De Ronnie James Dio avec Sabbath à Ozzy épaulé par Randy Rhoads, retour sur chaque chanteur et guitariste ayant un jour interprété « Paranoid », le classique heavy metal de 1970 — douze versions sur cinquante ans.
Quand Black Sabbath a refermé sa carrière avec le grand concert d’adieu Back to the Beginning, le 5 juillet 2025 — à peine dix-sept jours avant la mort d’Ozzy Osbourne —, le groupe a clôturé son set de quatre titres par « Paranoid ». Aucune autre chanson n’aurait eu de sens. Ce single de 1970 a transformé Black Sabbath, groupe culte sans grand écho hors de son Angleterre natale, en l’une des formations les plus populaires au monde. Jusqu’à la fin de leur carrière, il leur était impossible de quitter la scène sans la jouer.
Cela est resté vrai après le départ d’Ozzy du groupe en 1979, lui qui s’est mis dès l’année suivante à donner des concerts solo avec une longue série de guitaristes. Et ça l’est resté pour Sabbath dans les années 1980, quand le groupe changeait de chanteur comme on change de chaussettes.
Résultat : bon nombre de chanteurs et de guitaristes se sont attaqués à « Paranoid » au fil des ans. Retour sur douze interprétations de cette intemporelle complainte sur la perte de la raison.
Black Sabbath avec Ozzy Osbourne
Le Black Sabbath originel était au sommet de son art lorsqu’il s’est produit à l’Olympia Bruno Coquatrix de Paris, le 20 décembre 1970, trois mois seulement après la sortie de l’album « Paranoid » — et une équipe de tournage professionnelle a immortalisé la magie pour l’éternité. C’était avant que des océans de cocaïne, d’alcool et d’argent ne commencent à déchirer lentement le groupe. Ils joueraient « Paranoid » des centaines et des centaines de fois après cette nuit-là, mais le morceau ne sonnerait plus jamais aussi vital.
Black Sabbath avec Ronnie James Dio
Perdre un chanteur aussi emblématique qu’Ozzy Osbourne aurait dû être un coup fatal pour Black Sabbath. Mais le groupe a vite recruté l’ancien chanteur de Rainbow, Ronnie James Dio, enregistré un nouvel album spectaculaire, « Heaven and Hell », et repris la route. Comme le montre cette vidéo, Dio apporte à « Paranoid » une énergie très différente, plus théâtrale que l’approche d’Ozzy. De tous les chanteurs de l’après-Ozzy, Dio était sans conteste le meilleur. Et pendant quelques mois, en 1980, on aurait cru qu’ils sortiraient vainqueurs de la scission avec Ozzy. Puis « Blizzard of Ozz » est sorti.
Black Sabbath avec Ian Gillan
Quand Dio a quitté Black Sabbath en 1982, les membres restants ont intégré Ian Gillan, de Deep Purple, pour l’album et la tournée mal embarqués de « Born Again ». L’idée reçue selon laquelle leurs déboires de cette époque — dont un décor de Stonehenge surdimensionné — auraient inspiré Spinal Tap est tout simplement fausse : le film était déjà bien avancé en production quand tout cela est arrivé. Mais cette période n’en fut pas moins un fiasco complet pour Sabbath. Cela dit, Gillan a apporté à « Paranoid » son cri de banshee façon « Highway Star », et le résultat s’est avéré plutôt réussi. Mais ce fut de très courte durée : Deep Purple s’est reformé l’année suivante, et Sabbath s’est retrouvé une fois de plus en quête d’un chanteur.
Black Sabbath avec Glenn Hughes
En 1973, Deep Purple avait engagé le chanteur-bassiste Glenn Hughes pour remplacer Ian Gillan. Douze ans plus tard, « Black Sabbath » a fait de même. Nous mettons leur nom entre guillemets car il s’agissait, pour l’essentiel, d’un projet solo de Tony Iommi que sa maison de disques l’a poussé à baptiser Black Sabbath. Le seul album de l’ère Hughes est « Seventh Star », en 1986. En tournée, le groupe jouait quantité de titres de l’ère Ozzy, dont, bien sûr, « Paranoid ».
Black Sabbath avec Tony Martin
Après avoir passé une bonne partie des années 1980 à recruter des chanteurs établis pour mener Black Sabbath, avant de les voir partir au bout d’un an ou deux, Tony Iommi a décidé d’engager Tony Martin, un quasi-inconnu, pour « The Eternal Idol » en 1987. Un choix payant sur le long terme : Martin est resté extrêmement loyal, acceptant même de revenir en 1993 après avoir été écarté deux ans, le temps de brèves retrouvailles avec Ronnie James Dio. Martin est une bête de scène vocale, et il donnait chaque soir le meilleur de lui-même sur les classiques, mais c’était Sabbath au plus bas de sa force créatrice. Le groupe jouait surtout dans des clubs durant cette période. Une minorité bruyante de fans de Sabbath adore néanmoins l’ère Martin, riche en musique originale. Après son second et dernier départ en 1995, le groupe est devenu, pour l’essentiel, une formation de patrimoine avec Ozzy.
