L’édition 2026 avait d’abord été annulée par la mairie de Montmorillon, qui invoquait les contraintes de calendrier liées aux élections municipales. Après plusieurs péripéties, le Salon du livre a finalement été sauvé : il se tiendra sur les places du Maréchal-Leclerc et du Vieux-Marché, dans une formule repensée et présentée comme « une version renouvelée ».
Un salon accusé de virage droitier
La polémique vise d’abord la présence de Franz-Olivier Giesbert, invité à ouvrir le salon vendredi 19 juin à 20h30 au cinéma Le Majestic autour de son essai La France est-elle un pays communiste ?, publié chez Plon.
Mais elle touche aussi la venue de Patrice Duhamel, ancien directeur général de France Télévisions, de Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique de France Télévisions, de Joseph Macé-Scaron, journaliste, essayiste et intervenant régulier sur CNews, de Paul Melun, essayiste et ancien chroniqueur de L’Heure des Pros sur CNews, aujourd’hui à France Télévisions, ou encore de Harry Roselmack, visage de TF1 et présentateur de Sept à huit.
LFI Sud-Vienne Montmorillon accuse la nouvelle majorité municipale d’« utiliser la culture » pour diffuser ses principes, en favorisant la venue d’« éditocrates médiatiques ». Le mouvement estime que le salon devrait rester « un espace d’éducation populaire consacré à la littérature, à la création, à la diversité des imaginaires et au débat intellectuel ».
À ses yeux, cette programmation entretient une « confusion entre culture, spectacle médiatique et piètre polémique », là où le pluralisme devrait aussi faire entendre « des auteurs, des penseurs, des chercheurs, des éditeurs indépendants » et des voix « souvent invisibilisées dans l’espace médiatique ».
Joint par ActuaLitté, LFI Sud-Vienne Montmorillon estime que les précédentes éditions cherchaient davantage à mettre en avant des auteurs « moins visibles » et « moins médiatiques », avec des rencontres ouvertes au public qui donnaient au rendez-vous une dimension « d’éducation populaire », loin d’une simple logique de têtes d’affiche.
La conclusion du texte vise directement Jean-Luc Souchaud et son équipe. LFI les accuse d’avoir fait « le choix éminemment politique de dénaturer l’identité culturelle et littéraire de ce salon, en invisibilisant celles et ceux qui font vivre le livre, la création et la pensée critique ».
La mairie rejette toute lecture partisane
Contactée par ActuaLitté, la mairie de Montmorillon rejette toute lecture partisane de la programmation, assurant vouloir proposer « un salon le plus ouvert et le plus rassembleur possible, autour de ce qui nous unit : le livre, la lecture et la rencontre avec les auteurs ».
La municipalité présente cette édition comme une relance d’un rendez-vous emblématique de la ville. Son objectif, explique-t-elle, est de « redonner de la visibilité à cet événement » et de lui permettre de « retrouver une dynamique attractive ». Elle souligne aussi que le budget de l’édition 2026 « a été adopté par l’ensemble du conseil municipal, majorité comme opposition ».
Sur la construction de la programmation, la mairie évoque « un travail collectif associant les services municipaux, un prestataire spécialisé et les élus ». Les choix auraient été guidés par plusieurs critères : « la qualité des auteurs invités, la diversité des genres littéraires représentés, l’équilibre entre auteurs locaux et nationaux, ainsi que la volonté de toucher différents publics ».
Malgré une organisation menée « dans un délai particulièrement contraint », elle estime avoir « recréé une dynamique autour de la rencontre entre les lecteurs et les auteurs », en s’appuyant sur « la diversité des univers littéraires proposés ».
Une première édition sous la nouvelle majorité
La controverse se comprend dans un contexte municipal récent. Jean-Luc Souchaud, candidat divers droite, a remporté les municipales à Montmorillon avec 63,32 % des suffrages, devant Juliette Kocher et Christophe Martin, candidat divers gauche de la municipalité sortante.
Le désaccord porte ici sur le sens donné au mot « populaire ». Pour la mairie et les défenseurs de la programmation, un salon populaire doit faire venir du public, mêler les genres, attirer par des noms connus et ne pas réserver la littérature à un cercle d’initiés. Pour ses critiques, le populaire devrait au contraire permettre de rendre visibles les auteurs locaux, les éditeurs indépendants, les nouvelles voix, les associations et les acteurs culturels moins présents dans les grands médias.
