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Une fille perdue dans un palace de New York et Le bruit du melon qui explose

Le roman s’ouvre sur le suicide de Kiki Preston, mondaine surnommée « la femme à la seringue d’argent », dont le corps retrouve le sol au pied du Stanhope Plaza. Cette chute ancienne jette une ombre sur le palace où vit Mila, vingt ans, élevée parmi les dorures par June, sa mère, et Lupita, la Colombienne qui l’a réellement accompagnée.

Alors que Mila imagine une machination absurde pour reconquérir Noah, son ancien compagnon, un malaise de Lupita fait voler en éclats l’équilibre déjà friable de la suite.

Un hôtel qui engloutit

Le Stanhope Plaza devient bien davantage qu’un décor. Ses portes à tambour, ses ascenseurs, ses couloirs à moquette et ses chambres interchangeables forment le paysage mental d’une jeune femme qui y tourne depuis l’enfance. Mila veut partir, mais sort peu ; elle rêve de France, de maisons de campagne et de dîners où l’on se choisit une place.

Le palace conserve les traces de celles qui l’ont habité jusqu’à s’y perdre. Kiki finit en pyjama, Mila s’y enferme à son tour, persuadée que « Le pyjama est un symbole rebelle dans ce monde absurde. » Entre les deux, Marie Colombe dessine un miroir sans le souligner : le luxe protège de tout, sauf du vide qu’il agrandit.

La phrase suit les détours de Mila, ses listes, ses mots rares, ses citations littéraires, ses idées déraisonnables et ses brusques paniques. « Un cœur qui implose, un melon qui explose. » La formule donne son rythme au livre, mêlant le burlesque à l’annonce du désastre. Une porte qu’on claque, des tests de grossesse cachés, une telenovela, un chariot à bagages ou un verre de whisky deviennent les accessoires d’une comédie qui vacille sans cesse vers le chagrin.

Trois façons d’aimer

June impose une élégance punitive. Pour elle, « Une tenue de femme n’est pas censée être confortable, mais distinguée. » Le vêtement devient une discipline, comme l’argent une manière de régler les crises sans les regarder. Lupita, elle, parle haut, mélange français et espagnol, cuisine, sermonne, protège. Sa présence offre à Mila une limite, donc une preuve d’amour, que la jeune femme maltraite autant qu’elle la réclame.

Mila échappe à la réduction de ses mensonges. Elle collectionne les mots et les objets pour donner une forme au désordre : la peur devient définition, le manque scénario, l’obscurité refuge. Après le malaise de Lupita, elle retrouve dans son carnet « NYCTOPHILIA : besoin irrépressible de se trouver dans le noir, l’obscurité, le sombre. » Le terme donne un abri provisoire à ce qui déborde.

Une comédie à vif

Marie Colombe maîtrise l’élan d’une prose très visuelle, nourrie de répliques qui claquent et d’images qui déplacent la gravité. La voix de Mila détourne Balzac, Flaubert, les tragédies et les feuilletons pour se raconter une vie plus habitable. Cette euphorie verbale frôle parfois la saturation, à force de références et de saillies. Elle appartient aussi pleinement au personnage, à son besoin de remplir les blancs, d’élaborer des scénarios et de faire de chaque catastrophe un épisode.

Sous le rire, l’ouvrage vise une détresse plus tenace : celle d’une fille qui confond encore l’amour avec une place obtenue dans la famille des autres. Le récit élargit progressivement son horizon au-delà des murs du Stanhope et laisse monter l’idée d’un ailleurs possible, sans garantir qu’il suffira à sauver qui que ce soit.

L’émancipation y prend la forme fragile d’une sortie toujours recommencée. C’est là que Le Bruit du melon qui explose trouve sa justesse : dans la difficulté de quitter une fiction familiale, même lorsqu’elle étouffe, et dans la nécessité, plus rude encore, d’inventer la sienne.

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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