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« The Rocky Horror Picture Show » débarque à la Sphere de Las Vegas en 2027

Deux films d’horreur Gen-Z, signés par deux cinéastes de moins de 30 ans, pulvérisent les records du box-office. Sommes-nous au début de cette vague d’horreur Gen-Z, ou déjà à sa fin ?

Vous avez peut-être entendu la nouvelle : YouTube ne va pas tuer le cinéma. Il va même le sauver ! En l’espace de deux semaines, en mai dernier, deux films très différents sont sortis pour bousculer l’idée de ce qui marche, ou pas, auprès du public des multiplexes. L’un raconte un rêve romantique qui vire au cauchemar. L’autre transforme des bureaux industriels en un royaume infini d’effroi psychique. Les deux s’inscrivent parfaitement dans la catégorie de l’« horreur moderne ». Les deux reprennent des idées familières du genre pour les infuser d’une sensibilité Gen-Z déjantée. Et les deux ont été réalisés avec des budgets modestes par des cinéastes de moins de 30 ans qui se sont bâti un public via leurs chaînes YouTube. Chacun de ces titres a battu des records pour son studio. Dans l’espace, personne ne vous entend crier. En ligne, en revanche, la capacité à faire crier les gens et à leur donner la chair de poule se traduit en chiffres au box-office — signe que cette horreur Gen-Z fait désormais dresser l’oreille à Hollywood.

Obsession, réalisé par Curry Barker, 26 ans, vous plonge dans un scénario tout droit sorti de la comédie romantique : Bear (Michael Johnston) se languit de sa collègue Nikki (Inde Navarrette). Il la croit l’amour de sa vie. Elle le voit plutôt comme un parfait « ami-zoné », même si leurs échanges semblent parfois un brin enjôleurs. Le jour où il compte enfin l’inviter à un vrai rendez-vous, Bear tombe par hasard sur un objet gadget dans une boutique de curiosités : un « One Wish Willow », un bâton soi-disant magique qui, brisé en faisant un vœu, exaucerait celui-ci. Mais au moment d’avouer ses sentiments à Nikki, notre homme se plante lamentablement. Alors, de pure frustration, il casse le bâton en deux et souhaite que sa belle l’aime plus que quiconque au monde. Le sortilège fonctionne — non pas avec sagesse, mais bien trop, beaucoup trop bien.

Le scénario est un vieux classique du « vœu qui se retourne contre vous », façon patte de singe, un terreau fertile pour tout le monde, de Stephen King aux Simpson. (De fait, c’est un épisode des Simpson reprenant la nouvelle de W.W. Jacobs de 1902, sur une main de singe coupée aux pouvoirs surnaturels, qui a inspiré Barker.) Le ton passe d’une angoisse à combustion lente à la folie pure, dans une montée en puissance superbement payante. Hormis Andy Richter, qui tient un petit rôle de propriétaire de boutique, le casting est composé de quasi-inconnus — même si Navarrette, qui incarne la jeune femme possédée avec une intensité confinant elle-même à l’obsession, devrait voir ses opportunités professionnelles grimper en flèche.

Quant à Barker, sa carrière est déjà passée de zéro à cent. Comme plusieurs cinéastes en vue dans le registre horrifique (notamment Jordan Peele, auteur de Get Out, et Zach Cregger, de Weapons), il a débuté comme humoriste de sketchs avant de mettre son talent au service d’un public en ligne. Après sa première dans la section Midnight Madness du Festival international du film de Toronto, en 2025, Obsession a déclenché une véritable guerre des enchères. Focus Features a raflé le film pour 15 millions de dollars, selon les informations. Il a démarré à la troisième place et, contre toute logique du secteur, a vu ses recettes grimper de près de 40 % (!) lors de son deuxième week-end — un bond pratiquement inédit. Il aurait même pu être le film numéro un du pays si un autre film d’horreur tout aussi débrouillard ne lui avait pas mordu les talons.

Backrooms est l’œuvre de Kane Parsons, 21 ans, originaire de la Bay Area, qui distillait en ligne une série de clips en faux found-footage, autour d’un institut énigmatique étudiant des espaces mystérieux et défiant les lois de la physique, connus sous le nom de « backrooms ». Ces courts métrages — un sous-genre de fiction horrifique amateur baptisé creepypasta — ont attiré l’attention de plusieurs prescripteurs et faiseurs de goût amateurs du genre, et, surtout, d’A24. Le studio hype a manifesté son intérêt pour transformer ces fragments viraux en projet long format, et le gamin connu sous le pseudo @KanePixels s’est soudain retrouvé avec un contrat lucratif.