Ozzy Osbourne avec Randy Rhoads
Le 3 septembre 1980, alors que Black Sabbath voyageait de Hawaï à la Floride pour un concert au Lakeland Civic Center, un groupe annoncé sous le nom de the Law jouait au Norbreck Castle Hotel de Blackpool, en Angleterre. C’était la révélation au public du nouveau groupe solo d’Ozzy, Blizzard of Ozz, avec l’as de la guitare Randy Rhoads. Leur set de sept titres s’ouvrait sur de nouveaux morceaux solo comme « Crazy Train » et « Suicide Solution », et se concluait par un trio de classiques de Sabbath, dont « Paranoid ». C’était le début d’une guerre entre Ozzy et ses anciens camarades, que le chanteur allait très vite remporter.
Ozzy Osbourne avec Bernie Tormé
Le partenariat entre Ozzy et Rhoads a donné quelques-uns des plus grands tubes de la carrière solo du chanteur, et les deux hommes sont devenus très proches en enregistrant « Blizzard of Ozz » (1980) et « Diary of a Madman » (1981), puis en les défendant intensément sur scène. Mais le 19 mars 1982, Rhoads est mort dans un accident d’avion en tentant de raser le sommet du bus de tournée d’Ozzy. Malgré un chagrin quasi aveuglant, Ozzy a accepté de poursuivre la tournée à peine quinze jours plus tard. Le guitariste irlandais Bernie Tormé a été recruté pour combler le vide, mais n’a tenu que quelques semaines. Dans ce bref laps de temps, ils ont joué au Madison Square Garden. Une captation pirate de piètre qualité de ce soir-là est le meilleur témoignage du passage de Tormé dans le groupe.
Ozzy Osbourne avec Brad Gillis
Quand ça n’a pas fonctionné avec Tormé, Ozzy a fait entrer Brad Gillis, de Night Ranger, dans le groupe. Il collait mieux que le plus bluesy Tormé, mais Ozzy buvait beaucoup pour anesthésier la douleur de la mort soudaine de Rhoads. Cela a provoqué de nombreux conflits entre les deux hommes, et le guitariste est retourné chez Night Ranger à la fin de la tournée. Mais durant son passage avec Ozzy, ils ont enregistré l’album live express « Speak of the Devil », composé uniquement de reprises de Black Sabbath. Conçu pour concurrencer le propre album live de Sabbath, « Live Evil », et générer des droits d’édition, le disque reste une sortie clivante — mais c’est l’occasion d’entendre Gillis donner sa version de « Paranoid ».
Ozzy Osbourne avec Jake E. Lee
Ozzy a enfin trouvé un remplaçant stable à Rhoads en engageant Jake E. Lee, préféré à George Lynch (de Dokken), au début des sessions de « Bark at the Moon ». Il est resté dans le coup tout au long des cycles album/tournée de « Bark at the Moon » et « The Ultimate Sin ». Ils ne jouaient pas beaucoup de morceaux de Sabbath durant cette période, en partie parce que leur jeune public connaissait mieux le matériel récent, mais chaque soir se concluait par « Paranoid ».
Ozzy Osbourne avec Zakk Wylde
Zakk Wylde n’avait que 20 ans lorsqu’il a appris qu’Ozzy cherchait un nouveau guitariste, en l’écoutant chez Howard Stern. Grâce à une relation avec le photographe Mark Weiss, Wylde a décroché une audition et a été engagé pour l’album et la tournée « No Rest for the Wicked ». Ce fut le début d’un partenariat de trois décennies qui a produit certaines des plus belles œuvres solo d’Ozzy, dont « No More Tears » et « Mama, I’m Coming Home ». Quand Ozzy a joué son set solo à Back to the Beginning, Wylde était le guitariste à ses côtés. Mais il y a eu de longues parenthèses, dans les années 1990 et 2000, où Ozzy a travaillé avec d’autres guitaristes solistes.
Ozzy Osbourne avec Joe Holmes
Ozzy a lancé la tournée d’adieu No More Tours en 1992, mais personne ne fut surpris de le voir entamer la tournée Retirement Sucks trois ans plus tard. On fut en revanche surpris que Wylde n’en soit pas. À sa place : l’ancien guitariste de David Lee Roth et Lizzy Borden, Joe Holmes. Il est resté pendant les premières années d’Ozzfest et jusque dans les années 2000, mais a été remercié en 2001 pour laisser place au retour de Zakk Wylde.
Ozzy Osbourne avec Gus G
Alors qu’on croyait Wylde installé chez Ozzy à vie, il a de nouveau été congédié en 2009. Cette fois, c’est le guitariste grec Konstantinos Karamitroudis, alias Gus G, qui l’a remplacé. Il a fait un travail remarquable pour recréer les parties imaginées par Tony Iommi, Randy Rhoads et Zakk Wylde, mais peu de fans purs et durs d’Ozzy l’ont adopté : ils aspiraient surtout au retour de Zakk. Et en 2017, c’est exactement ce qu’ils ont obtenu, lorsqu’il fut engagé pour un troisième passage.
Par Andy Greene
Traduit par la rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr


