de bibliothèque, mais ajoute une exception.
En effet, les dossiers d’un lecteur mineur seraient transmis au parent ou tuteur qui en fait la demande. Le même texte encadre aussi la remise de dossiers à une agence pénale ou de justice juvénile dans le cadre d’une enquête, sous condition de décision judiciaire.
Citons également HF 2324, autre texte de l’Iowa, issu de HSB 636, consacré aux partenariats entre écoles et bibliothèques publiques. Selon le texte présenté en février, les districts scolaires, écoles à charte et établissements assimilés n’auraient plus le droit de conclure certains accords donnant aux élèves accès aux ressources des bibliothèques publiques au moyen d’une carte ou d’un identifiant scolaire. Le projet vise aussi l’accueil de bibliothèques mobiles sur les propriétés scolaires.
Pour les professionnels du livre et des bibliothèques, l’enjeu dépasse l’administration des cartes d’usager. Un dossier d’emprunt révèle des intérêts, des recherches intimes, des questions de santé, de religion, de sexualité, d’identité ou de situation familiale. Les textes cités par Book Riot déplacent ainsi la bataille américaine autour de la lecture : la surveillance des catalogues et des rayons rejoint désormais celle des données de consultation et d’emprunt.
Pour mémoire, c’est aussi en trahissant ce secret que les inspecteurs dans le film Seven découvre l’identité du meurtrier tant recherché…
Crédits photo : Vilkasss CC 0
Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com
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