Le premier long métrage de Parsons bâtit une mythologie minimaliste et vaporeuse à partir de ses courts. L’histoire suit Clark (Chiwetel Ejiofor), responsable d’un grand magasin de meubles dans la Silicon Valley. Tard un soir, Clark aperçoit ce qui ressemble à un filet de lumière passant par une fissure dans le mur du sous-sol du magasin. Plus étrange encore : il parvient à traverser ce mur, et se retrouve à explorer une série infinie de couloirs, de corridors et de recoins souterrains aux formes étranges. Il en parle à sa thérapeute, Mary (Renate Reinsve, vue dans Valeur sentimentale), qui pense qu’il fait une dépression.

Puis Clark disparaît subitement. Mary se rend au magasin, qui semble à l’abandon. Elle découvre à son tour ces backrooms qui se démultiplient et donnent son titre au film. La voilà qui plonge dans le terrier du lapin. Et là, des trucs vraiment bizarres commencent à se produire.

À l’heure où ces lignes sont écrites, Backrooms a engrangé plus de 200 millions de dollars dans le monde, dépassant Marty Supreme pour devenir le plus gros succès de l’histoire d’A24. Obsession, de son côté, a décroché la distinction de plus grand succès de Focus Features à ce jour. Que ces deux films soient sortis à une semaine d’intervalle relève du pur hasard, même si les voir débarquer en salles juste au moment où les étudiants bouclaient leurs examens ressemble à une évidence. Et le coup double de ces films d’horreur à budget comparativement modeste, qui ont balayé leur concurrence gavée de licences (The Mandalorian and Grogu, Les Maîtres de l’univers) sur plusieurs week-ends de début d’été, est le phénomène qui a déclenché un million d’analyses.

La question, désormais, est la suivante : sommes-nous au début d’une renaissance de l’horreur Gen-Z, portée par une conjonction parfaite de jeunes talents, de nouvelles technologies, de communautés en ligne et d’une plateforme favorable aux créateurs, capable de contourner les circuits traditionnels pour viser directement des millions de paires d’yeux ? Ou n’est-ce que la crête d’une vague qui enfle depuis un bon moment ? Les cinéastes néo-zélandais Danny et Michael Philippou — jumeaux mieux connus sous leur nom de YouTube, RackaRacka — sont devenus les chouchous du cinéma indépendant grâce à leur succès A24 de 2022, La Main (Talk to Me). L’acteur hawaïen devenu créateur de contenu Mark Fischbach, alias Markiplier, a fait de son adaptation autoproduite de jeu vidéo, Iron Lung, l’un des plus gros retours sur investissement de l’année. (Budget : 3 millions de dollars. Box-office : 51,2 millions.) Bien que les frères Philippou et Fischbach soient trentenaires, ils ont navigué les réseaux en ligne d’une manière qui a montré à une génération plus jeune comment transformer des communautés numériques en public de cinéma bien réel. Sans parler des jeunes cinéphiles — ceux-là mêmes qui ont fait d’A24 une marque colossale chez les passionnés et ont fait planter des sites lors des préventes pour les projections en 70 mm de L’Odyssée de Christopher Nolan — qui disposent désormais d’un pouvoir d’achat collectif leur permettant de faire entendre leur voix face au box-office.

Oui, cela pourrait n’être qu’une mode — une simple anomalie éphémère avant que la prochaine déferlante de blockbusters à licence ne s’abatte sur les salles telle une nuée de criquets saisonnière. Mais Obsession comme Backrooms ont profité de circuits créatifs alternatifs, de campagnes de bouche-à-oreille organiques et d’un sentiment général de lassitude vis-à-vis des franchises, qui pousse la tranche des 18-28 ans à chercher d’autres manières de se divertir. Votre avis sur ces films peut varier, mais on ne peut nier qu’ils définissent une certaine expérience du cinéma en ce moment. La question est de savoir si ce moment d’horreur Gen-Z va se muer en véritable mouvement. On parierait un stock de pattes de singe maudites que la réponse est oui. Quelque part, un ado avec une suite Blender et un rêve espère devenir la prochaine grande révélation. Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour exaucer ce vœu.

Par David Fear

Traduit par la rédaction.


Source:

www.rollingstone.fr

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