Et si la réponse à la pénurie d’eau consistait à fabriquer des nuages sur commande? C’est le pari qu’a voulu relever la Chine avec Tianhe, un projet destiné à créer une «rivière dans le ciel» au-dessus du Tibet afin de détourner davantage de précipitations vers les régions assoiffées du pays. Cela illustre jusqu’où certains gouvernements sont prêts à aller pour adapter leur territoire à une crise climatique qui échappe de plus en plus à leur contrôle, relate Live Science.
Dans le sud-ouest du pays, on peut apercevoir des soldats charger et tirer des roquettes en direction des nuages. Ces dernières ont pour but de disperser des particules chimiques visant à favoriser la formation de gouttelettes d’eau. Ayant pour objectif d’augmenter les chances de pluie ou de neige dans une zone donnée, cette méthode se nomme l’ensemencement. Souvent critiquée par les scientifiques car son efficacité dépend fortement des conditions météorologiques, cette technique existe depuis les années 1940.
Si plus de cinquante pays, parmi lesquels les États-Unis, ont recours à l’ensemencement des nuages, la Chine en est de loin le plus grand utilisateur. Le pays emploierait environ 50.000 personnes et utiliserait des milliers de lance-roquettes et des dizaines d’avions, investissant l’équivalent de plusieurs milliards de dollars dans ces initiatives.
Malgré les limites de l’ensemencement des nuages, la Chine a mis en place des bureaux de modification du climat dans tout le pays. Les autorités chinoises affirment que ces programmes ont déjà produit des résultats significatifs. Selon les chiffres officiels, ils auraient contribué à augmenter les précipitations de plusieurs dizaines de milliards de tonnes ces dernières années. Cette stratégie de modification du climat s’est particulièrement concentrée sur le plateau tibétain, souvent qualifié de «château d’eau de l’Asie», à travers le projet Tianhe.
Profiter de la mousson
Cette région, d’où prennent leur source plusieurs grands fleuves du continent, est essentielle pour l’approvisionnement en eau de près de deux milliards de personnes. Mais elle est également fragilisée par le réchauffement climatique, qui accélère la fonte des glaciers et favorise la désertification.
Lancé en 2018, Tianhe avait pour ambition de provoquer davantage de précipitations sur une vaste portion du plateau tibétain afin de capter une partie de l’humidité apportée par la mousson et d’augmenter les ressources en eau du fleuve Jaune. L’objectif était de réorienter une partie des précipitations qui alimentent habituellement le bassin du Yangtsé vers le nord du pays, où les besoins en eau sont les plus importants.
Des objectifs irréalistes?
Selon les estimations initiales, le projet devait permettre de fournir un volume d’eau équivalent à près de 7% de la consommation annuelle chinoise. Dès son annonce, le projet Tianhe a été vivement critiqué par une partie de la communauté scientifique chinoise, qui jugeait ses objectifs irréalistes et scientifiquement infondés. Plusieurs experts estimaient notamment qu’il était impossible de contrôler les flux d’humidité atmosphérique à une telle échelle.
Face à ces critiques, le projet a progressivement perdu en ambition. Une version réduite était encore à l’étude en 2022, avant de disparaître des communications officielles. Son absence du dernier plan quinquennal chinois a conduit de nombreux observateurs à penser qu’il avait été abandonné discrètement.
L’enthousiasme du pays pour des techniques comme l’ensemencement des nuages, y compris dans des régions sensibles comme le plateau tibétain, alimente les inquiétudes des scientifiques. Selon eux, cette stratégie reflète une volonté croissante de résoudre les problèmes climatiques par l’ingénierie, parfois au prix de projets jugés scientifiquement fragiles ou difficilement maîtrisables.
Au-delà de l’ensemencement des nuages, d’autres mégaprojets renforcent cette impression: grands barrages en construction, programmes massifs de reforestation ou encore ambitions de transformation à grande échelle des écosystèmes. Or ces technologies restent très controversées, notamment en raison de leurs effets potentiels sur les régimes de mousson et les équilibres climatiques régionaux.
Source:
www.slate.fr