Cette opposition traverse toute l’affaire : s’agit-il d’élargir le public ou de déplacer le salon vers la notoriété médiatique ? De défendre l’éclectisme ou de remplacer la littérature par le commentaire politique ? De faire vivre un événement municipal ou de lui donner une couleur idéologique nouvelle ?
Une professionnelle ayant participé à des éditions précédentes du Festival du livre de Montmorillon confirme que l’événement traversait déjà, avant cette polémique, une période d’interrogation sur son identité. Elle garde le souvenir d’un festival qui « se cherchait beaucoup », partagé entre l’héritage de ses grandes années et la nécessité de réinventer sa forme.
Le salon semblait parfois travaillé par « une sorte de complexe d’infériorité » vis-à-vis d’une époque où la venue d’auteurs très identifiés par la télévision suffisait à faire événement. Or, observe-t-elle, ce modèle correspond de moins en moins aux pratiques actuelles des festivals littéraires, davantage construits autour de tables rondes, de thèmes, de rencontres éditorialisées et de circulations entre les auteurs.
La nouvelle majorité municipale hérite donc d’un rendez-vous fragile dans son positionnement, mais ses choix de têtes d’affiche lui donnent désormais une coloration politique que ses opposants contestent frontalement.
« C’est la France profonde »
Franz-Olivier Giesbert, au centre de la polémique et grand critique de LFI, revendique, auprès de La Nouvelle République : « C’est la France profonde, comme on l’aime, avec des traditions. On est loin des mauvais vents de Paris. Je suis un provincial, j’adore ces endroits. » « Il n’y a pas un mépris de la province dans sa manière de répondre ? », interroge, auprès d’ActuaLitté, LFI Sud-Vienne Montmorillon.
Sur la programmation, FOG répond : « La formule est toute simple : c’est l’éclectisme. Il ne faut pas proscrire un type de littérature contre un autre, c’est absurde, contre-productif. Si on veut qu’un maximum de gens viennent et qu’ils découvrent autre chose, il faut avoir un spectre très large. Dès qu’on referme le spectre, ça ne marche pas. Il faut des écrivains de toutes sortes, de styles différents, d’opinions différentes. »
Il pousse plus loin son argument à propos de la littérature populaire : « Je ne la lis pas particulièrement, mais c’est très important qu’elle soit présente. Sinon, c’est de l’entre-soi qui tue la littérature. »
L’écrivain et journaliste assume aussi la tonalité pamphlétaire de son dernier essai. À propos de La France est-elle un pays communiste ?, il précise qu’il s’agit d’« un livre polémique, à ne pas prendre au premier degré », tout en développant l’idée d’un « communisme mou » français, fondé selon lui sur le poids des dépenses publiques, des prélèvements obligatoires et l’abandon de la valeur travail par une partie de la gauche.
Une programmation littéraire plus large
Outre des figures identifiées politiquement, le programme 2026 réunit aussi des auteurs clairement identifiés par leur œuvre littéraire, leurs romans populaires, leurs livres jeunesse, leurs bandes dessinées ou leur ancrage régional.
La programmation ne se limite toutefois pas aux éditorialistes. Elle accueille aussi des figures du roman populaire et de genre : Mireille Calmel, Éric Giacometti ou encore Gilles Paris. Léa Wiazemsky, Roland Portiche, Claire Brun, Philippe Larbier, Luc Turlan, Gérard Sansey ou Michel Cordeboeuf complètent un ensemble qui va du roman historique au polar, de la littérature jeunesse à la bande dessinée, avec une présence régionale et familiale.
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LFI Sud-Vienne Montmorillon assume une démarche d’opposition locale. « On a décidé de communiquer là-dessus parce qu’il n’y avait rien qui était fait au niveau de l’opposition locale et municipale. » Et entend porter une autre lecture de la politique culturelle municipale, afin d’amener « un peu de réflexion et de prise de recul ».
À plus long terme, la mairie dit vouloir, de son côté, « consolider cette nouvelle formule » en développant « un véritable projet culturel autour de la lecture ». L’enjeu affiché est de « redonner le goût de lire aux petits comme aux grands », de renforcer les actions en direction de la jeunesse et de faire du Salon du livre « un rendez-vous culturel incontournable, fidèle à l’identité littéraire de Montmorillon tout en s’ouvrant à un public toujours plus large ».
Crédits photo : Montmorillon (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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