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«Un putain de fou»: Benyamin Netanyahou a joué à fond la carte de l'alliance avec Donald Trump, il s'en mord les doigts

En 2019, Benyamin Netanyahou avait fait placarder d’immenses affiches le montrant serrant la main d’un Donald Trump souriant. Accompagnées du slogan «Another League» (Une autre ligue), ces images mettaient en avant la relation privilégiée entre les deux hommes comme un argument central pour sa réélection. Le message était clair: lui seul était capable d’influencer l’imprévisible occupant de la Maison-Blanche.

Quelques années plus tard, cette stratégie s’est retournée contre lui. Ce qui était présenté comme un atout politique est désormais perçu comme le signe d’une influence en déclin. En juin, Donald Trump a publiquement critiqué Benyamin Netanyahou, dans son style bien caractéristique, le qualifiant de «putain de fou» qui n’aurait «aucun putain de jugement». Au-delà des déclarations, les tensions se sont traduites par des décisions concrètes, notamment lorsque Washington aurait contraint Israël à renoncer à certaines frappes contre l’Iran et à limiter sa riposte face au Hezbollah, résume The Atlantic.

Les désaccords entre les deux dirigeants ne sont pas nouveaux. Donald Trump s’était déjà emporté contre Benyamin Netanyahou après que ce dernier avait félicité Joe Biden pour sa victoire en 2020. Mais la crise actuelle est d’une tout autre ampleur, car elle intervient à un moment politiquement critique pour le Premier ministre israélien, à l’approche d’élections législatives prévues à l’automne.

Depuis des années, Benyamin Netanyahou fonde son image politique sur deux promesses: sa capacité à résister aux pressions internationales en matière de sécurité et sa relation privilégiée avec Washington, en particulier avec Donald Trump. Aujourd’hui, ces deux piliers entrent en contradiction. Le Premier ministre israélien doit choisir entre s’opposer aux décisions américaines pour préserver son image de dirigeant inflexible, ou céder pour maintenir l’apparence d’une alliance solide.

Or, l’opinion publique israélienne semble déjà se détourner de lui. Lors des dernières élections législatives, sa coalition n’a obtenu qu’une minorité relative des voix et sa majorité parlementaire reposait sur des particularités du système électoral. Depuis plusieurs années, une large part des électeurs exprime son souhait de le voir quitter le pouvoir et beaucoup ne souhaitent plus qu’il se représente.

Des intérêts convergents, aucune loyauté

Les conflits prolongés avec l’Iran et le Hezbollah ont encore fragilisé la position de Benyamin Netanyahou. Au départ, une majorité d’Israéliens croyait à la possibilité de résultats décisifs, comme l’affaiblissement du programme militaire iranien ou même un changement de régime. Mais ces attentes, largement encouragées par le gouvernement, se sont révélées irréalistes. Aujourd’hui, le scepticisme domine quant à l’issue de ces engagements militaires.

Benyamin Netanyahou espérait pourtant capitaliser sur sa relation avec Donald Trump en organisant une visite spectaculaire en Israël avant les élections, dans une mise en scène proche d’un meeting de campagne. Ce projet semble désormais hors de portée. Après l’annonce d’un accord intérimaire avec l’Iran, son parti aurait même renoncé à une campagne centrée sur ses liens avec le président américain.

Cette évolution illustre une réalité plus large: la relation entre les deux hommes a toujours été fondée sur des intérêts convergents, mais non sur une loyauté durable. Si Donald Trump a longtemps affiché des positions favorables à Israël, celles-ci répondaient aussi à des considérations politiques internes, notamment vis-à-vis de son électorat.

À mesure que le conflit avec l’Iran s’est enlisé, leurs priorités ont divergé. Benyamin Netanyahou avait besoin de succès militaires rapides pour convaincre les électeurs, tandis que le président américain cherchait avant tout à stabiliser la situation et à limiter les conséquences économiques. Faute de résultats rapides, Donald Trump a choisi de freiner l’escalade et de privilégier un accord, même imparfait.

Dans ce contexte, le Premier ministre israélien apparaît affaibli, pris entre des contraintes contradictoires et un électorat de plus en plus critique. Pour lui, l’enjeu est désormais existentiel sur le plan politique. Pour le président américain, en revanche, la situation semble relever d’un calcul stratégique parmi d’autres, où les intérêts personnels priment avant tout.


Source:

www.slate.fr

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